‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 192 sur 298 · IIO. — A MONSIEUR DE BELLEGARDE · texte numérisé non relu

IIO. — A MONSIEUR DE BELLEGARDE

Monsieur ,

Ceux qui n'auront imaginé entre vous et M. de Termes autre amitié que celle que met ordinairement la nature entre deux frères, se seront précipités à vous consoler de la perte que vous en avez faite * ; et pour y avoir été les plus diligents, présumeront y avoir été les plus affectionnés. Quant à moi, qui depuis tant d'années que je suis continuellement à la cour, ai toujours eu les yeux sur vous comme sur deux des objets que j'y ai trouvés les plus considérables, et par conséquent * ai eu du loisir assez de remarquer en vous un soin de père à lui procurer du

i3. Vab. (recueil de Faret) : et très-obéissant.

Lettre ho. — i. Cette lettre, qui n'a pu être écrite avant le mois d'août i6ai (voyez tome III, p. 54a), a été publiée pour la première fois par M. Hauréau, dans le Bulletin des Comités historiques, i85o, tome II, p. i5i et i5?. Nous l'avons revue sur deux minutes autographes, qui se complètent l'une l'autre (voyez ci-après les notes 18 et a6) ; elles se trouvent aux f°* 6a et 63 du manuscrit Baluze. — Tout au commencement de la lettre et dans le deuxième alinéa le papier de la première minute est maintenant déchiré ça et là, et il y a plusieurs mots enlevés.

a. Voyez la note i de la lettre précédente.

3. Ce qui précède, depuis : « ai toujours eu, » jusqu'à : « et par conséquent, i n'a pas été imprimé jusqu'ici. Cest une addition que Malherbe a faite entre les lignes.

bien * , en lui une soumission de fils à vous rendre def h#tneur, et en tous deux une conjonction de volonté 'digne de meilleures âmes que celles de notre siècle, j'ai eu de la peine à croire qu'en tout ce que Ton vous sauroit dire , il y eût de quoi arrêter des larmes qu'une affection forte comme la vôtre et un mérite relevé comme le sien vous conseilleroient de * faire couler éternellement. A' cette pensée, j'en ajoutois une autre, que quand bien ceux qui vous consolent, auroient été assez heureux pour obtenir quelque chose de vous selon leur intention, il se faut assurer qu'au premier de tant de lamentables objets qui vous environnent, toutes leurs raisons sortiroient de votre mémoire, et qu'ils demeureroient avec le déplaisir du médecin qui voit rengrêger* une maladie dont il a trop hardiment espéré la guérison. Vous oyez' Mme de Termes crier les hauts cris, appeler le défunt, vous appeler, se nommer la plus désolée femme qui soit au monde, et renonçant au respect et à la bienséance, donner des témoignages d'une âme la plus troublée et la plus en désordre à qui jamais semblable inconvénient soit arrivé. Vous voyez auprès d'elle Messieurs vos petits neveux9, qui tantôt paissant

4. Bellegarde s'était démis en sa faveur de sa charge de grand écuyer.

5. Vous conseilleroient de a été substitué à voulolent, biffé.

6. Rengrêger, s'aggraver. — On voit par les diverses additions et ratures que Malherbe avait eu l'intention de rédiger autrement cette phrase, à peu près de cette façon : c .... que quand bien j'aurois été assez heureux pour obtenir quelque chose de vous selon mon intention, je ne de vois pas douter qu'au premier de tant de lamentables objets qui vous environnent, toutes mes raisons ne sortissent de votre mémoire et ne me demeurassent arec le déplaisir (autre variante : et qu'il ne me demeurât le déplaisir) des médecins qui voient rengrêger une maladie dont ils ont, etc. »

7. Il y avait d'abord : c Vous orrez, » et au commencement de la phrase suivante : c Vous verrez, s

8. Suivant le P. Anselme, le baron de Termes laissa en mourant Malherbe, iv i5

le temps à quelque gentillesse de la portée de9 leur âge, se font estimer d'autant plus misérables qu'ils ont moins de oonnoissance de leur infortune, et tantôt vous regardant avec une tristesse imitée sur le visage de leur mère, semblent vous dire : « Monsieur, nous avons été vos neveux, à cette heure nous serons vos enfants. » À cela, Monsieur, que peut moins faire la tendresse de vos sentiments, que monter au plus haut point où un bon naturel la puisse mettre ; votre douleur, que s'opini&trer contre les résistances; et votre esprit, que rejeter tout ce qu'il aura goûté de remontrances*1, comme vous rejetteriez une poison que vous auriez avalée sans y penser ?

