‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 16 sur 298 · A MONSIEUR DE RACAJf · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE RACAJf

Monsieur,

On me vient de rendre votre lettre du premier de ce mois. Vous voulez que je la doive à la fortune, et moi je la veux devoir à celui qui me Ta écrite. Vous êtes mon ami, elle mon ennemie. Jugez auquel des deux j'aime mieux avoir à faire. Il y a trop longtemps qu'elle et moi sommes mal ensemble, pour me soucier d'y être bien à l'avenir. Je sais que son pouvoir est aussi grand qu'il fut jamais, et que sa volonté n'est pas meilleure; mais pour le peu de temps qui me reste à vivre, que saurais- je craindre ni d'elle ni de personne? Qui me voudra nuire, qu'il se hâte; sinon il y a de l'apparence qu'il ne me trouvera pas au logis. Ce langage-là vous semblera peut-être bien hardi ; mais tel qu'il est, il est pris dans le sens commun, contre lequel, la religion à part, vous savez qu'il n'y a orateur au monde qui me pût rien persuader. Vous m'obligez de me prier de vous aller voir, et si mes affaires m* en donnoient le loisir, je vous jure que je le ferois plus volontiers que vous ne le sauriez désirer. Mais les melons dont vous me faites fête, quelques1 bons qu'ils soient, ne valent pas ceux de l'Epargne. J'ai le courage d'un philosophe pour les choses superflues; pour les nécessaires, je n'ai autre sentiment que d'un crocheteur. Il est aisé de se passer de confitures; mais de pain, il en faut avoir, ou mourir. Nous avons ici à faire à un superintendant *,

Lbttbk 7. — 1. Cette lettre est imprimée dans l'édition de i63o, livre II, lettre i3, p. 584* Elle avait déjà été publiée en 1617 dam le Recueil de lettres nouvelles, de Faret, p. 37.

3. Telle est l'orthographe des éditions de 1627 et de i63o. Voyez le Corneille de M. Marty-LaTeaux, tome I, p. ao59 note 3.

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