‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 78 sur 359 · LIVRE V. CHAPITRE VII. i · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE VII. i

d*ime chose que je me serai donnée, paîsqiie n on anitre me Tavoit donn<^ je lui en serois obligé? Poorqiitfî ne eniîndrai-je aotant d'être ingrat a moi-môme, oomme de vivre parmi la crasse et les ordures, et par une avarice extraordinaire me refuser ce qui est nécessaire pour la bouche ou pour les habits ? On parle aussi mal d'un qui souffre une vilenie en son propre corps, que de celui qui &it marchandise de Timpudicité d 'autrui. Comme on n'approuve pas un cajoleur, qui s'accorde à tout ce que dit un autre, et ne trouve rien de si faux qu'il n'affirme pour lui faire plaisir, aussi ne fait-on un qui se mire soimême, qui est content de sa suffisance, et se veut faire croire qu'il est habile homme. Un vicieux est aussi peu supportable quand il se fait soi-même la matière de son intempérance, que quand il se donne carrière en quelque autre sujet. Quelle conquête plus glorieuse peut faire un homme, que la sienne propre? Quelle domination plus louable peut-il avoir que celle de ses passions? Il n'est point de peuple si barbare, et si peu capable de sujétion, de qui le gouvernement nous soit si difficile que de nous-mêmes. Platon a remercié Socrate de ce qu'il avoit été son précepteur. Pourquoi ne peut aussi justement Socrate se remercier de ce que lui-même il s'est enseigné? Marcus Cato disoit ordinairement : « S'il te manque quelque chose, emprunte-le chez toi. »» A ce compte-là , si je me puis prêter, pourquoi ne me pourrai-je aussi donner? Il est une infinité de choses où la coutume du langage d'un homme en fait deux ordinairement. Nous disons : « Laisse-moi, je me veux entretenir, >» et : « Je me tirerai l'oreille. » Si cela est, comme quelquefois un homme peut avoir sujet de se courroucer contre soi-même, ne peut-il pas avec autant de raison avoir sujet de se remercier? Ne se peut-il pas louer, puisqu'il se peut reprendre, et se faire bien , puisqu'il se peut faire mal ? Injure et plaisir sont

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choses contraires. Si nous disons : « Il s'est fait injure, •• tout de même nous pouvons dire : « Il s'est fait plaisir. » VIII. On ne se peut rien devoir à soi-même. Naturellement l'obligation précède la revanche. Un qui doit présuppose un qui a prêté. L'un ne peut être sans l'autre, non plus qu'un mari sans femme, ou qu'un père sans enfants. L'un ne peut recevoir que l'autre ne donne. Ce n'est ni donner ni recevoir, que mettre une chose d'une main en l'autre. Comme un homme ne se porte point, encore qu'il fasse mouvoir son corps d'un lieu à Tautre; un homme qui plaide sa cause ne s'assiste point, et ne se peut ériger une statue comme à l'auteur de son salut; un malade qui s'est guéri par le soin qu'il a eu de se gouverner, ne s'en demande point de salaire : ainsi en toute autre chose, quand par notre industrie nous nous sommes fait quelque bien, nous n'en devons point de reconnoissance, parce que nous n'avons à qui la faire. Quand j'accorderois qu'un homme se peut donner quelque chose, ne la reçoit-il pas quand il la donne ? Et quand j'accorderois qu'il peut recevoir quelque chose de soi-même, n'en fait-il pas la revanche quand il la reçoit ? On a son change sans aller hors de la maison ; c'est un nom illusoire qui ne fait que passer. Celui qui donne, est celui même qui reçoit; ce sont deux actions en un homme seul. Devoir est un mot qui ne peut avoir lieu qu'entre deux personnes. Comme seroit-il donc en un seul homme, puisqu'il s'acquitte par l'action même qu'il s'est obligé? comme en une boule il n'y a ni haut ni bas, devant ni derrière, parce que le mouvement change l'ordre; ce qui suivoit, précède, l'orient devient l'occident, et de quelque façon que tout aille il revient toujours en même point. Pensez qu'il en est ainsi de l'homme ; faites-lui faire taut de tours qu'il vous plaira, ce sera toujours lui. S'est-il blessé , il n'a contre qui faire informer. S'est-il attaché ,

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