‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 258 sur 298 · LA MORT DE RODOMONT · texte numérisé non relu

LA MORT DE RODOMONT

Qui ne m'échauffe point d'ardeur accoutumée. J'eusse plutôt dit: qui m'échauffe d'une ardeur non accoutumée ; car il semble qu'il ne soit pas échauffé d'une ardeur si grande que de coutume.

Caron tout étonné le voyant s'effroya, L'enfer trembla de peur, Pluton pâlit de crainte, Et Proserpine aussi de frayeur fut atteinte. Tout étonné j1 ' e ffroy a 9soye sur soye. L'enfer eut peur, Pluton crainte, et Pr#Scrpine frayeur.

Mégère en tressaillit, et ses crins enlacés De serpents furieux se tindrent tous pressés. Mal exprimé.

Tant cette âme enragée , inhumaine et terrible. Chevilles.

FaisoitA tintamarre

Mot de comédie ou satire.

Voyant Charles à table, et Roger plus avant.

Je voudrais qu'il me dit où étoit Roger et comme il étoit avant.

Cest moi 9 dit-il, Roger ; je suis le roi de Sarse. Pourquoi c'est moi?

Et que le ciel vengeur par mes mains le châtie, Ainsi que je ferai promptement devant tous, Si plein de lâcheté f etc.

Foible.

Et de tes trahisons la vengeance prendrai. Nota.

Mais Roger point au vif d'une juste colère, i . Le mot est imprimé ainsi dans l'édition que Malherbe annote.

IMITATIONS DE L'ARIOSTE. 4o5

Crie «près ton harnois, au combat animé. Moellon.

Lors des deux bouts du camp s'avancent de roideur. Ils oublié.

Quand l'émeute des vents, la grêle et la tempête Les étonne et surprend roulants faire leur quête. Superflu et mal.

Comme le flot grondant d'un superbe torrent. Rimé au milieu.

Jusque dans la poignée éclatèrent froissées. Et cettui-ci aussi.

Bien qu'il fût bon et fort, et que la couverture Fut d'un acier luisant, bien trempée et bien dure. Que veut-il dire de la couverture d'un écu? on peut bien hors du combat tenir l'écu couvert de peur de la poussière ; mais au combat cela ne se fait point, et puis la couverture d'acier est chose qui ne peut tomber en l'imagination. — De quoi étoit la doublure, puisque le dessus est d'acier ?

Puis d'extrême fureur viennent se retrouver, Le coutelas au poing

Suspendu.

Ils tournent leurs chevaux ainsi comme ils vouloient. Niaiserie.

Et tâtent les endroits pour se faire dommage. Il falloit dire propres, ou quelque autre chose.

Entamer la salade

La, sa, la»

De la mer courroucée au temps qu'elle s'augmente. Je ne sais si cela se peut dire '.

Son écu qui pendoit par lambeaux détranché. Mal propre1 en ce lieu.

Le jette contre terre et plein de violence, Comme un fort tourbillon, en bruyant il s'avance. // superflu.

Qui foudroie en tombant les trésors d'un bocage. Il foudroie quelque buisson.

i . La copie B de l'Arsenal porte ici de plu» ce vers de Properce (livre III , élégie v, Ters 37) :

Quodque suos fines altum non exeai mquor. Dans Properce le vers commence par eurve. a. Dans la copie B: « mal à propos. »

4o6 COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

Roger tout étourdi.

Tou, té, tou.

Mais en continuant trop furieux et prompt, Son épée à la fin jusqu'aux gardes se rompt. Comme s'il falloit frapper doucement de peur de rompre son épée.

Que ce chétif m'échappe et demeure assure'. Superflu.

Ce disant il s'approche

Langage de Palais.

Et ne se connoit point privé de sentiment.

// ne se connoit point privé de sentiment. Il veut dire qu'il est telle* ment privé de sentiment qu'il ne se connoit point , et cependant il le dit d'une façon qu'il semble dire qu'il ne connoit pas qu'il soit privé de sentiment.

Tant il est offusqué de cet étourdiment. Mal; il faut dire et ourdis sèment; étourdiment est adverbe.

Mais ainsi comme on dit que le libyque Antée Sentoit en combattant sa puissance augmentée Lorsqu'il touchoit la terre : et tel qu'il se levoit, Roger hàtif se lève, etc.

Mauvaise reddition de similitude.

Et Roger plus adestre,

gifc La bride du cheval prend en la main senestre, etc.

^^ Il n'y avoit pas grande adresse.

Et ne lui donne point un seul moment de terme. Superflu.

