Voyez plut haut, p. i5, note a
Lbttbh 8a. — i. Cette lettre, la 6e du livre III dans l'édition de
i58 LETTRES A DIVERS.
plaindre de votre injustice. Je dis qu'il le semble, pouree qu'ayant fait résoudre mes volontés à s'humilier éternellement sous les vôtres , je ne saurois plus tourner les yeux sur vous, que pour vous regarder avec admiration ; ni sur vos actions , que pour en parler avec révérence. L'injustice que je veux dire, c'est que vous avez fait naitre ma passion, vous êtes, au moins en apparence, bien aise qu'elle continue, et cependant vous ne voulez rien contribuer à l'entretenir : comme si vous n'aviez désiré son être, que pour avoir le plaisir d'en voir la ruine. Vous pouvez bien juger que l'honneur qu'elle a d'être créature de votre bonté, me la fait avoir assez chère pour ne lui rien dénier de ce qui dépend de moi. Mais en quel long espace de temps pourrois-je avec toute ma sollicitude la fortifier à beaucoup près de ce que vous feriez en un moment, si vous lui daigniez montrer le moindre trait de votre bienveillance, ou seulement témoigner en quelque chose la diminution de votre froideur? Je ne doute point, Madame, que me permettant comme vous faites la douceur inestimable de votre communication, en laquelle sans mentir je vois des grâces que je ne trouve point ailleurs, vous ne m'obligiez bien au delà des moyens que j'ai de m'en rendre digne ; et vous proteste que cette confession me part tellement du cœur, qu'autant de lettres que je forme sur ce papier , autant de gouttes de sang me rougissent le visage, pour la honte que j'ai de produire à votre belle vue une témérité que je ne saurois cacher dans des ténèbres assez obscures. Mais que faudroit-il espérer de l'état du monde, si la providence infinie qui le gouverne, et dont vous êtes l'un des plus admirables ouvrages, mesuroit ses libéralités à nos mérites?
i63o (p. 677), avait paru antérieurement dans les recueils de la Serre (p. 126) et de Rosaet (f*> 357).
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Cette diligence à rechercher exactement de la proportion entre les bienfaits1 et ceux qui les reçoivent , est certainement indigne d'une belle âme comme la vôtre. Toutefois , Madame, vous en userez comme il vous plaira. S'il faut que je fasse naufrage, j'ai de l'obligation à ma fortune de me le préparer dans un océan si glorieux. Je m'en remets entièrement à votre discrétion. Vous savez comme je suis vôtre : cela me fait croire que vous reconnoissant intéressée en ma perte,, ce ne seroit point sans regret que vous y apporteriez du consentement.
Le 12e de mars 1606.