A CAUSTE
Il 7 a, Madame, assez de peine à ne vous point voir, sans y ajouter celle de n'avoir point de vos nouvelles. Aussi n'eussé-je pas tant différé de les rechercher , et vous continuer les assurances de mon éternelle servitude, si ce n'est que Ton nous faisoit espérer que le lendemain des fêtes * nous nous en retournerions à Paris. A cette heure que la résolution est prise de demeurer encore dix ou
3. Dans la copie, la fin de la lettre, à partir d'ici, est réduite à ce peu de mots : c de m'écrire sourent, et tous n'oublierez.... »
Lbitbb 95. — 1. Cette lettre est la 19e du lirre ni (p. 705) dans l'édition de i63o. Nous eu ayons comparé le texte à une copie, fort incomplète, conservée au manuscrit Baluze, F9 14.
1. Les mots : c le lendemain des fêtes, » et à la fin de la phrase : c à Paris, » manquent dans la copie.
douze jours en ce malheureux lieu1 (je parle selon le compte ordinaire, car selon le mien ce seront dix ou douze siècles4), il est temps, Madame, de vous faire connottre de quelle âme je veux religieusement obéir au commandement qu'il vous a plu me faire5 de me souvenir de vous. Cette lettre vous en va porter le témoignage*, qui vous sera confirmé par les vers qui raccompagnent. Je les commençai samedi au soir, et les achevai le lendemain à la même heure. La journée où je les fis, qui étoit la Pentecôte, me feroit volontiers dire que cette diligence extraordinaire fut un miracle que le Saint-Esprit voulut que je fisse à la gloire de votre nom. Mais je sais bien que vous aimez mieux mériter des louanges, que les recevoir ; et puis en des effets dont l'amour peut être cause, je me ferois tort de la rechercher ailleurs. Vous jugerez qui sera le meilleur de ces ouvrages. Pour moi, je donne ma voix à celui qui aura la vôtre, étant bien raisonnable que puisque je les ai faits pour vous plaire, je fasse plus d'honneur à celui qui aura plus près approché de mon intention. Nos goûts ne s'accordent pas toujours en prose, je ne sais ce qu'ils feront en rime. Tant y a, Madame, que si vous n'y trouvez autre chose, au moins y reconnoîtrez-vous que les esprits mélancoliques reçoivent au centre ce qui ne touche les autres qu'en l'extérieur7. J'attends ce que vous m'ordonnerez sur le voyage de Normandie, auquel je suis résolu. Demain, Dieu aidant, je présenterai au Roi ce que je vous envoie, et vous
3. Fontainebleau. C'est dans des termes analogues que Malherbe en parle dans ses lettres à Peiresc.
4* Voyez plus haut, lettre 78, p. i5a.