‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 220 sur 298 · ÉLÉGIE II · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE II

Elle a beau être cruelle, il est résolu de l'aimer jusqu'à la mort, s'y étant préparé dès le commencement de son amour.

Ayez le cœur d'un tigre ou d'une ourse cruelle, 11 avoit dit : d'un tigre, simplement ; il devoit dire : d'un ours.

Envenimez ma plaie, et durez inhumaine.

Durer inhumaine, quel langage, pour demeurer inhumaine l

Cesse de poursuivir le chemin commencé.

Note ce mot normand.

Et que j'osai penser la superbe entreprise

De vous offrir mon cœur .

Suspendu.

J'aurois juste raison d'accuser sa promesse. De qui est cette promesse? Je n'y vois goutte.

3o8 COMMENTAIRE SUE DES PORTES.

Chatte au loin tout plaisir, n'espère plui de vivre, Bannis-toi de toi-même, et triste désormais, etc. Après aroir dit : n'espère plus de vivre, il ne devoit pins dire ni : bannis-toi de toi-même, ni ce qui vient après ; car après qu'on ne vit plus, il n'est plus question de vivre triste ni joyeux.

Et n'attend* pas de vous un plus doux payement Que mourir sans pitié servant fidèlement. Ce sans pitié n'est pas bien clair.

Quand le soleil doré laisse notre hémisphère, Tournant ailleurs le cours de ses chevaux ailés, S'il paraît peu souvent, si les jours sont gelés, etc. Quand le soleil laisse notre hémisphère, les jours ne peuvent être

gelés, et ne peut-on dire qu'il paroisse peu souvent, car il est nuit.

Il devoit dire : quand il s'éloigne de notre tropique,

SONNET XXXn.

Las ! je n'éteins par mes pleurs ruisselants De ces beaux yeux une seule étincelle.

A quel propos, avec ses pleurs, éteindre le feu qui est dans les yeux de sa dame? Il pouvoit dire : du feu qu'il a au cœur.

Et de la mort qu'absent d'elle je porte. Je porte la mort ne se dit point.

élégie in.

Jamais foible vaisseau deçà delà porté Par les fiers Aquilons ne fut tant agité.

Par Us fiers Aquilons est en lieu que l'on ne sait s'il se rapporte à porté ou à agité.

Un débat après l'autre en l'esprit lui revient. Qu'est-ce à dire : un débat lui revient en l'esprit ?

Chaude fièvre d'amour inhumaine et contraire. Que veut dire contraire, après avoir dit inhumaine?

Sans yeux je vois ma perte, et sans langue je crie. Sottise imitée de Pétrarque.

Or1 je suis plein d'amour et or* je n'aime pas. Or9 et or' est hors d'usage.

Qu'aimant je me veux mal de ce que je vous aime. Il devoit dire : qu'aimant, Je me peux mal de ce que /aime; ou : que tous aimant, je me veux mal de ce que je vous aime.

Il faut, en m'efforçant, cette pointe arracher. Quel langage : il faut, en my efforçant, faire ceci ou cela !

J'embrase ma foreur, la pensant rendre éteinte. Mal y pour éteindre.

Mais si je perds mon temps sous l'amoureuse loi. Il s'explique mal ; qu'est-ce à dire : perdre son temps sous une loi?

Sachant ne pouvoir rendre autrement captivé. Rendre captivé, pour captiver, mal.

Et que d'une aile prompte, au travail continue. Continu au travail est mal dit ; il faut dire : assidu.

Car si l'aigle regarde un soleil plein de flamme. Je soutiens fermement les deux yeux de Madame. Impertinences.

Et qui d'ombreuse nuit ne sont jamais noircis. Sottise.

Ah ! qu'Amour m'a fait tort !

Il faut dire : qu'Amour ma fait de tort! On diroit bien : qu'Amour 'a fait grand tort ! mais que se rapporte a grand, comme qui diroit : combien grand. On dit : que vous avez de tort! et non : que vous avez tort!

L'expérience apprend. En ce commencement, etc. Rime au milieu du vers.

Or je sais reconnoitre Amour pour mon vainqueur , Comme on vit en aimant sans esprit et sans cœur. Ces phrases différentes sont mal jointes. 11 devoit répéter : je sais, et dire : je sais comme en aimant on peut vivre sans cœur.

