Comme eu un cercueil. [Édition de
49a LES ÉPITRES DE SÉNÈQUE.
je m'occupe, c'est à mettre une fin aux affections vicieuses auxquelles je me suis laissé conduire par ci-devant. Je tâche de faire en sorte que le jour où je suis me tienne lieu de toute ma vie. Je ne le pi*ends pas pourtant comme le dernier, mais conmie le pouvant être. A cette heure même que je vous écris, je me tiens en état, conune si la mort me devoit appeler. Je suis toujours prêt de partir; et le peu de soin que j'ai combien je dois vivre ^ est occasion que je vis content. Autrefois j'ai pensé à bien vivre : à cette heure je pense à bien mourir. Or bien mourir, c'est mourir sans regret.
II. Donnez ordre que, s'il est possible, vous ne fassiez jamais rien contre votre gré. Tout ce qui doit être sera. La nécessité n'est que pour celui qui répugne ; il n'y en a point pom* celui qui consent. Je veux dire que quiconque volontairement obéit à ce qu'on lui commande, évite ce qu'il y a d'insupportable en la servitude, qui est de foire ce qu'on ne veut pas. Il n'y a point de misère à faire une chose par commandement : oui bien à la faire par contrainte. Réglons donc notre âme d'une façon que, s'il faut que quelque chose advienne, nous nous y accordions aussitôt, et surtout que le souvenir de sortir du monde ne nous afflige point, il se faut préparer à mourir premier qu*à vivre. Si nous n'étions insatiables, nous avons des provisions assez pour la vie. Mais toujours il nous semble et toujours nous semblera qu'il nous manque quelque chose. Les ans ni les jours ne font point la longue vie, mais la bonne disposition de l'esprit. Pour moi, Lucilius, je me contente ; quand la mort voudra que je parte, je ne répondrai point que je n'ai pas assez vécu.
I. C*est-à-dire : et je m*inqaiète si peu du temps que j*ai encorf à vivre. En latin : quia quamdiu futurum hoc t'u minimi pendo.
ÉPtTRE LXII. 493