Le payen s'en étonne et ne sait où tourner. Tou, tou,

Et lui saisit le bras,

Le démenant si fort qu'il le fait choir à bas.

Le démenant: qu'est-ce qu'il démena? fut-ce le bras ou l'homme? Si le bras, comme le fit-il choir en lui démenant le bras ? Si l'homme, sjsjmme le fit-il choir d'une main ? car il lui en falloit une à lui tenir le bras qu'il avoit saisi ?

Roger toujours le suit ne cessant de trancher, Et à coups de taillant l'engarde d'approcher.

Voilà qui est étrange : Roger suit Rodomont, et garde que Rodomont n'approche de lui.

Et le fier Rodomont, qui tout partout distille. Tout partout distille est superflu. S'il entend de sueur, il le devoitdire.

Tellement qu'à la fin après mainte secousse,

Maint tour et maint retour, Roger si fort le pouste. Rodomont s'affaiblit tellement qu'à la fin Roger le pouste si fort qu'il le fait choir : voilà un excellent tellement.

Roger si fort le pousse ,

Mettant le pied devant, qu'il le fait trébucher. Ils se tenoient embrassés, et par conséquent il ne pou voit pas mettre le pied devant lui, mais derrière, pour le faire tomber à la renverse.

Puis qu'avec un grand bruit ils retombent en terre. Tombent et non retombent.

Lui fait crier le ventre

Mal.

Que tout à l'impourvue une ruine survient. Ruine est de trois syllabes.

Le payen est ainsi, qui ne peut respirer, Ni des poumons pressés son haleine tirer. Qu'est-ce que respirer ; sinon tirer son haleine ?

Roger lui tient vainqueur le poignard à la face. Vainqueur est là hors d'oeuvre.

Et d'une mort prochaîne en parlant le menace, S'il ne se vouloit rendre afin de se sauver. « Il le menace en parlant que s'il ne se veut rendre, etc. : s voilà pas qui est triomphant, etc.? Puis à quel propos : afin de se sauver?

Qui voudroit, s'il pou voit, la fortune combattre. Il n'est pas question de combattre la fortune; il a affaire à Roger.

Roger voyant r erreur ou il peut encourir. Foible, et langage de prose.

S'il tarde plus longtemps de le faire mourir. Nota.

Le cerveau tombe à bas

Ba9 ba.

Tout ravi de liesse, il le baise, il l'embrasse, Et d'un pleur agréable, il lui baigne la face. Superflu.

Marphise en fait autant, Sobrin, Renaud, Roland. Vers rimé au milieu.

Rassérène sa face et rallume ses yeux . Je ne trouve pas que rallume soit ici à propos.

Le peuple en ce pendant

Je dirai plutôt cependant que en ee pendant.

L'un admire f étonné, son visage effroyable....

Vautre admire, effroyé, la grandeur de son corps. Il n'y a pas d'apparence , après avoir dit : fun admire étonné, de répéter : Poutre admire effroyé.

De Paris la peuplée....

On dit : Paris est fort peuplé, et non peuplée.

Conduisant les esprits que la Parque meurtrière

A dépouille des corps

Dis : dépouillés.

L'enfer de ses hauts cris est tout retentissant, Et se débat si fort que la barque froissée Laisse au milieu de l'eau sa charge renversée.

c L'enfer retentit et se débat si fort que la barque se renverse dans l'eau. » Je ne sais pas comme il l'entend; mais comme il le dit, il ne te peut entendre , sinon que l'enfer étoit dans la barque, et qu'en se débattant il la fit renverser.

Les Mânes font un bruit, et Caron par ses cris, etc. Quel bruit? Cela est foible.

Ne sait qu'il doive faire afin de résister. Cette phrase est latine ; il faut dire, pour parler françois : ne sait ce qu'il doit faire. On ne dit point : je ne sais que je fasse, ni : je ne sais que je doive faire; mais \je ne sais que je ferai, et : je ne sais ce que je dois faire»

O malheureuses âmes,

Qui brAlez dans la glace et gelez dans les flammes, Vous qui ne sentez point en ces lieux malheureux De tourment si cruel que le mal amoureux. Mal imaginé.

Résistez par pitié contre cil qui pourchasse. Hors d'usage.

Opposez votre force à la sienne cruelle. Vent.

Par le fleuve Stjrx

De Styx.

Je jure et vous promets de si bien m 'employer. H devoit dire .je vous promets et vous jure, et ne faut point ici alléguer Corepov 7ip6xepov ' , car c'est une sottise et non pas une figure.

