‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 289 sur 359 · I . Canivet, canif. Le ladn porte scaipeiium · texte numérisé non relu

I . Canivet, canif. Le ladn porte scaipeiium

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soit si nécessaire; car toutes les autres peuvent étit superflues. Parce que je me serai préparé contre la pauvreté, peut-être je serai riche tant que je vivrai ; je me serai pourvu d'armes contre les douleurs, et une santé continuelle m'ôtera les occasions de m'en servir; je me serai fortifié de résolutions, encore que la fortune me fit peindre ma femme, mes enfants, ou mes amis, et ils vivront tous plus que moi. La mort est le seul ennemi contre lequel je ne puis faillir de me préparer, parce qu'indatû* tablement il me faudra venir aux mains avec elle.

VU. Une faut pas s'imaginer qu'il n'y ait que les grands personnages qui aient de la force assez pour rompre lei fers qui nous tiennent en cette captivité du corps. Gaton fut brave certainement, de prendre son àme avec la maio et la mettre dehors, quand il vit qu'elle ne sortoit pas assez tôt par l'ouverture que Tépée avoit faite; mais ce ne sont pas coups qui appartiennent à lui seul : en la lie même des hommes, il s'en est trouvé qui d'une secousse magnanime et vigoureuse se sont arrachés aux outrages de la fortune, et n'ayant pu ni mourir à leur fantaisie, ni faire élection des instruments pour se tuer, ont pris œ qui leur est venu le premier à la main, et rendu mortelles des choses. qui n'étoient pas seulement nuisibles de leur naturel. Dernièrement, au jeu des bestiaires, un Allemand qu'on préparoit pour le spectacle du matin, feignit de vouloir aller faire ses nécessités; parce que par autre moyen il ne se pouvoit défaire de ses gardes. 11 y a ordinairement une éponge aux privés, pour le service de ceux qui en ont affaire; il la prit avec le morceau de bois où elle est attachée, et se le fourra tout dans la gorge; si bien que par l'empêchement de sa respiration il se fit sur l'heure même rendis l'esprit. Ce fut sans mentir fieiire une vergogne à la mort. Je sais bien que vous me direz que le parfum n'en étoit guère bon. Mais comme saura

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mieux montrer un homme la faute de son jugement, que de faire le dégoûté quand il est question de mourir ? Il fiuit avouer que cet homme, qui avoit le courage grand, méritoit bien qu'on lui remît Fèlection de la mort en sa liberté. Gomme pensez-vous qu'il se fût bravement servi d*une épée, et comme courageusement il se fût jeté dans là mer, ou précipité d'un rocher en bas, s'il en eût eu le moyen? Quoique dépourvu de toutes choses il trouva de quoi se bien faire, et nous apprit que pour mourir il ne bat autre chose que le vouloir. Que chacun juge de cette action ce que bon lui semblera; mais pour moi, je tiendrai toujours cette maxime : que la mort n'a point de vilenie si puante qui ne me sente mieux que tout le musc et tout l'ambre gris que la servitude sauroit avoir * . Puisque j*ai conunencé par les exemples de gens de basse qualité, j^y continuerai, pour obliger ceux de qui la condition est meilleure, à se demander quelque chose davantage quand ils verront qu'une chose qu'on estime si terrible est méprisée par les hommes du monde qui sont les plus méprisés. C'est une opinion dont nous sommes abreuvés de longue main, que ces Gâtons, Scipions et autres leurs semblables que nous admirons sont au delà de notre imitation. Mais je vous veux montrer que parmi ces marauds destinés au combat des bêtes, il ne se trouvera pas moins d^exemplesde cette vertu, que parmi ces capitaines qui ont eu les premières charges aux guen*es civiles. Il n'y a pas longtemps qu'un bélître qu'on envoyoit dans une charrette avec des gardes pour le spectacle du matin, feignit' d'avoir sommeil et de chercher un lieu pour se reposer la tête, trouva moyen de se la passer entre deux rais, et

I. Eu laÛD : prmfertndam esse spureissimam mortem servituii mufi' dUtinm,

a. Dans Tédition de i645 ifetgnant.

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9*y tint ferme, jusques à ce que la roue qui toumoit lui eût tord' et rompu le col. U échappa du supplice par la charrette même qui Yj portoit. Quand un homme a Tolonté de sortir, il n'est rien d'assez fort pour Ten empêcher. La nature ne nous garde point sous la clef. Ceux que la nécessité de sortir du monde laisse en liberté de choisir k porte, peuvent prendre celle qui leur plaira. L'élection ne peut être qu'en la multitude : quand les occasions sont difficiles, il faut prendre la première venue pour la meilleure. Quand ce seroit chose de quoi jamais on n'auroit ouï parler, l'esprit ne manquera pas à qui aura du courage assez. Vous voyez que ces chétifs esclaves mêmes s'évertuent quand la douleur les a piqi^és, et que ceux qui les gardent ne sauroient êti'e si fins qu'ils ne trouvent moyen de les tromper. On ne peut dire que ce ne soit le trait d'un galant homme ^ d'avoir fait la résolution de mourir, et tout ensemble trouvé le moyen de l'exécuter. Puisque je vous ai promis de vous amener beaucoup de semblables exemples, je vous en vais dire encore un. La seconde journée du combat naval, un barbare à qui on avoit baillé une demi-pique, pour se battre contre un autre, se la mit au travers de la gorge. Et de fait, n'eût-il pas été bien lâche de se réserver à des tourments suivis de la risée de tout un peuple, puisqu'il avoit moyen de s'en garantir? et bien mal avisé d'attendre la mort, puisqu'il avoit des armes en Id main ? Ce spectacle fut d'autant plus grand, que l'exemple de mourir fut trouvé plus honnête que celui de tuer. Et quoi donc ? pourquoi ne feront les gens d'honneur, fortifiés par la méditation, et parle discours de la raison contre les choses casuelles, ce que font des hommes perdus et criminels ? C'est par la raison

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