‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 25 sur 359 · LIVRR IL CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRR IL CHAPITRE XXIX

ce qui noas est à venir. Que se peut-il ajouter à cette impudence, sinon qu'ouvertement ils se plaignent que les Dieux sont au-dessnsde Thomme, et quils ne Font pas fait aller du pair avec eux ? Combien seroit-ce mieux lait de se retourner à la contemplation de tant et de si grands biens qu'ils nous ont faits, et les rememer de ce qu'il leur a plu que sous eux nous soyons maîtres de tout ce qu'ils ont mis sur la terre ! Est-il possible cpi'il se soit trouvé des hommes si mal avisés de faire comparaison de nous à des animaux, qui n'auroient du tout point été créés, s'ils n'avoient été jugés nécessaires pour nous servir ! Il n'y a point de doute qu'on ne nous a pu donner ce qu'on ne nous a point donné. Et pour ce, quiconque tu sois qui juges si mal à propos de la condition des hommes, considère combien tu as d'avantage sur le reste des animaux, combien tu en assujettis de plus forts que toi, combien tu en atteins de plus vites, et enBn qu'il n'y a rien de mortel que tu ne sois capable de faire mourir. Regarde combien tu as de vertus et de sciences. Mais parsus tout admire cet esprit vi^aiment admirable, qui se trouve au bout du monde plus tôt qu'il n'a fait dessein de partir pour y aller, et de qui la promptitude plus diligente beaucoup que celle des astres, fait dès aujourd'hui les courses qu'ils feront plusieurs siècles après que tu seras dans le tombeau. Jette les yeux sur tant de fruits, tant de richesses, et tant de toutes sortes de biens ; ne laisse rien que tu ne voies. Et pource que de tout ce qui est au inonde, tu ne trouveras rien que tout ensemble tu aimasses mieux être que ce que tu es, choisis de chaque sujet quelque particularité que tu voudrois bien avoir. Cela &it,ou tu n'es pas juge équitable, ou tu trouveras que vraiment la nature t'a fait pour être ses délices, et que tout le reste du monde n'a pas tant de marques de son indulgence comme toi seul. Cela est vrai; les Dieux nous ont aimés.

et nous aiment. Ils se sont réservé la première place et nous ont donné la seconde, qui est F honneur le plus grand qu'il nous est possible de recevoir. Nous en avons eu de grands biens, et n avons pas été capables d'en avoir davantage.

XXX. J'ai voulu faire ce discoui'S, pource que parlant des petits bienfaits j'ai pensé que ce n'étoit point sortir de la matière de faire quelque mention des grands, et aussi pource que de cette ingratitude si notable , conune d'une première source , dérivent indubitablement celles de qui nous voyons si souvent pratiquer les exemples parmi nous. A qui saurons-nous gré, si nous n'en savons point aux Dieux? Quelle obligation nous semblera grande, si nous ne faisons point de cas de celles que nous leur avons? A qui voudrons-nous devoir l'âme et la vie, si nous n'avouons pas de la tenir de ceux à qui nous la demandons tous les jours? Quiconque donc prêche contre l'ingratitude , il parle autant pour les Dieux que pour les hommes : sinon que peut-être pour ce que leur condition les a exemptés de toute nécessité et les a mis hors de tout désir, il semble qu'il soit impossible de s'acquitter en leur endroit. Qui a cette opinion s'abuse. Il ne faut point que l'impuissance ou la pauvreté servent de prétexte à l'ingratitude. Toutes ces paroles iont vaines. Que ferai-je? Où prendrai-je de quoi les reconnoître? Serai-je si malavisé que d'offrir quelque chose à ceux de qui le patrimoine est tout l'univers ? Je m'en vais vous montrer qu'il n'est rien de si peu de (rais, si vous craignez de dépendre, ni de si peu de peine , si vous fuyez de travailler. Au même temps que vous recevez, vous êtes quittes si vous voulez; pource qu'un plaisir est payé quand il est reçu de bonne grâce.

XXXI. Ce paradoxe est prêché dans l'école des stoïques pour une maxime indubitable ; et de moi, je n'y trouve

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