Je sais brûler de loin et geler auprès d'elle. Sottise.

Chercher mon ennemie et craindre à la trouver. Craindre à trouver est une phrase dont je ferois scrupule; je dirois : de trouver. Toutefois je ne condamne pas craindre à ' .

Leurs mots entrerompus, leur prompte méfiance.

--Je dirai plutôt interrompus que entrerompus , et interrompre que entrerompre.

S'égare au labyrinth de diverses erreurs. Labyrinthe,

SONNET XXXrv.

De mon cœur tout sanglant

A quel propos sanglant?

Et que mes vers plaintifs, courriers de son mérite. Qu'est-ce à dire : courrier de son mérite? J'ai bien ouï parler d'un

x . Malherbe a écrit, par erreur évidemment : « Toutefois je ne condamne pas k craindre. » La tante est corrigée dans la copie B de l'Arsenal.

3io COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

courrier d'Espagne ou du roi d'Espagne ; mais courrier d'une cliose, cela ne fut jamais dit que par un ignorant. Quand même on parle d'une nouvelle, on dit : le courrier qui a apporté une telle nouvelle, et non le courrier de telle nouvelle,

L'Ame en feu, l'oeil en pleurs, le cœur plein de tristesse,

Et la bouche en regrets

If âme en feu, l'ail en pleurs, sont bonnes constructions; mais il n'y a point d'apparence de dire qu'un homme s'en est allé la bouche en regrets.

Drôlerie italienne.

O pensers trop penrés, qui rebellez mon Ame. Je dirais : qui faites rebeller mon âme.

Néron, fusil de meurtre et de flamme et de rage. Que veut dire fusil de flamme?

Se rit

Et chante en regardant le feu victorieux,

Laissant de sa rigueur à jamais témoignage. H est ambigu à qui est rapporté laissant, si c'est à Néron, ou au feu. Si c'est au feu, il devoit dire : qui laissé1; si c'est à Néron, est-ce rigueur que de brûler une ville?

Et la mort aussitôt leur tristesse eût bannie. La mort ne bannit pas la tristesse, elle la finit.

Cette mort trop cruelle,

Voyant dedans mon cœur votre image si belle,

Se retire étonnée

O destin rigoureux d'un amant misérable ! En peinture et de loin vous m'êtes favorable; Mais vraie et près de vous, vous me donnez la mort. La mort ne le tue point pource qu'elle lui voit le pourtrait de sa dame au cœur. Ainsi, a son compte, elle lui est favorable de loin ; et comme pourroit-elle être plus près que dans son cœur? Cette imagination est imaginaire, s'il en fut jamais ; car de dire qu'il ne l'a dans le cœur que lorsqu'il en est absent, c'est une faute plus grande que la première.

i. Dans la copie B de 1* Arsenal ' « Il est ambigu à qui se rapporte laissant, si c'est à Néron on au feu. Je crois que c'est au feu , et ponr ce il devoit dire : qui laisse. » La suite de la phrase manque. Dans l'original, on voit, k la différence de l'écriture et de l'encre, que cette suite avait été ajoutée après coup par Malherbe.

LES AMOURS D'HIPPOLYTE. 3ix

Voilà comme mi bel œil de deux sortes m'offense, Me blessant a la mort, et puis en m'empécbant Que je ne puis montrer ma mortelle souffrance. Bonne conclusion.

Je ne sais qu'il m'advint

Mal, car il faut dire : je ne sais ce qui mavint. Le peuple dit bien : je ne sais qui m'avint, mais qu'il nCavint ne se dit point*

Et pour mieux y penser, chassai le souvenir De toute autre beauté que devant j'avois vue. Froid.

Emporté tout ainsi de ma haute pensée.

7V, touy tain*

Mais, hélas! je n'ai pas le bouclier renommé.. •• Par lequel sans danger il pût voir la Gorgone.

Note.

Un trait de ses regards me transforme en rocher. Sept rr.

O ret subtil d'Amour

Note qu'ici l'épithète étoit mieux devant qu'après.