On ne voit rien qu'éclairs sifflants en tournoyant. Qui a jamais vu tournoyer un éclair?

Flèches pendentes,

flammes ardentes.

Pendantes, — Ardantes.

i. Voyez plus haut, p. 3g6 et note x .

L'ombre de Rodomont de son corps séparée. A quel propos cette séparation, après avoir parlé si souvent de lui comme d'un esprit, et avoir dit que le corps étoit demeuré en pâture aux corbeaux, et que l'âme étoit descendue aux enfers? Cette impertinence est claire comme le jour.

S' elle trouvent la mort comme elle a bien envie. Si elle. — Il de voit dire : comme elle en a bien envie.

Elle la contraindroit de lui rendre sa vie. La.

Chacun fuit au-devant. .........

Je ne dirai pas : on fuit au-devant, mais : on fuit devant lui.

S'étoient au fond oVAverne honteusement cachées. Honte et honteux s'aspirent.

Et de fureuT atteint,

Maudissant sa fortune, il sanglote et se plaint. Mauvaise contenance à Pluton : il est en fureur et sanglote.

Et si ri avez pitié

Vous.

Prenez au moins pitié de tos cruels tourments. Il eût mieux dit : ajrez-la pour le moins.

Du gel, du feu, du fer

Mauvais mot.

Et sera le premier auprès de ma personne, Comme tenant de lui mon sceptre et ma couronne. Il sera le premier, etc., comme tenant de lui. Il n'y a que les ignorants qui puissent ne connoitre cette faute. Il devoit dire : je le ferai le premier et comme tenant , etc.

Chacun à qui mie tue mieux veut montrer son courage. Cette construction est fausse, et au mieux aller * est suspecte de l'être.

Cesse, dit-il, Pluton, de te mettre en souci. Je ne dirais pas : se mettre en souci, mais : se mettre en peine.

J'ai rendu par mon bras l'Espagne surmontée. Rendu surmontée n'est pas bien recevable.

J'ai fait trembler de peur la France épouvantée, c Faire trembler de peur un homme épouvanté, » n'est pas grande louange.

Fuyant les voluptés et la molle richesse. Cheville. Il devoit rimer mollesse et lui donner quelque épithète.

1. Malherbe avait d'abord écrit : « au pis aller; » pais il a substitué mieux k pis. La copie B a substitué moins k mieux; la copie A a omis cette fin.

4io COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

Uatilladant de travers

Ce mol ne me plaît point.

Échauffé d*un beau sang et d'un cœur si bouillant. H devoit dire : d'un si beau sang, puisqu'il dit : <Tun cœur si bouillant; et puis, huit lignes auparavant , il vient de dire : cœur bouillant*

D'une lance dorée inutile à la guerre.

La, la.

Lui fit perdre la selle étendu contre terre. Cette construction est latine.

Et encore il se vante, et pour mieux s'avancer Il menace les cieux et nous veut devancer.

Vois ce langage : Et encore il se vantey et pour mieux s'avancer II menace les cieux; et puis je ne sais pas quel moyen ce peut être de s'avancer que de menacer les cieux. Aussi peu sais-je ce qu'il veut dire : pour mieux s'avancer il nous veut devancer»

Immortelle et durable

A quel propos durable après immortelle?

J'ai eu plus de soldats à mon commandement. Nota.

J'ai fait planer les monts, j'ai tari les rivières. Il faut dire aplanir, et non planer. Planer est autre chose ; il se dit des oiseaux qui volent sans branler les ailes.

Plu ton, tu le sais bien, la mémoire est récente Combien par ma valeur d'esprits ont fait descente, etc. Nota.

. On connoitra comment

J'ai plus accru ton règne en deux jours seulement Qu'eux en toute leur vie, et que ma dextre armée A peuplé de sujets ta grand'salle enfumée. Après avoir dit qu'il a accru son règne en deux jours plus que les autres en toute leur vie, il dit qu'il a rempli une salle. Je veux qu'on l'imagine tant grande que l'on voudra, un roi qui aura rempli une salle de vaincus n'aura pas fait grand miracle, et encore moins de sujets.

L'âme du roi d'Arger, qui toujours cependant

Etoit dessus le pont hardiment attendant. Je ne sais où il a pris ce pont. S'il y avoit un pont, à quel propos se fachoit Rodomont que Charon ne l'étoit venu prendre ? Il a dit que d'impatience il se jeta dans l'eau pour passer; à cette heure, il le met sur un pont. S'il y a un pont, il ne faut point de Charon ni de nacelle. Voilà un pont bâti le plus promptement qui fut jamais ! Je voudrais qu'un aussi habile homme en eût entrepris un du quai des Célestins à celui de la Tournelle.

