I. « Un lianl. •> {ÈJition de i
'\. Du ftrix, c'est-à-dire : |>ar le p.ix. Dans rédition de i(v|6 on j suhAtitué Hu tout à du prix,
3. « De pierreries. » {Édition de ifi45.) \, Malherbe a î^iw jaque du ins^culin.
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combien il a de rentes constituées, comme sa basse-cour est fournie de peuple, combien le lit où il couche est magnifique et combien est fin le cristal où il boit, mais comme il est homme de bien. Or il est homme de bien, si sa raison droite et non confuse se conforme à la volonté de nature. C'est ce qui s'appelle vertu; c'est ce qui est honnête, et le bien unique de l'homme; car puisque c'est la raison seule qui rend l'homme parfait, c'est elle seule aussi qui par sa perfection le rend heureux : or cela seul est le bien de l'homme, qui seul est cause de sa félicité. Ce que nous disons de la vertu, nous le disons aussi de ses ouvrages. Mais pource qu'il n'est point de bien sans elle, c'est pourquoi nous faisons cette maxime si générale qu'il n'est point d'autre bien que la vertu. Si tout le bien de l'homme est en l'esprit, il ne faut point douter que ce qui le fortifie, qui le rehausse et qui le dilate, ne se puisse appeler bien. Or il n'y a rien qui fortifie, qui rehausse et qui dilate l'esprit, que la vertu; car toutes ces choses pour qui nous sommes si passionnés ne font que le ravaler et l'affoiblir. Et si quelquefois il semble qu'elles le relèvent, elles le bouffissent et l'amusent après des vanités. L'esprit n'a donc point d'autre bien que ce qui le fait meilleur. La considération de ce qui est honnête ou déshonnéte est la règle de toutes les actions de notre vie : c'est là-dessus que nous nous résolvons à faire une chose, ou ne la faire pas. Quand un homme de bien jugera qu'une chose se doit faire, quelque travail, quelque dommage et quelque péril qu'il y voie, il ne s'en divertira point. Comme au contraire, quelque utilité, quelques délices et quelques grandeurs qu'on lui propose, il ne s'accordera jamais à rien faire qui soit mal à propos. Il n'y aura point de menaces qui lui rompent une bonne entreprise, ni point de promesses qui lui en persuadent une méchante. Si donc en toutes ses actions
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il a toujours les yeux sur ce qui est honnête et déshonnéte, pour suivre Tun et fuir Tautre, il faut qu'il n'y ait point de bien que la vertu, ni point de mal que le vice. Si la vertu n'est point altérable par la corruption, si toujours elle demeure en un état, il n'y a point d'autre bien qu'elle, et ne se peut plus faire qu'elle soit autre chose que bien. La sagesse est exempte de tout changement. La sagesse ne se perd jamais, et jamais de la sagesse on ne revient à la folie. Je vous ai dit, s'il vous en souvient, qu'il s'est trouvé des hommes qui seulement par un transport inconsidéré ont foulé aux pieds tout ce qui se fait communément craindre et désirer. L'un a rôti sa main dans les flanmies ; l'autre pour les douleurs de la torture n'a point cessé de rire. Un autre a vu mourir ses enfants et n'en a pas mouillé ses yeux ; un autre sans appréhension s'est allé précipiter à la mort. Il se voit assez d'exemples d'amour, de colère et d'avarice , où les hommes, pour se contenter, ne trouvent rien qui les puisse arrêter. Que si une opiniâtreté seulement, piquée de je ne sais quel aiguillon, a cette puissance , que sera-ce de la vertu qui , non forte par intervalles ni hardie par caprices, mais toujours égale à soi-même, n'a point d'autre gloire que de s'employer aux occasions où son assistance nous fait besoin? Concluons donc que les choses quelquefois méprisées par les indiscrets, et toujours par les sages, sont indifférentes, et qu'il n'y a point d'autre bien que la vertu, qui brave et dédaigneuse au-dessus de la fortune, se trouble aussi peu de sa haine, conmie elle se réjouit de sa faveur. Si vous vous laissez une fois persuader qu'il y ait quelque autre bien que ce qui est honnête, il ne faut plus parler de vertu. Ce sont choses incompatibles , d'être vertueux et de jeter les yeux sur quelque chose d'extérieur. Cela répugne à la raison, d'où les vei^ tus procèdent, et à la vérité, qui s'accompagne toujours
