‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 133 sur 298 · Var. (recueil de Rosset) : je vous jure que jamais · texte numérisé non relu

Var. (recueil de Rosset) : je vous jure que jamais

Lettre 81. — 1. Cette lettre, la 5e du livre III dans l'édition de i63o (p. 675), avait paru antérieurement dans le Bouquet des plut belles fleurs de l 'éloquence , de la Serre, p. ia/f, et dans les Lettres amoureuses et morales de Rosset, f° 356.

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de mon affection , si bien à peine elle a eu le loisir de la laisser naître pour commencer à la travailler ? Voulezvous bien faire, Madame? Soyez plus soigneuse de mon salut que je ne suis moi-même. Otez à mon imprudence la protection de votre bon naturel, et l'abandonnez à votre rigueur. Ne nourrissez point de monstres; ils vivent trop quand ils vivent un jour entier. J'appelle ainsi ma passion, pource qu'il n'est pas possible que selon nature elle fût en si peu de temps arrivée à la grandeur où elle est. L'expérience des fortunes passées me fait trembler en la considération de l'avenir ; et prévois bien qu'ayant perdu la carte autant de fois que je me suis embarqué sur cette mer, il ne faut pas qu'étant aujourd'hui les causes plus grandes , je m'en promette de moindres effets1. Mais que fais-je, Madame? J'ai besoin de voire miséricorde, et je sollicite votre cruauté. Ce sont déjà des fruits de mon imagination gâtée. Je serai plus sage de vous laisser faire, et me préparer à recevoir avec action de grâces tout ce qu'il vous plaira m' ordonner. Je révoque donc la prière que je vous viens de faire, et vous en fais une autre : c'est que vous croyiez que ces indiscrétions, quelques1 téméraires qu'elles soient, partent de l'âme la plus obéissante et la plus humiliée à qui jamais vous ayez permis T honneur de vous adorer.

Le ioe de mars 1606.

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