Or* qu'en êtes privés d'un courage invaincu

Faites encore mieux

Ce dun courage invaincu est si mal placé qu'on ne tait on il se rapporte, si c'est à privés on à faites.

Quand le preux Mandricard , qui de gloire est éprit. Épris de gloire ne me plaît pas ; oui bien : épris de désir de gloire.

S'écrie : O roi des morts, laisse-moi l'entreprise

De punir ce vanteur

Mais devant, s'il te plaît, apaise un peu l'ardeur De la rage d'amour qui me tient tout en flamme, etc. Cette imagination est ridicule et ridiculement traitée.

Tous ces autres tourments punisseurs des méfaits , Les cris y l'horreur, l'effroi, les serpents contre faits f La faim du Phrygien, le travail des Bel ides.... Ne me blessent point tant que l'amoureuse rage, Qui d'ongles et de dents cruellement m'outrage. Les cris ne sont pas tourments. — Pourquoi contrefaits ? s'ils sont peints, ils ne sauraient faire mal. Et puis quand il dit : la faim du Phrygien ne me blesse point tant que r amour qui m'outrage, qui est-ce qui ne riroit d'ouïr : te mal de mon voisin ne me fait pas tant de mal que le mient ou : la goutte de mon voisin ne me fait pas tant de mal que ma pierre ?

Le fouet ensanglanté des fières Euménides. Note.

Faisant voler au vent mille étendards divers. A quel propos divers P

Je pourrai mieux après te sortir de danger. Nota.

Et si ses poignants traits acérés de rigueur. Drôlerie.

Je n'ai pu malheureux trouver un seul remède Qui m'en puisse exempter

Suspendu.

Plus je vois ce tyran contre moi s'élevant. Qui a ou! parler qu'un tyran s'élève contre ses sujets? Les sujets se peuvent élever contre un tyran; mais non econtra.

Et va lâchant du cœur des soupirs enflammés, Dont maints tas de cyprès soudain sont allumés. Hyperbole lourde.

L'ombre de Rodomont sur le pont se promaine (sic). Promène et non promeine (sic).

Après que le payen eut longtemps tournoyé. Tourné,

4ia COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

Il l'élancé en bruyant comme un trait de tempête

Droit contre Mandricard

Suspendu.

Rodomont l'aperçoit, qui tout soudainement S'approche, et se courbant le saisit hardiment.

Foible.

Que les plus redoutés de la région noire

Osent lui faire tête

Suspendu.

D commence à frapper

Pour renTerser le pont, et garder d'échapper

Ceux qui voudront fuir

Suspendu. — Il veut rompre le pout pour empêcher de fuir ceux qui le voudront faire. Ils venoient à lui; s'il rompoit le pont, c'étoit pour les empêcher d'approcher. Si rien fut jamais ridicule , c'est cette Descente {aux enfers).

....Tenoit la vue en bas, toute rouge et souillée

De honte et de dépit

Suspendu.

Un gros nœud de serpents enflammés par devant. Drôlerie.

Qui jetoient par les yeux et par la bouche ouverte. Si cet ouverte eût pu demeurer au logis, il y eût aussi bien été qu'ici.

Lui qui les recueillit d'une allégresse prompte Les jette à Rodomont, pensant venger sa honte. On ne sait à qui se rapporte sa honte, de Rodomont, ou Mandricard. 11 devoit dire : pensant venger sa honte, les jette à Rodomont.

Et commence à nager pour gagner le rivage, Brûlant au fond de l'eau de fureur et de rage. Comme nageoit-il et étoit au foud de l'eau?

L'étreint étroitement et le rend tout froissé, Lui fait tirer la langue

Rendre un homme tout froissé, perquam regulam?—Je ne puis corn-

r;odre comme ces esprits sont froissés, ni comme on leur fait tirer langue.

Et du mal qui raffolle

Les amoureux jaloux

Simple pour composé ', mal.

De ces fous abusés, éperdus, insensés.

Rimé au milieu.

Vers le fleuve d'oubli tout noir et tout troublé. Tou, trou, cacophonie.

x. Il faut uns doute lire : composé pour simple (raffolle, pour a (Toile).

IMITATIONS DE L'ARIOSTE. 4i3

Se remet au chemin dont il étoit Tenu.

vient f etc.

Court après les corbeaux qui prenoient leur pâture

Des restes du cadavre

Cadavre ne vaut du tout rien.

COMPLAINTE DE BRAD AMANT (ail XXXIIe chant de PArioStè).