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de la raison. Or toute opinion est fausse, qui répugne à la vérité. Vous ne pouvez nier qu'un homme de bien ne révère les Dieux et ne les serve. Il faut donc que, quoi qui lui arrive, il le supporte patiemment, et considérer^ que les lois sous lesquelles tout Tunivers marche Tout ordonné de cette façon. Par ce moyeu il ne peut avoir autre bien que ce qui est honnête ; car en cela consiste la résolution d'obéir aux Dieux, de ne s'émouvoir point aux choses inopinées, de se contenter en sa condition, de vouloir ce que le destin veut, et de faire ce qu'il commande, sans murmurer. S'il y a quelque autre bien que ce qui est honnête, nous ne serons jamais soûls ni de la vie, ni des provisions qu'il faut pour la vie, et par conséquent nous nous chai'gerons d'un faix insupportable, et de travaux qui en une besogne infinie ne pourront jamais trouver de fin. Il n'y a donc point de bien que ce qui est honnête, car il est mesuré. Je vous ai dit que si ce sont biens que l'argent, les états, et autres telles denrées, nous qui en avons sommes plus heureux que les Dieux qui n'en ont point. A cette heure je vous dis de plus que, s'il est vrai que les Ames ne meurent point quand et les corps ^, il faut penser que leur condition, en cette seconde vie, sera meilleure qu'en cette-ci. Or si c'étoient biens que ces choses qui nous servent par le ministère du corps, il faudroit croire qu'il seroit pire', et s'ensuivroit qu'elles seroient plus contentes d'être captivées et resserrées, que libres et élargies au delà de toutes bornes, qui seroit une manifeste absurdité. J'avois dit
I. Tel est je texte de i^ig. Ou lit dans Tédition de i645 : « et considère. >
a. Quand et. Voyez, p. 179, note i.
3. Cest-à-dire : « que cela, que leur condition seroit pire; » il y a en latin : rmissis erit pejtis. Notre texte est celui des éditions de if>39, i<>45 et i(>48; peut-otre faut-il lire ;« qu'elle seroit pire. »
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aussi que si c'étoient biens que ces choses qui nous sont communes avec les bétes, les bétes auroient une béatitude comme nous ; ce qui ne se peut faire en façon du monde. Il n'y a rien qu'il ne faille souffrir pour ce qui est honnête : ce qu il ne faudroit pas faire, s'il y avoit quelque auti*e bien que la vertu. Bien que j'eusse déjà fait ces discours plus au long en ma précédente, je n'ai pas voulu laisser de repasser par-dessus, et en dire quelque chose en cette-ci. Mais le vrai moyen de vous faire trouver cette opinion véritable, c'est de vous sonder vous-même, et vous demander si en cas que votive pays et tout ce que vous avez de parents et d'amis fussent destinés à quelque ruine et n'en pussent échapper autrement que par votre mort, vous auriez du courage assez pour leur donner votre vie, et non-seulement avec patieqce, mais volontairement vous perdre pour les sauver. Si vous pensez que vous le pouvez faire, vous avouez qu'il n'y a point d'autre bien que la vertu, puisque vous laissez toutes choses pour en jouir. Voyez combien elle a de pouvoir. Vous mourrez pour la République, si ce n'est présentement, ce sera quand il en sera besoin. Il ne faut guère de temps à une belle action pour donner beaucoup de joie ; et combien qu'après que la mort nous a privés du sentiment des choses mondaines, il semble que nous n'avons plus de part en la gloire que nous avons méritée en notre vie , si est-ce que nous ne pouvons sans quelque plaisir nous représenter l'état où nous avons mis les choses par notre vertu. Quand un homme d'honneur, et qui a du courage, se remet devant les yeux que s'il meurt il ressuscitera sa patrie, qu'une infinité de vies seront sauvées par la perte de la sienne et que par un coup seul il rompra les fers de tout un peuple , il ne faut point douter que de cette imagination seule il ne tire du fruit assez, pour se résoudre au péril où l'occasion le sollicite de se
