‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 322 sur 359 · I. Parties y partagées. — a. CVst-à-dire : pay^e · texte numérisé non relu

I. Parties y partagées. — a. CVst-à-dire : pay^e

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et ressemble à ceux qui ont fait banqueroute, et cependant ne laissent point de payer. Or il est impossible que nous ne soyons ingrats, tant que nous ferons cas de ces vanités qui font perdre le jugement à la plupart des honmies; car quelquefois les choses sont tellement disposées, que nous ne pouvons reconnottre un plaisir, si nous ne quittons notre pays, si nous n'exposons notre vie, si nous ne perdons nos biens, voire même si nous .ne recevons quelque tache à notre honneur et ne faisons courre fortune à notice réputation. La revanche d'un plaisir n'est pas toujoura si aisée conune il semble. Le mal est qu'il n'y a rien au monde que nous estimions plus qu'un plaisir, quand nous le demandons; ni moins, quand nous l'avons reçu. Voulez-vous que je vous die ce qui nous fait oublier un plaisir? l'envie d'en recevoir un antre. Nous ne pensons point à ce qu'on nous a baillé, mais à ce que nous desirons qu'on nous baille. Les richesses, les états, les grandeurs, et toutes telles choses qui ne sont précieuses que par le cas que nous en faisons, nous font égarer du chemin de la vertu. Nous ne savons pas ce que les choses valent, parce qu'au lieu d'en prendre avis de la nature, nous nous en rapportons au bruit commun. U n'y a rien que la coutume qui nous les fasse trouver belles; car nous ne les estimons pas pource qu'elles sont désirables ; mais parce qu'on les estime , nous les desirons; et après que l'erreur des particuliers a été cause de l'aveuglement général, à celte heure l'aveuglement général est cause de l'erreur des pai'ticuliers. Mais comme en cela nous suivons l'opinion commune, nous devrions aussi nous y ranger en ce qui est de n'être point ingrats. C'est une maxime tenue pour indubitable par tous les peuples de la terre, et confessée par ceux mêmes qui sont les plus barbares, que c'est chose honnête de rendre un plaisir quand nous l'avons reçu. Il n'y a ni

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bon ni mauvais qui la contredise. U s'en trouve qui louent les voluptés, et d'autres qui les blâment; qui estiment h douleur le plus grand mal qu'un homme sauroit souffrir, d'autres qui ne tiennent pas seulement que ce soit mal; qui ne reconnoissent point de plus grand bien que les richesses, et d'autres qui disent que d'elles procède la ruine du genre humain et qu'il n'est point d'homme plus riche que celui à qui là fortune ne trouve rien qui mérite de lui être donné. Les jugements des hommes, qui en tant d'autres choses sont contraires l'un à Tautre, se conforment en cette-ci, qu'il faut reconnoître ceux de qui nous avons reçu du plaisir. Toute notre discordance est d'accord en cette opinion, et au partir de là, si quelqu'un nous a bien obligés, c'est celui que nous faisons moins de cas d'offenser; et ne sonunes jamais plus ingrats que quand le plaisir qa'on nous a fait passe les moyens que nous avons de nous.en revancher; car parce que nous avons honte de ne rendre point, ne pouvant être quittes d'autre façon , nous le voudrions bien être par la mort de ceux à qui nous sonunes obligés. Mon ami, si je vous ai donné quelque chose, gardez-le : je ne vous le demande pas; je ne vous presse pas de me le rendre*. Si je vous ai fait du bien, ne me procurez point de mal. Il n'y a point d'inimitié plus dangereuse que d'un qui est honteux de n'avoir pas fait ce qu'il devoit, à l'endroit de celui qui l'avoit oblige.

I. Tel est le texte de l'édition de 1639; dans celle de 1645, on lit : c Gardez-la : je ne vous la demande pas; je ne toiis presse pu de me la rendre. »

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Aagumevt. — I. U blAme ToisiTeté. — - II. L'appréhension des injures de la fortune et de la mort nous suit partout, et ne peut être guérie que par Tétnde de la philosophie. — m. Les choses de soi indifférentes sont rendues bonnes ou mauvaises par l'application de la Tertn ou du vice. — IV. Pourquoi nous craignons la mort, el le moyen de ne la point craindre.

I. Je commence à n'être plus en peine de vous. Voulezvous savoir qui m'en a répondu ? un pleige* qui ne trompe jamais personne : votre esprit que je reconnois amateur de la vertu. La meilleure partie qui soit en vous est hors de danger. La fortune vous peut faire quelque injure, mais le principal est que vous ne vous en pouvez plus faire. Continuez seulement, et vous réglez tellement en la vie que vous avez entrepris de suivre , qu'il y ait du repos, mais non de la mollesse. Pour moi, j'aimerois mieux être mal que mollement : quand je dis mal, je l'entends comme le peuple parle, c'est-à-dire, avoir de la peine et sentir des incommodités. Nous oyons ordinairement dire de quelqu'un à qui on porte envie : il vit mollement. J'aimerois autant qu'on me dit : il ne vaut rien. L'esprit ne peut croupir en l'oisiveté, qu'il n'en tire quelque fainéantise et ne perde peu à peu de sa vigueur. Il vaudroit mieux qu'il devint du tout insensible. Et puis ces délicats appréhendent de mourir, comme si la vie qu'ils font étoit quelque autre chose qu'une mort. U y a bien différence de se reposer, ou d'être au cercueil. Vous direz peut-être que, de quelque façon qu'on se re-

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