‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 241 sur 359 · Euripide, les Phénieiennêi, y · texte numérisé non relu

Euripide, les Phénieiennêi, y

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car que pouvez-vous faire autre chose que travailler journellement à réparer votre vie, dépouiller quelqu'une de vos erreurs , et reconnoitre que bien souvent le défaut que vous pensez être aux choses est en vous-même? Il est des fautes que nous imputons aux lieux ou au temps, et ne prenons pas garde que rien n'en est cause que nos vices, qui nous accompagnent en quelque part que nous allions.

I. Vous savez bien qu'Harpaste, la folle de ma fenune, m*est demeurée comme une charge héréditaire ; car autrement je ne suis pas homme à qui cette manière de monstres soit bien agréable. Si je veux passer mon temps de quelque fol, je ne suis point en peine de le chercher bien loin : je me donne du plaisir de moimême. Cette pauvre fenmie a tout d'un coup perdu la vue ; vous aurez peut-être de la peine à croire ce que je vous vais dire, mais cependant il n'est rien plus véritable : eUe ne sait pas qu'elle est aveugle, et ne cesse de dire à son gouverneur que la maison est obscure et qu'il la mène en une autre. Il ne faut point douter que tout ce que nous sommes, nous ne fassions ce que nous nous rions de lui voir faire. Personne ne pense être avare; personne ne pense avoir des passions. Toutefois les aveugles se pourvoient d'un guide ; mais nous, en quelque erreur que nous soyons , nous ne nous pouvons laisser mener. L'ambitieux dit que ce n'est pas son humeur de l'être, mais qu'au temps où nous sommes, il est impossible de vivre d'autre façon; le prodigue, qu'il n'aime pas la dépense, mais qu'il est nécessaire d'en faire, ou se bannir de la cour; le querelieux, qu'il n'aime rien tant que la paix, mais que c'est son malheur, et les sujets qu'on lui en donne, plutôt que son inclination. Un vagabond, qui ne donne point de forme à sa vie, s excuse sur sa jeunesse. Que sert de se flatter ? Notre mal ne

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vient point de dehors, il est dans nous ; nous Favons au sein, et de cette ignorance d'être malades vient la difficulté principale de nous guérir.

II. Si une fois nous entreprenons cette cure, que de douleurs et d'indispositions il faudra remuer! A cette heure que la maladie n'est pas encore envieillie et qu^elle seroit plus remédiable, nous ne cherchons pas seulement le médecin ; et les âmes tendres, et qui n*ont point encore eu de part à la corruption du siècle, seroient faciles à se remettre au chemin , s'il leur étoit montré. Il faut qu'un homme soit bien révolté contre la nature, s'il ne se trouve quelque moyen de l'y ramener. Nous avons honte d'apprendre à être gens de bien, et de cherdi«' un maître qui nous l'enseigne; mais si est-ce qu'on se trompe d'espérer qu'un si grand bien nous arrive fortuitement. Il y faut de la peine, et toutefois non pas beaucoup, si, comme j'ai dit, nous formons notre âme de bonne heure, et la redressons tandis que le mauvais pli qu'elle a pris ne fait que commencer. Mais je ne tiens pas que ce qui est dur ne puisse avoir quelque remède : toutes difficultés sont expugnables à l'assiduité du soin et à la pertinacité du labeur; et un chêne même est redressable, quelque tortu qu'il soit. Ces pièces de bois dont nous faisons nos chevrons et nos poutres, s'étendent au sentiment de la chaleur, et contre la force que nature leur a donnée s'accommodent aux services où nous les voulons employer. Combien plus heureusement nous succédera cette diligence au raccoutrement de notre âme, qui est la chose du monde la plus flexible et la plus souple ! Car qu'est-ce l'âme, qu'un esprit qui de quelque façon est réduit en soi-même, et qui fait d'autant moins de résistance , qu'il est plus simple et plus délié?

ni. Croyez-moi, Lucilius, ne désespérons point de

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nous, parce que nous sommes de longtemps accoutumés au vice. U n'est point de sage qui n'ait été fol. Nous avons été tous préoccupés ^ Il faut apprendre les vertus, et désapprendre les vices. Mais ce qui nous doit donner plus de courage de nous réformer, c'est que, depuis ^'on bien est une fois entre nos mains, il ne nous échappe jamais : la possession en est perpétuelle. La vertu ne se désapprend point. Les vices en nos âmes sont plantés en un terroir étranger; et pour ce, il est bien aisé de les en chasser, et faire qu'ils n'y reviennent plus. Les choses qui sont en un fonds qui leur est propre s'y conservent facilement. La vertu est selon nature; les vices sont ses ennemis déclarés. Mais comme les vertus, une fois logées en notre âme, n'en sortent point, et n'est rien de si peu de peine que de les y retenir : ainsi la résolution de les aller quérir est difficile, pource que c'est l'ordinaire d'une âme folle et indisposée de craindre ce qu'elle n'a point essayé : il la faut donc forcer, afin qu'elle commence. Ce n'est point une médecine de mauvais goût : il y a du plaisir à la prendre, aussi bien que du profit. La philosophie a cela, qu'en la guérison même, elle nous est agréable, au lieu que les autres remèdes ne plaisent qu'après la guérison.

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