A MONSIEUR DE RACÀJff
Monsieur,
Je tenois la plume quand j'ai reçu votre lettre du 8' de ce mois, et ne l'ai point quittée que je ne vous aie fait réponse. Voyez si je suis diligent, ou si je suis paresseux, lequel qu'il vous plaira. Vous m'avez été d'une grande peine où j'étois, pource que m' ayant écrit que vous partirez le lendemain des Rois pour venir ici, et ne vous y voyant point, je pensois que votre indisposition
10. Buckingham. Il arriva à Paris le ?4 mfti i6a5. — Dans la lettre suivante Malherbe a écrit Bouquinghan.
il. Cette phrase a été tronquée dans l'édition de i63o, qui donne simplement: c .... de composition, et je crois qu'il ne s'en parlera jamais. » À la ligne suivante, la même édition porte : c et nous fasse voir, i pour : c et nous fait voir. »
Lettre 6. — i. Cette lettre a été imprimée dans l'édition de i63o, livre II, lettre ia, p. 58a. Nous en avons revu le texte sur l'autographe, qui nous a été communiqué fort obligeamment par M. Bontron-Charlard.
LETTRES A DIVERS. i3
aeroît augmentée, et que votre malheureuse carcasse ne serait plus en autre état que d'être jetée à la voirie. Je me réjouis que cela ne soit point, et que vous ayez encore de la santé assez pour boire, manger et dormir. Pour le reste, je sais que vous vous en passez bien. Vous seriez monstrueux, ou monstre tout à fait, si à l'âge de trentecinq ans vous valiez mieux qu'à vingt et vingt-cinq ans1. Vous avez donc tort de vous souvenir d' Alternée*. La bonne dame ne songe point à vous ; ne songez point en elle. Je le vous dis en prose, et le vous dirai en vers, en quelque pièce que je voudrais bien faire, si je pouvois : j'y ferai tout mon effort.
Pour nouvelles, nous attendons aujourd'hui M. de la Ville-aux-Clercs, qui revient d'Angleterre chargé de pierreries, qui lui ont été données par le père et par le fils* ; pour le Saint-Esprit, vous savez bien qu'il ne le faut pas chercher parmi les huguenots. Vous savez l'entreprise faite par cet heureux homme, M. de Soubise, sur le port
a. Ces nombres sont en chiffres romains dans l'autographe : c xxxv ans.... xx et xxt ans. » — Je ne sais ce que Racan répondit à Malherbe à propos de ce passage, mais Toici ce qu'il en écrivit à Balzac : c Je ne m'étonne point si N.... a été si osé que de censurer votre éloquence, puisque M. de Malherbe a eu l'effronterie de m accuser de froideur, lui qui n'est plus que de glace, et de qui la dernière maîtresse est morte de vieillesse l'année du grand hiver (en 1608). Il a beau jeu a se vanter des merveilles de sa jeunesse, personne ne l'en peut démentir; et pour moi, qui ne voudrois pas avoir donné ce qui m'en reste de la mienne pour les victoires du prince d'Orange ni pour la sagesse du cardinal de Richelieu, je serais bien marri d'être en état de lui pouvoir reprocher ce qu'il me reproche. » QRmrres complète* de Racan, par M* Tenant de Latour (Bibliothèque elzévirienne), tome I, p. 3 12.
3. Arthénice, Mme de Rambouillet. Voyez au tome I la Fie de Melkerbe par Racan, p. lxxxvi et lxxxvu.
4. Jacques Ier, qui mourut le 6 avril suivant, et Charles, prince de Galles. — La fin de la phrase : c pour le Saint-Esprit, etc., 1 a été omise dans l'édition de i63o.
de Blavet1. Il y avoit envoyé deux vaisseaux, commandés par deux de leurs meilleurs corsaires * , Gentillot et Fleury ; mais ils y sont demeurés pris, eux et leurs vaisseaux. Je l'ai ouï de la propre bouche de la Reine mère du Roi. Nous aurons7 dans la fin de ce mois le duc Bouquinghan, pour venir épouser Madame. Si vous voulez donc être des noces, il vous faut hâter. J'oubliois à vous dire que nous avons ici le prince Thomas*, qui a épousé Mlle de Soissons qui étoit à Frontevaux. Elle s'appelle aujourd'hui la princesse de Carignan. Pour lui, il ne veut point changer de nom, et veut toujours être le prince Thomas. La Valteline est toute à nous; et s'il s'en faut quelque chose, ce n'est plus qu'un fort, qui n'est pas meilleur que les autres qui se sont rendus. Adieu, Monsieur : en voilà plus que vous n'en voulez. Les financiers, que j'oubliois, sont toujours persécutés et hors d'espérance de composition, et moi toujours votre très-humble serviteur ,
Malherbe.
De Paris, ce 18e de janvier 1625.
Même suscription qu'à la lettre précédente.
5. AU place où est maintenant Port-Louis. Le Blavet est une rivière de Bretagne, qui se jette dans la rade de Lorient.