Vab. (édit. de i(îi4) : en Arles
LETTRES A DIVERS. an
criant et gémissant d'une façon qu'il sembloit après devoir perdu ne vouloir plus rien sauver, arracha les clous de sa bière , décousit le drap où il étoit enseveli, et ne trouvant aucun changement en son visage , en fit faire un pourtrait71, qui a été mis en leur maison de ville, pour être à ceux qui vivent un avertissement de ne se lasser jamais de le plaindre, et à leur postérité une exhortation comme héréditaire d'en garder la mémoire éternellement? Ne savez-vous pas que celte même ville et celle d'Aix ayant71 disputé l'honneur de lui donner sépulture, la résolution que l'on a prise d'en laisser le corps aux uns et envoyer le cœur aux autres, a été le seul expédient qui les a pu mettre d'accord? Vous le savez, Madame, et par conséquent, ne pouvant douter qu'en un lieu où il étoit si chèrement et si passionnément aimé, il ne soit mort aussi content que dans l'hôtel de Guise, vous avez de quoi en être satisfaite, et moi de quoi cesser d'en contester avec vous. Je crois qu'il ne me reste plus que rassemblement que vous faites de l'intérêt du Roi et de la Reine74 avec le vôtre. Vous prévoyez, ce vous semble, des occasions où les gens de bien seront nécessaires : tellement qu'après avoir pleuré pour vous la perte d'un frère , vous pleurez pour Leurs Majestés celle d'un serviteur que sa fidélité, son bras et son courage leur faisoient estimer l'une des plus fermes défenses de leur Etat. Ce n'est pas d'aujourd'hui , Madame , que je reconnois comme vous aimez la Reine. Je sais qu'en vos propos ordinaires, et aux lettres où vous parlez d'elle, vous ne l'appelez jamais autrement que votre bonne maîtresse ; et qui plus est, je vous ai ouï dire plusieurs fois que
72. Le recueil de la Serre donne seul portrait [por traie i).