I . Voyez p. 397, note i
Malhbrrr. II ^o
626 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
comme en une somme d'argent prêté. Plus on est longtemps devant que s'en revancher, et plus il fiiut que la revanche soit grande. C'est ingratitude que rendre on bienfait sans usure; tellement que quand nous Causons nos comptes de recette et de mise*, nous y devons avoir égai'd. On ne sauroit trop montrer de ressentiment', quand on a reçu quelque plaisir. U n est pas de ceci comme de la justice, que conununément on estime appartenir plus aux autres qu'à celui qui la fait. C'est ub bien tout nôtre. La meilleure part du bienfait retourne vers lui-même : nous ne profitons ' jamais à personne, que nous ne nous profitions. Je ne veux pas dire que cdui que nous aurons assisté nous assistera, que celui que nous aurons défendu nous défendra, parce qu'un boa exemple retourne à celui qui le donne, comme les mauvais sont ordinairement à la confusion de leurs auteon, et peu souvent on a compassion de la misère de ceux qui en faisant injure ont montré le chemin d'en faire ; mais pource que toutes les vertus ont leurs récompenses en elles-mêmes (car on ne les exerce pas pour y gagner), le salaire d'une bonne action, c'est l'avoir faite. Je reoonnois un bienfait, non afin qu'uA autre voyant que je rends bien , soit plus libéral à me prêter, mais pource que je suis bien aise de faire une chose très-belle et très-agrétble. Je reconnois un bienfait, non pource qu'il m'importe de le reconnoître, mais pource qu'il me platt, et qu'ainsi ne soit, s'il faut que pour m'acquitter je hsae croire que je suis un ingrat, et que je couvre ma revanche de l'apparence d'une injure, je ne ferai point difficulté de passer au travers de ma honte, pour aller où je suis ap-