Voyez plus haut, p. aso et
443 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
petite : il y .faut aller d'autre façon que les gants en la main*.
II. Qu'avons-nous à faire de résoudre ce que nous avons de vigueur en un bain chaud, ou dans les vapeurs d'une étuve sèche? Ne suons point autrement que parle travail; on se moquera de nous de nous lasser, comme fit Annibal, à moitié du chemin, et quitter la guerre, pour nous amuser à faire bonne chère. Si la fainéantise est dangereuse aux victorieux mêmes, que peut-elle être à ceux qui sont encore au combat? Nous avons aussi peu de sujet de nous reposer qu'avoit l'armée d'Annibal. Il y a du péril à reculer, et de la besogne à tenir bon. J'ai guerre contre la fortune, et n'ai que faire d'elle; je ne me veux point assujettir à sa domination, ou, ce qui est plus difficile, je m'en veux dégager. Ce ne sont point choses où le courage se donne relâche : si je cède à la volupté, il faudra que je cède à la douleur; il faudra que je cède au travail ; il faudra que je cède à la pauvreté. L'ambition et la colère voudront que je leur en fasse de même. Qu'est-ce que j'en puis attendre, sinon que toutes ces passions me démembrent, pour en avoir chacune sa pièce? La liberté m'est proposée ; c'est la récompense que je me promets de mon travail. Demandez-vous quelle est cette liberté? N'être sujet à nécessité quelconque, ne s'émouvoir de chose qui puisse arriver, et faire descendre la fortune à la mesure de ma hauteur. Tant plus je sentirai sa puissance, tant moins je la reconnottrai. Qu'ai-je à faire d'endurer d'elle, étant libre de mourir quand il me plaira?
III. Pour faire ces belles et saintes méditations, il &ut prendre un lieu qui ait je ne sais quoi de grave et de religieux. Un trop beau séjour ôte quelque chose de la force