‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 191 sur 298 · Roger de Bellegarde · texte numérisé non relu

Roger de Bellegarde

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armée, et par cet emploi croyez être obligé à ne connoître point d'intérêt dont vous deviez être touché comme du sien. Vous le voyez en l'âge de dix-neuf ans sur le point de terminer une affaire si épineuse10, que jusques à présent un homme eût semblé avoir faute de sens commun qui eût seulement parlé de la commencer. Vous avez part à ses travaux, ayez-en aux joies que sa prospérité donne aux gens de bien, et vous préparez aux conquêtes qu'indubitablement il va faire, les plus grandes et les plus importantes à cette couronne que jamais ait faites aucun de ses prédécesseurs. Vous avez toujours tellement aimé la gloire, que quand la France a été sans brouilleries vous êtes allé chercher la guerre en Hollande, au Piémont, et généralement partout où vous l'avez pensé trouver. Ne faites point qu'on vous demande ce qu'est devenu votre courage en cette occasion. Les11 victoires il que nous avons sur nos ennemis ne sont jamais tellement nôtres, que nous n'en devions une partie à la fortune, ou à l'assistance qui nous est donnée d'ailleurs. Celles qui légitimement nous appartiennent, et desquelles personne ne prend part avec nous, sont celles que nous avons sur nos passions, quand en dépit d'elles nous gardons nos âmes en leur assiette, ou les y remettons bientôt après que le trouble les en a fait sortir. Je ne suis pas si malavisé que de vous penser dire des choses que vous ne sachiez mieux que moi ; mais l'inclination que vous avez toujours eue à m'estimer plus que je ne vaux, et me vouloir plus de bien que je n'en mérite, m'obligeant à vous rendre toutes sortes de devoirs, j'ai pensé que sans une ingratitude manifeste je ne pouvois ne

10. La guerre contre les réformés, terminée en i6ai par la paix de Montpellier.

1 1 . Cette phrase et la suivante sont un souvenir de Gcéron. Voyez les chapitres n et ni du Discours pro Marcello.

ii. Var. (recueil de Faret) : Des victoires.

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contribuer quelque chose au soulagement de votre affliction. Si j'y réussis, j'aurai touché le but que je me propose; sinon, je vous aurai pour le moins fait voir combien vos bonnes grâces me sont chères, et combien je désire, Monsieur, que vous continuiez de m1 aimer et de me tenir pour votre très-humble et très-obligé 4I serviteur.

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