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jeter, quand méroe Tentreprise seroit telle qu'il se faudroit assurer de mourir en F exécution, et n'avoir point le plaisir d'en voir le succès. Il a de quoi se contenter, puisqu'il a fait ce que le devoir et la piété lui commandoient. Âllégue^-lui tout ce que vous penserez qui l'en puisse divertir : dites-lui qu'on ne se souviendra pas de ce qu'il aura fait a deux jours de là , qu'il obligera des personaes qui ne lui en sauront point de gvé : il vous fera réponse que ce sont considérations qui ne le touchent point, qu'il ne regarde qu'à son action, et que pource qu'il sait qu'elle est honnête, en quelque fâcheux lieu qu'elle l'appelle, et par quelques épines qu'elle le conduise, il est résolu de la suivre jusques à ce qu'il ait fait ce qu'il a délibéré. C'est donc à dire qu'il n'y a point d'autre bien que ce qui est honnête, puisque nonseulement un esprit déjà parfait en sagesse, mais tout autre qui aura quelque chose de généreux , est capable d'avoir ce ressentiment. Tous autres biens sont choses de peu de mérite et ne font que passer d'une main à l'autre ; ce qui fait qu'en quelque quantité que la fortune les donne, ils ne sont jamais possédés qu'avec inquiétude, sont insupportables à leurs maîtres et les accablent à la fin. La félicité de ceux-ci, que vous voyez couverts de clinquant , est comme celle de ceux qui travestis en une comédie représentent le personnage de quelque roi. Tant que le jeu dure, ils ne paroissent que le sceptre à la main et en un équipage que le peuple regarde avec admiration ; et puis comme c'est fait, ils reprennent leurs chiffes, et redeviennent faquins et bélîtres comme auparavant. Les richesses et les états peuvent bien hausser un homme, mais non pas le faire grand. Pourquoi donc avons-nous cette opinion? Pource que nous mesurons la base avec la statue. Qu'un nain monte sur la plus haute montagne des Alpes, il sera toujours petit, et un colosse Malusrbs.'II 38
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toujours grand, quand il seroit au fond d*un puits. Ce qui nous abuse, c'est que nous ne pesons pas rhoime seul : nous mettons son bagage en la balance avec lui. Voulez-vous bien juger le prix d'un homme? Regardez-le tout nu : faites-lui quitter son revenu, ses états et toutes ces bagatelles que la fortune lui a baillées pour le déguiser; faites-lui même dépouiller le corps, et lui regardez Tesprit; voyez comme il est fait, comme il est grand, et si cette grandeur est sienne, ou mendiée, si vous trouvez que les épées nues ne Téblouissent point, et qu'il soit aussi prés de rendre Tftme par la gorge que par la bouche : dites qu'il est heureux; si quand la rigueur de la fortune ou la tyrannie de quelque grand le menaceroit, ou de prison, ou de bannissement, ou de quelqu'une de ces autres vanités que l'esprit n'imagine qu'avec frayeur, il demeure ferme en son assiette, et dit :
« Vierge, cela n'est rien : tu ne m'as annonce Ni travaux ni combats, où je n'eusse pensé ^
« Vous m'en menacez à cette heure, et moi je m'en suis toujours menacé. Je sais bien qiie je suis homme, et qu'en cette qualité je me dois préparer à tout ce qu'un homme peut souffrir. » Un coup prévu ne sauroit faire guère de mal. Les malavisés, et ceux qui se fient à la fortune, trouvent toutes choses inopinées. La plus grande partie de leur mal est la nouveauté : ce qui se voit en ce que, de tout ce qu'ils trouvent si difficile, il n'y a rien qui ne leur devienne aisé par la continuation de l'endurer. Le sage n'attend point la présence des maux; il s'y accoutume devant qu'ils viennent, et par méditer arrive à cette patience que les autres n'acquièrent que par souffrir. Nous oyons quelquefois dire à des ignorants : « Savois-je bien