A MONSIEUR
Monsieur ,
Il y a deux mois que je reçus de vous une lettre la plus honnête et la plus obligeante qui fut jamais écrite. Certes un si visible témoignage de votre amitié me toucfha comme il devoit ; mais pour en parler franchement et selon ma coutume, ce ne fut point sans quelque déplaisir mêlé parmi la joie. Je m'y vis engagé à une contestation de belles paroles ayec vous, et Dieu sait quelle envie je pouvois avoir d'un combat où j'étois assuré d'être vaincu. C'est en cette considération, Monsieur, que je vous ai fait si longtemps attendre ma réponse, n'ayant pu qu'avec peine me résoudre à la honte de rendre en plomb et en cuivre ce que j'avois reçu en or et en argent. A la fin, le sentiment de mon devoir étant demeuré le maître, je me hasarde à vous faire ce très-humble remerciement. Votre courtoisie, toute portée aux excès, fera s'il vous platt cettui-ci, de l'estimer non par ce qu'il vaut, mais par l'affection dont il vous est offert. Je voudrois bien, pour lui donner de la recommandation, l'accompagner de quelques nouvelles; mais tout ce que nous avons aujourd'hui sur le tapis n'est que la réformation faite en l'assemblée de Rouen et l'affaire de Verceil*. Pour la réformation,
Lettre Sy, — 1. Cette lettre est la 19e du livre I dans l'édition de i63o, où elle a paru pour la première fois (p. 535).
5. Il se tint à Rouen, en 1617, une assemblée des notables, qui dura du 4 au *6 décembre 161 7, à la suite de laquelle la poulette
LETTRES A.D1VERS. ia7
ceux mêmes qui ont eu part à la faire, vous en parleront plus pertinemment que moi; et pour Verceil, vous en êtes plus près que nous ne sommes, et par conséquent plus diligemment avertis. Tout ce que je vous puis dire, c'est que nous allons à mon avis entrer en un siècle où les mérites seront et plus considérables et plus considérés qu'ils ne furent jamais. Bien est-il vrai que les années passées ne nous permettront pas d'en voir autre chose que le commencement ; mais au moins aurons-nous cette satisfaction, que nous laisserons notre postérité hors des brouilleries et désordres où vous et moi avons passé la meilleure partie de nos jours. Dieu nous en fasse la grâce ! et vous, Monsieur, faites-moi celle de m'aimer toujours, comme celui qui toujours veut être votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Ce 5e février 1 6 1 8, à Paris.