A CALISTE
Sans mentir, Madame, je pensois que ma dernière lettre m'eût si bien justifié de ce que j1 a vois été si longtemps sans vous écrire \ qu'infailliblement je dusse obtenir de vous une déclaration de mon innocence. Toutefois, puisque vous avez trouvé plus à propos de me pardonner que de m' absoudre, ce m'est tout un de quelle sorte vous me fassiez paroître les effets de votre bonté. Vous avez le choix de me traiter comme bon vous semble, et moi la nécessité d'approuver tout ce que vous m'ordonnerez1. Je recois donc, non avec satisfaction seulement, mais avec gloire, la grâce que méfait paroître4 votre miséricorde, et vous en remercie comme d'une faveur dont l'éloquence même ne sauroit exprimer le ressentiment. Mais pour cela, Madame, je ne laisse pas de me plaindre que vous révoquiez ma fidélité en doute, et que de peur de me trop obliger, comme vous dites, vous offensiez vos belles qualités, en ne les croyant pas capables de conserver aussi bien que d'acquérir. Je me suis toujours soumis, et me veux éternellement soumettre à la censure de votre jugement; mais quand vous direz quelque chose où vos louanges auront de l'intérêt, vous me permettrez, s'il vous plaît, de vous contredire, c et me dispenserez1 que pour vous j'ose murmurer contre vous-même. Vous avez des froideurs incroyables, des
Lettre 88. — 1. Cette lettre a paru dans les recueils de Rosset (fa 364) et de la Serre (p. i3g), avant de figurer dans l'édition de i63o (p. 688), où elle est la 11e du livre III.
a. Vàr. (recueil de la Serre) : de ce que j'avois été si longtemps à vous écrire.