ÉPÎTRE LXXXVI
Argumevt. — I. Qu'il faut plus chérir notre honneur propre que l'obéissance que nous devons aux lois. — II. Contre les somptuosités des étuves et les dissolutions. — Ht. De la vie rustique et de la faqon de planter les oliviers.
L Je vous écris cette lettre de la maison qui fut à Scipion r Africain. Ce n'est pas sans avoir adoré son ombre, et un autel sous lequel je me doute que ce grand personnage soit enterré. Pour son âme, je crois certainement que comme céleste elle s'en soit retournée au ciel ; non pour avoir mené de grandes armées, car Cambyse qui fut un furieux et de qui la fureur ne manqua point de succès, a voit fait le même ^ ; mais pour sa modération et piété mémorable que plus glorieusement il témoigna quand il quitta sa patrie que quand il la défendit. Comme il vit le peuple en cette opinion, qu'il falloit que Scipion ou la liberté sortissent de Rome, et qu'il étoit impossible de retenir l'un sans perdre l'autre : « Je ne veux point, dit-il, qu'en ma considération l'autorité des lois soit violée. U est raisonnable que ce qui est ordonné pour tous soit observé de tous. Usez sans moi, ma patrie, du bien que vous