‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 98 sur 359 · LIVRE VI. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE XI

d^antres marauds comme lui ; mais d'aventure il a vu passer Platon, et de cette façon a trouvé celui qu'il ne clierdioit point. Nous dirons que le premier est bon garçon, parce que s'il n'a été heureux il a été diligent ; et pour l'autre, de qui la fortune a favorisé la poltronnerie, nous lui baillerons les étriviéres. C'est la volonté qui m'apporte le bienfisût. Voyez avec quelle condition je veux être obligé. La volonté n'est rien, qui ne profite ; le profiter n'est rien, qui n'en a la volonté. Prenez le cas que quelqu'un ait eu la volonté de me donner, et ne m'ait point donné; son affection est bien chez moi, mais non pas son bienfait. La volonté doit aUer quant et ^ la chose, et la chose quant et la volonté. Comme si un honune m'a voulu prêter de l'argent, et ne m'en a point prêté, je ne Idi dois rien ; aussi si quelqu'un m'a voulu faire plaisir, mais il ne s'en est point suivi d'effet, je serai bien son ami, mais non pas son obligé. J'aurai en son endroit la volonté qu'il a eue au mien ^ et si ma fortune étant meilleure que la sienne je fais quelque chose pour lui, je ne me revancherai point, mais l'obligerai, parce que j'aurai conunencé la courtoisie.

Xn. Je vois bien à cette heure où vous voulez venir. Vous n'avez que faire de me rien dire ; votre visage parle. Vous voulez savoir si ayant tiré plaisir de ce qu'un autre faisoit pour l'amour de soi, vous lui en avez de l'obligation; car ordinairement je vous ois plaindre qu'il est des honunes qui font une chose pour eux-mêmes, et cependant la veulent mettre sur le compte de leurs amis. Je TOUS dirai ce qui en est ; mais premièrement je diviserai cette question, pour ne confondre ce qui est raisonnable et ce qui ne Test pas. Il y a bien de la différence si quel- ({u'on nous fait plaisir pour l'amour de soi , ou pour

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