Vab. (copie du manuscrit Baluze) : que je sois
I04. — A CALTSTE1.
Madame,
Si c'est être aux bonnes grâces d'un homme que d'en être parfaitement estimée et honorée, vous avez raison de croire que vous êtes véritablement aux miennes, car je vous jure qu'il y a peu de femmes que j'estime ni que j'honore comme vous. Je dirois qu'il n'y en a du tout point, si vous m'écriviez une seconde lettre aussi obligeante que la première. Je laisse cela à votre discrétion : je n'ose demander ce que je ne mérite point. Si j'eusse pu aussi sûrement vous donner de mes nouvelles que vous me pouvez donner des vôtres, vous n'auriez pas l'avantage de m'avoir prévenu. Je brùlois d'envie de vous faire savoir le déplaisir que me donnoit votre absence, et l'impatience avec laquelle j'attendois votre retour. Mais comme l'eussé-je fait? U est vrai que je ne suis plus homme à scandale ; mais n'importe : je ne veux pas me mettre à la merci des rieurs. Vous avez fait une œuvre de superérogation de me parler de ceux de votre compagnie. J'en fais cas, mais sans les mettre en notre rang ni vous au leur. Fasse ses vendanges qui voudra, les miennes sont faites ; et si bien faites, que le grapage même n'y est pas demeuré1. Les déplaisirs que j'en ai sont infinis, mais le plus cuisant de tous, c'est, Madame, celui de ne vous pouvoir témoigner que je suis, avec un cœur aussi vert que le reste est sec, votre très-humble et trèsaffectionné serviteur.
Lattes 104. — 1. Cette lettre est la 38e du livre III (p. 717) dans l'édition de i63o, dont le texte est entièrement conforme i celui d*une copie conservée dans le manuscrit Baluze, f° 19.
a. C'est-à-dire qu'il n'y est même pas resté de quoi grappiller.
igo LETTRES A DIVERS.
Io5. A RODANTHE1.
Il est bien certain, Madame, que de quelque prix que soit une offrande, il faut pour la rendre agréable raccompagner d'une révérence proportionnée à la qualité de celui qui la doit recevoir. Nous pouvons bien entrer aux maisons des particuliers avec une contenance haute et relevée , mais quand il est question d'aller aux temples, la raison veut que par quelque apparence de crainte nous fassions voir que nous ressentons la majesté de celui à qui nous allons nous adresser. Les choses sacrées ne se traitent point sans cérémonie, que par ceux qui les considèrent sans religion. Je vous dis ceci, Madame, pour vous rendre compte de ce que depuis l'honneur que vous m'avez fait de me permettre de vous écrire, j'ai été quelques jours sans y satisfaire. Dieu sait si j'en avois envie, et si ma passion m'en sollicitoit continuellement. Mais étant cette action la première que je fais venant à votre service, j'ai voulu que la discrétion que j'y apporterais vous fût un gage de celle que vous en devez espérer à l'avenir. A cette heure que je me suis délivré de ce scrupule, et que par ma timidité vous avez pu remarquer le respect que je porte à vos inestimables mérites, voici, Madame, toutes mes affections, toutes mes volontés, et toutes mes pensées que j'apporte à vos pieds, avec autant de regret de les avoir jamais engagées ailleurs, comme de satisfaction et de gloire de les avoir1 aujourd'hui réduites en" un lieu où je n'ai différé de prétendre qu'autant que j'ai désespéré d'y parvenir. Je sais bien que la condition de celui
Lettre io5. — i. Cette lettre, la 19e du livre III dans l'édition de i63o (p. 718), avait paru d'abord dans le recueil de Rosset (f° 370), où elle est sans nom d'auteur. — Rodanthe, c'est Mme de Rambouillet. Voyez tome I, p. lxxxvi.
a. Vab. (recueil de Rosset) : de les voir.
qui les offre n'est pas telle qu'elle leur puisse donner beaucoup de relief; mais ce leur sera un sujet de chercher avec plus de soin leur recommandation en elles-mêmes, et de récompenser par la fidélité le défaut qu'on leur peut imputer d'ailleurs. Il me suffit, Madame, que vous les accueilliez avec cette bonté dont vous leur avez donné la hardiesse de se présenter à vous. Mes services ne m'obtiendront jamais si petite part en vos bonnes grâces, que je ne la préfère à toutes les faveurs que je saurois avoir de la fortune ; et vous jure que si l'acquisition m'en étoit réservée au dernier jour de ma vie, il n'y a rien à la mort de si effroyable que ma résolution ne méprisât pour vous témoigner avec quelle impatience je désire d'y arriver. Croyez-le, Madame, et trouvez bon que j'ose baiser vos très-belles mains, avec une humilité que véritablement je puis dire n'avoir jamais été en personne à qui vous ayez donné cette permission.
IOÔ. A MADAME LA MARQUISE DE MOWTLAUR1.
Madame ,
Vous eussiez eu plus tôt de mes lettres, si j'eusse cru que plus tôt vous eussiez été capable de les lire; maiscer-
Lkttrk 106. — 1. Cette lettre, la 11e du livre I dans l'édition de i63o (p. 5n), avait para antérieurement dans les recueils de Rosset (f° 149) et de la Serre (p. 119). U en existe une copie dans le manuscrit 3927 du fonds français à la Bibliothèque impériale, f* 39. A la suite {é° i3) se trouve une réponse écrite par du Vair au nom de la marquise de Montlaur. Celle-ci avait perdu son mari, Philippe d'Agoult, marquis de Montlaur, en janvier 1608, ce qui nous donne la date de la lettre. Voyei tome III, p. 7, note 4, et p. $7. — Dans les recueils de Rosset et de la Serre le titre est : c Consolation du sieur de Malerbe à Madame la marquise de Montlort sur la mort de son mari. »
tg* LETTRES A DIVERS.
ttinement jusques ici je vous estimois si justement occupée à regretter votre perte, que je faisois conscience de vous interrompre, et pensois que sans vous priver d'un contentement extrême, je ne pouvois essayer de diminuer votre douleur. A cette heure que vous avez eu quelque loisir1 de resserrer le débordement de vos larmes, et recueillir vos esprits dissipés en la nouveauté de cet accident, il est temps que par un témoignage de compatir avec vous, j'évite la mauvaise opinion que vous pourroit donner mon silence, et vous fasse voir que si quelquesuns m'ont précédé en la diligence de plaindre votre affliction, pour le moins ne m'ont-ils point surpassé en la vérité de la ressentir. Il faut avouer, Madame, que ce me seroit un labeur fort agréable , de pouvoir faire quelque chose pour votre consolation. Votre mal en a besoin, vos qualités y convient tous ceux qui vous connoissent, et l'affection particulière que je vous ai vouée semble me le commander. Ce qui m'en empêche, c'est que je ne crois point* qu'aux plus belles paroles du monde il y ait assez de persuasion pour adoucir une nécessité si amère, comme celle où vous êtes aujourd'hui réduite de ne voir jamais ce qu'autrefois vous avez vu avec tant de plaisir. Je sais bien qu'en pareilles occasions une des raisons principales que l'on nous propose, c'est la condition bienheureuse de ceux pour qui nous sommes affligés. Mais serois-je si mauvais estimateur, ou de votre mérite, ou de l'amour que feu Monsieur le marquis vous a portée, que je pusse douter qu'au milieu même de la béatitude éternelle il ne tourne4 les yeux vers la terre, et qu'avec quelque soupir il ne témoigne que les joies du