A MONSIEUR DE RACAN
Monsieur ,
Hier je reçus votre lettre du 27e du passé, et tout aussitôt je fis tenir à Mme de Termes1 celle que vous lui écrivez. Je la lui eusse portée moi-même, mais j'avois quelque affaire que je ne pou vois remettre. Cependant je ne voulus pas différer de la lui faire bailler, afin qu'elle eût du
Lettre 4* — I« Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre 11, lettre 10, p. SjS.
3. Catherine Chabot, veuve, depuis ifiai, de César- Auguste de Saint- Lary, baron de Termes, frère de Roger de Bellegarde. Racan la recherchait alors en mariage. Voyez plus loin la lettre 8, p. aa et *3.
temps d'y faire réponse, comme elle a promis de faire. Je crois bien que ce ne sera pas pour ce voyage, mais je la solliciterai pour l'autre, Dieu aidant. Vous m'avez fait on plaisir extrême de me mander la nouvelle de cet accident notable advenu à la Flèche. Il y a là de quoi entretenir la Reine. Mais , s'il vous plaît, vous m'en manderez plus de particularités. Je ne veux pas examiner l'affaire pour y penser comprendra 'qodquè chose. Les livres n'en apprennent rien; et je m'assure que les Jésuites, que vous me dites être après, en savent aussi peu * que les Cordeliers, qui n'y pensent point. Dieu s'est ré- TP serve beaucoup de secrets, desquels cettui-ci est infailli-' blement du nombre. Autrefois on a cru que les anges avoient désiré la compagnie des femmes , et vous pouvez penser que les femmes n'auroient pas refusé aux anges ce qu'elles accordent assez volontairement aux hommes. Toutefois l'Eglise a condamné cette opinion. Je m'en rapporte à ce qui en est. Je suis ébahi que cet invisible amoureux , qui qu'il soit, ne s'avisa d'aimer cette femme devaad^pi'elle fût mariée; sinon qu'il soit comme sont beaucoup d'hommes, qui n'aiment ni les filles ni les veuves, les unes comme trop difficiles, les autres comme trop aisées, et qu'il se soit voulu arrêter à l'amour d'une femme mariée, pour avoir le plaisir de planter des cornes, et faire en même temps plaisir à la femme et déplaisir au mari. Si ce n'est cela, on peut dire que c'étoit quelque esprit qui venoit à la Flèche en commission, ou passoit par la Flèche pour aller ailleurs, et que ayant trouvé cette commodité, il l'a voulu prendre en chemin faisant, au hasard d'être repris de ses supérieurs quand il sera de retour, pour s'être amusé par les chemins , comme ces laquais qu'on envoie au vin , et qui s'amusent à jouer à la mourre. Nous avons beau nous distiller l'esprit là-dessus, nous n'en saurons jamais rien. Il me semble
que cela vaut bien la peine que vous y alliez faire un voyage.
Je suis bien en peine de cette période que vous n'avez su lire. Mais puisque vous vouliez dfcmner, vous deviez deviner toute autre chose que quelque prospérité pour moi. Vous savez bien que je ne suis pas homme à bonnes fortunes. Je scwftttNMise (Iue vous £ai'diez ma lettre, afin qu'à votre tilMMP^|pffl voyons que c'est , et que je me contente &0jk0ÈÊfoxi je suis de ce que ce peut être. m . Je ne vous erifrife point de vers. Ils sont faits et baillés, ^Jptmais il y a défense1 de les faire voir, par-dessus laquelle ;f|e ne veux passer que vous ne soyez ici. Il n'y a que sept stances de six vers4, de la mesure de ce premier couplet que j' a vois fait pour Montauban. Pour ÔcpX1, je ne saurois que vous en mander. C'est une affaire qui , selon la coutume, fit un grand bruit à sa nouveauté. Depuis il ne s'en est presque point parlé. Ce qui m'en donne plus mauvaise opinion, c'est la condition des personnes à qui il a à faire. Pour moi , je pense vous avoir déjà écrit que je ne le tiens coupable de rien, que de n'avoijJH^t fait qui vaille au métier dont il se méloit. S'il meurt pour
3. 11 y a défenses, au pluriel, dans l'édition de i63o; mais le relatif laquelle, qui Tient après, montre qu'il faut le singulier.
&fGptte pièce, composée de sept stances de six vers chacune, si elle a étiMpdjttée, ne peut être que celle qui commence par Cest assez y m*t 40r*. Voyez tome I, p. 19 5, pièce cvtti. — Sur Montauban, yoyez tome III, p. 3o, note 12.
5. Ces trois lettres grecques désignent Théophile Viaud, emprisonn^iksJKcomme coupable d'athéisme et d'autre chose encore, et quiânPUVtra sa liberté qu'au mois de septembre ifii5, lorsqu'un arrêt Au parlement le condamna à un bannissement perpétuel. Voyez sur ipute cette affaire la longue et importante notice que M. Alleaume a placée qKVte de son excellente édition des Œuvres de Théophile (Bibliothè^pp^flzéyirienne, i856, 2 voJ. in- 13). Il est probable qu'ici, comme pour Beaumarchais dans la lettre suivante , cVst l'éditeur et non Malherbe qui a remplacé le nom propre par des caractères grecs.
cela , vous ne devez point avoir de peur : on ne vous prendra pas pour un de ses complices. Je vous envoie une lettre que M. de Boisrobert1 m'a baillée pour vous faire tenir. C'est, à ce qu'il m'a dit, afin que vous leur fassiez tenir de vos pièces pour mettre en un recueil nouveau qu'ils vont faire7. Pour nouvelles, je ne vous puis dire sinon que les Reines sont ici depuis hier, et Monsieur deux jours auparavant. On croit que le Roi y sera mardi prochain. Il est allé faire encore un petit voyage de chasse devant que de se retirer. Ainsi voilà Saint-Germain abandonné pour cette année. Nous sommes ici sains comme ladres. Tout le monde s'en revient; faites-en de même. Adieu, Monsieur. Dieu veuille que j'aie mieux écrit cette lettre que la précédente ! Au moins espéré-je que vous y lirez bien que je suis tout à fait votre serviteur très-humble et très-affectionné.
A Paris, ce 4e de novembre i6a3.
Informez-vous quand commença la recherche de cet inconnu9, et con^ien de temps après le mariage ; m S'il couche avec elle, et ce que le mari fait cependant ; ce qu'en dit la demoiselle , et si quand ils sont ensemble dans le lit, il ne parle point à elle, et ce qu'il lui dit ;
Si elle est mélancolique, et si elle témoigne n'y prendre point de plaisir.
6. François le Métel de Bois-Robert, l'un des fondateurs de l' Académie française, mort en 166a. Voyez son Historiette dans Tallemant des Beaux, tome II, p. 383.
7. Probablement le Recueil des plus beaux vers , dont la première édition parut en 1616 et où le nom de Racan vient en effet après celui de Malherbe. Voyez tome I, Notice bibliographique, p. oxi, n° i5.
8. Ce post-scriptum se rapporte à Y accident advenu à la Flèche, dont il est parlé an commencement de la lettre.
io LETTRES A DIVERS.
Vous vous aviserez assez de vous-même de plusieurs questions curieuses qu'il y a moyen de faire à la femme. Mais cela vaut bien la peine d'y aller vous-même.
Sachez le nom de la demoiselle, et son surnom, etc.