ÉPÎTRE LVIII
AiiGuinirT. — I. Divers raisonnements de Tauteur, tiré^ de la philosophie d*Aristote et de Platon. — II. Les choses que nous Toyons et que nous touchons ne sont pas au nombre de celles qui ont être, parce qu*elles finissent à chaque moment. «- III. Que notre âme doit continuellement vaquer à la méditation de Dieu et non pas du monde. — IV. Pour vivre longuement il faut quitter les voluptés. — V. Si la vieillesse apporte un si grand dégoût qu'on doive désirer la mort en cet âge-là.
I. Je n'avois jamais tant reconnu la faute* que nous avons de mots comme j'ai fait aujourd'hui. Nous sommes tombés en propos de Platon, et là-dessus il s'est offert une infinité de choses qui avoient besoin de noms, et cependant n'en avoient point; et d'autres qui aux
f. La faute ^ le manque.
474 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
antres siècles en avoient eu, et par le dégoût du nôtre les avoient perdus. Je vous laisse à penser comme c'est chose supportable en un bélître* d'être friand'.
(Combien estimez-vous que dans Ennius et Attius il y a de mots changés et gâtés, puisqu'en Virgile même, que nous avons tous les jours entre les mains, il s'en trouve qu'on fait difficulté de recevoir? Si vous me demandez à quelle fin je fais ce préambule, je le vous dirai. C'est que je vous veux faire trouver bon que j'use du mot d'efsence : aussi bien veuillez- vous, ou non , je suis résolu d'en user. Gicéron est celui qui Ta mis au monde. Je pense que vous ne voudrez pas meilleur témoignage que le sien. Si vous en voulez un plus récent, je vous alléguerai Fabianus, homme disert', élégant, et si curieux en l'élection des paroles, que peut-être il en est moins agréable; car autrement, Lucilius, comme voudriez- vous que je nonmiasse o&ata une chose nécessaire , qui comprend la nature et est le fondement de toutes choses? Donnez donc votre sauf-conduit à mon mot d'essence, et cependant, quelque congé que vous me donniez, je n'en userai que le moins qu'il me sera possible, et peut-être me contenterai-je d'avoir eu congé d'en user. Le fruit de votre bonté sera que je sortirai d'un bourbier qui m'a fait dire des injures à notre langue , de laquelle vous connottrez encore mieux la misère, si je vous dis une syllabe qu'il est impossible de traduire. Demandez-vous qui elle est? C'est t^ ^v. Vous m'estimerez bien grossier,