Voilà, Monsieur, les considérations qui jusqu'ici m'ont empêché de vous écrire u, et tellement empêché que si je n'eusse craint de faire mal interpréter mon silence, la résolution de me taire étoit infailliblement celle que j'eusse embrassée le plus volontiers.

Aujourd'hui que par ma longueur j'ai fait connottre ma modestie en une entreprise si difficile , et mon étonnement en un accident si déplorable, je veux contribuer à ce triste compliment ce que vous pouvez espérer de ma foiblesse u, avec cette espérance que si je n'en retire autre

un fils, mort jeune, et une fille, Marie-Anne de Saint-Lary, qui épousa Jean-Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, puis duc de Bellegarde, fils d'une sœur de M. de Termes et de Roger de Bellegarde.

9. c De la portée de » a remplacé c conrenable a ; s et plus loin les présents font, ont, semblent, ont été substitués aux futurs feront, muront, sembleront.

10. La première rédaction était : c .... goûté de mes paroles, s

11. Malherbe a écrit dans l'interligne ces mots, qu'il a biffés : c m'ont fermé la bouche. 1 A la fin de l'alinéa, après résolution, il a encore effacé ceux-ci : c de ne tous écrire peut-être.... où je me trou- Tois le plus disposé, s

19. A la suite de foiblesse, on lit ces mots effacés : « et sans me de la gloire de bien dire, acquérir celle de participer à votre

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chose, pour le moins éviterai-je le blâme de ne sentir pas votre douleur. H est certain que des raisons dont nous nous servons la en la consolation, celle dont l'usage est le plus ordinaire, c'est d'essayer de trouver quelque défaut en la chose qui est regrettée, pour, en la faisant moins estimer à celui qui l'a perdue, lui faire porter plus patiemment le déplaisir qu'il a d'en être privé14 . Et certes, encore que la gloire *' ait toujours été la plus forte passion de M. de Termes, et que ce soit pour elle qu'après tant de périls qu'il a cherchés, il a finalement rencontré celui qui lui a coûté la vie, je ne dois point douter " qu'il ne fàt très-aise que par la diminution de ses louanges, on pût diminuer votre affliction1' . Mais19 quand tout ce qu'il y a de calomniateurs au monde s'accorderoient à faire la censure de sa vie, où prendroient-ils le sujet de leur médisance, qu'ils ne se rendissent ridicules et ne fissent tourner à leur honte ce qu'ils auroient imaginé contre sa réputation? S'il faut considérer ses mœurs, n'étoient-elles pas tellement formées sur les vôtres, et par cette senje raison tellement

douleur ; » puis encore quelques essais informes, comme : c aussi véritablement que nul autre que tous et Monsieur votre frère m'ayant véritablement obligé ; s et c arec autant de sentiment que vos bienfaits.... »

i3. Ici est le mot ordinairement, biffé ; et après ordinaire , à la ligne suivante, il y a cette addition, également biffée : « et le succès le plus assuré. »

14. Malherbe avait déjà mis en vers cette pensée dans ses stances à du Périer. Voyez tome I, p. 39, pièce xi, vers 11 et 1 a.

i5. Après la gloire, Malherbe a effacé dans 1 interligne ces mots : c du prince, seul but de ses actions ; t et cette autre variante : c que (M. de Termes) se soit proposée en ses actions, s

16. c Je ne dois point douter » a remplacé « je ne doute point, a

17. Malherbe avait mis d'abord : c diminuer quelque chose de votre affliction. »

18. Ici commence la seconde minute. Elle diffère peu de la première, dans la partie qui leur est commune. Voyex plus bat la note 26.