Maintenant sans pitié ton secours me délaisse. Votre secours m'abandonne est bon, mais m'abandonne sans pitié ne vaut guère d'argent.

Ce fut toi qui me fis follement hasarder, etc.

Mais je t'appelle en vain. On ne console pas Avec peu a? espérance une douleur mortelle. A quel propos ce peu a* espérance ? Il avoit invoqué toute l'espérance, et non pas une partie.

SONNET XXm,

Tant d'outrageux propos, de courroux et d'orage, Que le ciel rigoureux dessus moi fait pleuvoir. Remarque ceci, lecteur : ce n'est pas bien dit, tant d'outrageux propos que le ciel fait pleuvoir sur moi. Si l'on me dit que tant a* outrageux propos est dit absolument, et ne s'étend point jusques k pleuvoir, je réponds qu'il ne se peut, pource que tant étant rapporté comme il est iidb xoivotS1 à propos , courroux et orage, tout cela n'est qu'une

i. «D'une manière commune, à la fois. » Voyez plus loin, p.34o, et p.3o6 note 3.

3ia COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

seule construction. S'il vouloit détacher tant d'ouïr ageux propos d'avec le courroux et Y orage % il devoit répéter tant, et dire : tant a? outrage ux propos, tant de courroux et d'orage, etc.

Sont autant d'aiguillons qui poignent mon Vouloir. Que veut dire : poignent mon vouloir ? Je ne sais pas si c'est anglois ou allemand, mais je sais bien que ce n'est pas françois.

Je n'ai de mon amour aucun fruit espéré. Je n'ai aucun fruit espéré. Cet espéré est en un lieu où il rend le sens ambigu. Ces transpositions sont évitables * quand elles font le langage rude ou le sens douteux.

sonnet xxrv.

Avoir pour toute guide un de»ir téméraire. Nota.

A pas lents et tardifs tout seul je me promeine.... Les endroits non frayés d'aucune trace humaine. Pourmène, sans diphthongue, et non pourmeine : ainsi mal rimé»

Je n'ai que ce rempart pour défendre ma peine. U devoit dire : moyen ou invention; et puis défendre ma peina est équivoque.

D n'y a désormais ni rivière ni bois,

Plaine, mont ou rocher

Puisqu'il n'y a ni rivière ni bois, je dirois: c plaine, mont ni rocher. »

Qu'Amour ne me découvre et me vienne trouver. Note,

Apre et sauvage cœur, trop fière volonté, Dessous une douce, humble, angélique figure. Italianisme sans grâce.

Vous n'aurez grand honneur de m'avoir surmonté. On ne dit pas : vous n'aurez grand honneur, mais : vous n'aurez pas grand honneur. Quelle apparence de dire à une fière volonté, qu'elle n'aura pas grand honneur de l'avoir surmonté?

Hé Dieu ! suis-je si tendre

Que je n'y puis durer (au ht) ?

Il faut dire : puisse. On dit : « êtes-vous si foible ou si délicat que tous ne puissiez souffrir? » et non : c que vous ne pouvez souffrir. »

x. Dans la copw B de l'Arsenal : « sont ficheotes. »

LES AMOURS D'HIPPOLYTK. 3i3

Que la nuit m'importune et m'est dure et contraire! Moellon *.

SONNET XL Vm.

O vent qui fais mouvoir cette divine plante, Te jouant, amoureux, parmi ses blanches fleuri. Sale. Chacun sait assez que je veux dire.

Champs, prés, bois, vent, canaux, et vous sauvages lieux, Faites- lui voir pour moi l'aigreur de mon martyre. Cela ne veut rien dire.

CHANSON Y

Et clôt, de peur d'être benine,

L'oreille au son de mes douleurs.

Je serais d'avis de bannir ce mot de récriture ; il l'est du langage* — Quel son ont les douleurs ? je ne les ouïs jamais tinter ni carillonner.

Mais je l'adore en me hayant.

Je dirai : haïssant. Outre cela, vous ne savez si c'est lui qui se hait, ou s'il veut dire qu'elle le hait, au lieu qu'il l'adore.

Ainsi qu'au clair d'une chandelle.

Mal, pour la clair té. J'eusse dit : ainsi qu'autour.

Page 1