‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 300 sur 359 · liutl agitai-, dit le latin · texte numérisé non relu

liutl agitai-, dit le latin

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mais faute d'expérience ne sont pas bien assurés et ne se servent pas de ce qu'ils ont. Cependant ils sont en lieu de sauveté* : ils ne peuvent plus ni choir ni reculer. Mais il ne leur est pas avis qu'ils soient en si bon état, et comme je pense vous avoir écrit en quelqu'une de mes lettres, ils ne savent pas qu'ils savent. Us possèdent déjà leur bien, mais ils ne s'en fient pas. Il y en a qui les tiennent bien guéris des maladies de l'esprit, mais non des affections, et qu'ils peuvent encore glisser, pource que nul ne se peut dire. Lors du \îce que celui qui est du tout sage. J'ai déjà dit bien souvent la différence des maladies et des affections de l'esprit, mais je la vous veux encore ramentevoir. Les maladies sont vices invétérés et endurcis, comme sont Tavarice et l'ambition trop grande, quand avec le temps elles ont pris tant de pouvoir sur un homme qu'elles semblent inséparables d'avec lui. Pour dire en un mot, la maladie est un jugement qui s' opiniâtre aux intentions vicieuses, et leur fait désirer sans mesure des choses qu'il ne faut désirer que moyennement. Ou bien disons, si vous l'aimez mieux, que c'est une trop ardente convoitise des choses qui ne sont que moyennement désirables, ou qui ne le sont du tout point; ou bien estimer beaucoup des choses qui ne sont pas beaucoup estimables, ou qui sont du tout contemptibles. Les affections sont agitations de l'âme, vicieuses, subites et violentes, qui négligées forment par leur continuation la maladie. Gomme une défluxion' qui n'est pas encore ordinaire, fait la toux au commencement, et à la fin, par assiduité faite incurable, ulcère le poumon ; ainsi ceux de qui nous parlons sont hors des maladies, et presque parfaits; mais il leur demeure encore quelque ressentiment des affections. Les

I. En lieu de sauveié, en lieu de sûreté, hors de péril, i. Déftux'ion, fluxion. En latin : distUlatio,

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aalres qui viennent après sont ceux qui ont dépouillé les plus grands maux de Tesprit et les affections, mais en aorte qu^ils sont encore mal assurés de ce qu'ils possèdent, parce qu'ils peuvent retomber. I^es troisièmes sont bien hors de beaucoup de vices, et de bien grands, mais il leur en est encore demeuré. L'un n'est plus gêné d'avarice , mais il se met encore en colère ; l'autre ne court plus après les fenurnes , mais il est encore ambitieux ; Tautre ne désire plus, mais il appréhende encore, et en Tappréhension même il résiste courageusement à quelque chose, mais les auti'es le font reculer. Il méprise la mort, mais il craint la douleur. Arrêtons-nous un peu sur ces derniers : nous ne serons pas mal , s'ils nous reçoivent en leur compagnie. Pour être des seconds, il faut avoir une bonne inclination naturelle, et se banda* l'esprit avec un effort qui ne se discontinue point. Hais quoi qu'il en soit, ce troisième rang a quelque mérite. Pensez combien tous les jours vous voyez de méchancetés ; considérez qu'il n'y a crime si détestable qui n'ait son exemple, quel avancement prend le vice d^un jour à l'autre, quelles méchancetés se commettent en public comme en privé ' : vous trouverez que nos affaires n'iront point mal , si nous ne sommes point des plus méchants. Vous me direz que vous ne voulez pas faire si peu de chemin, et que vous voulez gagner jusqu'au premier rang. Je le voudrois bien comme vous; mais c'est chose qu'il y a plus sujet de désirer, que d'apparence de se promettre. Nous avons été préoccupés^: nous voulons aller à la vertu, et sonmies engagés parmi les vices : je suis honteux de l'avouer.

III. La vertu nous occupe, quand nous n'avons autre chose à faire ; mais si nous pouvons quelque jour nous

I. £n privé, en particulier. — i. Préoccupés. Voyez p. 44^» ^ole i.

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développer* de ces maux où nous sommes attachés, quelle récompense estimez-vous qui nous attende? il n'y aun plus de cupidité qui nous pousse, plus de crainte qui nous arrête, plus de frayeur qui nous agite, plus de volupté qui nous corrompe. Nous saurons que la mort n*est point mauvaise, que les Dieux ne le sont point ; et par conséquent leur crainte ne nous donnera plus d'alarmes. Celui qui (ait mal est aussi foible que celui qui le reçoit. Si nous pouvons une fois nous tirer de cette ordure, nous sommes assurés de la possession des choses du monde les meilleures et les plus utiles : de la tranquillité d'esprit, et d'une liberté dégagée de toutes ces fausses opinions qui ont accoutumé de la brouiller. Me demandez-vous que c'est? Ne craindre ni les hommes ni les Dieux; n'avoir point de volontés sales; borner ses désirs aux choses médiocres, et ne se ranger à la puissance d'autre que de soi-même. Quiconque est à soi peut dire qu'il possède le plus précieux et le plus inestimable bien qui soit au monde.

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