hors de reproche, qu'il est impossible que jamais, à la cour, on se propose ni une émulation qui apporte plus de gloire l99 ni un exemple qui soit imité plus difficilement? S'il est question de son courage, qui est-ce qui est si peu du monde qui ne sache que depuis le siège de Rouen", où fut le commencement de ses armes, jusquesà ce lieu abominable où fut " la fin de ses jours, il ne s'est passé occasion " grande ni petite, en laquelle, pour le service du Roi, qui est toujours le parti des gens de bien, il n'ait été des premiers à se mettre dans le péril, et des derniers à s'en retirer? Qui n'a point ouï parler de ce fameux duel11 où, devant Amiens ** , à la vue de la France et de l'Espagne, n'ayant pas encore dix-«eptans, il tua un des principaux" capitaines des assiégés, qui étoit venu faire un défi à ceux de notre armée11, et par cette preuve, précédée et suivie d'une infinité d'autres, obligea le maréchal de Biron à souhaiter qu'il fût son frère, et le feu Roi, qui en avoit été spectateur, à dire une chose que depuis il a souvent répétée1', que s'il avoit à se battre en duel, il ne voudroit

xo. f Qui apporte plus de gloire » a été substitué à « plus glorieuse. »

10. En i5gi et i5oa. — ai. Dans la seconde minute : c où a été. »

aa. « n ne s'est passé occasion 9 a été substitué à : c il ne s'est fait entreprise. »

a3. Malherbe avait d'abord touIu mettre : s réciter ce fameux duel. »

*4- En i5q7, au siège d'Amiens par Henri IV. ,,

a 5. Dans la seconde minute principaux a remplacé meilleurs. • a6. Cest ici que finit la première minute ; le reste de la lettre est imprimé d'après la seconde.

37. Malherbe avait écrit d'abord : c que depuis nous lui avons tous ouï répéter assez souvent ; » et dans la phrase suivante : c qu'autant de fois que nos diverses querelles domestiques nous ont donné quelque relâche, autant de fois il est allé chercher la guerre (autre variante : de l'occupation) hors du royaume. » Un peu plus loin, il semble qu'il ait voulu mettre successivement : t (les intérêts de la France) en la guerre des étrangers ; » puis : c aux querelles des écran-

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avoir autre que Termes pour son second? Qui est-ce qui ne sait point qu'autant de fois que nos brouilleries domestiques ont eu quelque relâche , autant de fois il est allé tirer l'épée hors du royaume, et soutenir les intérêts de la France et même des étrangers ? Qui ne sait point avec quels mérites "il s'est fait connottre en Hollande à M. le comte Maurice S9y et en Piémont à Monsieur de Savoie, avec le maréchal de Lesdiguières, comme si, par une gratification particulière11, la fortune l'eut tout exprès voulu mener en des lieux où ses actions, qui étoient glorieuses en toutes autres circonstances, le fussent encore en celle d'être faites aux yeux de11 trois des capitaines de notre siècle à qui ceux du passé peuvent moins faire de comparaison?

Outre les deux minutes de la consolation au duc de Bellegarde, dont nous ayons parlé dans la note i (p. a 24), fe manuscrit Baluze contient deux brouillons qui paraissent avoir été écrits avant ces minutes, et en être de premières ébauches. L'un, qui se trouve aux f°* 45 et 46» et qui diffère entièrement de l'autre, n'est encore qu'un simple projet, une sorte de matière de lettre. Il commence ainsi : c Monsieur, d'un côté la connoissance que j'ai de rotre vertu, de votre expérience en la vanité du monde, les retraites que je vous ai vu si souvent faire avec ce bon père religieux des Chartreux, me font croire que vous n'avez point de besoin de consolation. D'ailleurs je sais combien vous aimiez Monsieur votre frère et combien il étoit aimable : cela me fait penser que vous avez besoin de consolation. » Après ce début viennent des notes jetées sur le

gers. 9 Enfin , en tête de la phrase qui vient après, sont encore cet mots effacés : c N'a-t-il pas fait la guerre de Hollande auprè.... »

a 8. Il y avait d'abord : « qui ne sait point les actions ; s et un peu après on trouve ces mots biffés : « Ne l'a-t-il pas faite en.... auprès de....i

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