Celle dont l'œil divin de mon âme est vainqueur, Reconnoit les mortels si peu pour son mérite , Qu'il ne faut moins qu un Dieu pour vaincre un si beau coeur. Mal exprimé.

Encor si quelque Dieu, point d'amour et de gloire, A si digne combat basardoit son pouvoir. Mauvais.

Je suis aussi certain qu'elle auroit la victoire, Connue je suis douteux qu'il la pût émouvoir. Bourre.

Du seul titre de serf ne me daigne honorer. Il y a bien de la discrétion à user de ce mot de serf. C'est bien dit: je suis serf de mes passions; mais je ne dirois pas volontiers : je suis serf de Madame; ni Madame me méprise , elle ne me veut pas appeler son serf

J'accuse mon désir ; mais de meilleure sorte En me plaignant de moi je me dois accuser. Mal, pour plus justement.

Et fais voir que l'amour m'a mal récompensé. Mour, ma, ma.

IMITATION DE l'aRIOSTE AU XXXIIIe CHANT.

Sous quel astre, 6 mes yeux! le ciel vous fit-il être? C'est mal parlé : le ciel m'a fait être sous un mauvais astre. D faut dire naître; c'est le point de la naissance qui s'observe pour la considération de nos fortunes.

Que clos d'un doux sommeil vous voyez tout mon bien, Et qu'ouverts, mon plaisir s'évanouisse en rien. Fausse construction, et puis s* évanouir en rien n'est guère bon.

Si du faux nait ma paix, si le vrai me fait guerre, Et si jamais au vrai je naipu m*éjouir9 etc.

Superflu*.

x Tant que serai sur terre.

Je oublié. [Copie B de V Arsenal.)

ANGELIQUE. CONTINUATION DU SUJET DE l'aBIOSTE.

Je chante une beauté des beautés la première, Le paradis des yeux, et la vive lumière. Foible.

Qui comme un clair soleil ici-bas s'épandoit,

Du temps que Charlemagne aux François commandoit.

Qu'est-ce à dire : Je chante une beauté qui fut le paradis des yeux et la vive lumière qui luisoit du règne de Charlemagne?

Celle qui recelait des attraits pour surprendre Les braves, etc.

Il dit trop peu a.

Race des dieux de France*, l'honneur de l'univers, Mon prince, mon seigneur, le support de mes vers, Laissez un peu la charge où votre esprit s'applique, Pour ouïr les regrets de la belle Angélique. Proposition étrange et de laquelle il ne dit pas un mot. Si rien fut jamais sans jugement, c'est ceci.

Médor qui tenoit seul sa pensée asservie. Sigmatismus*.

(Amour) Lui tira droit au cœur une flèche divine. Mauvais épithète.

Lui fit aimer Médor, un jeune homme inconnu, Un mignon qui fut seul pour amant retenu. Beau trait : elle aima un jeune homme, qui fut seul retenu pour amant.

Recueillant la moisson par tant d'autres semée. Je ne sais si c'est bien dit : une moisson semée; pour moi, je ne le dirois pas.

Trop rare et digne prix de ce nouvel amant, Qui des travaux d* autrui reçut le payement. Cheville.

O paladin Roland, 6 roi de Circassie, O valeureux Renaud, que vous sert, je vous prie, De vous être aux hasards si librement trouvés? Nota.

Et d'avoir tant de fois les dangers éprouvés. Nota.

x. Dans la copie A : c il dit trop, s — La copie B a de plus cette remarque:

Ni de tant de combats qu'ils avoicnt eus pour elle. J'aimerais mieux dire : combats qu'ils avaient faits , et non pas eus»

a. Des Portes s'adresse à Henri III, alors dnc d'Anjou. 3. Trop grande abondance d'/.

IMITATIONS DE L'ARIOSTE. 4i5

Rendants en mille endroits Totre vertu notoire. Mot qui sort d'usage.

Puisqu'un beau Ganymède en rapporte la gloire. Cet épithète, encore qu'il soit dit par mépris, n'est pas bien là.

Une toison subtile au menton lui naissoit» Qui comme un blond duvet mollement paroissoit, Prime, douce, et frissée» et nouvellement creuë (sic). Comme petits floccons de soye bien menue. Crue. «— Son poil est une toison qui lui sort comme un duvet, prime

et douce comme floccons de soie : les comparaisons l'une sur 1 autre

ne valent rien.

De coral fut sa bouche, et son œil grossissant

Tressailloit de clairté

Qu'est-ce à dire : Vœil lui tressaut de clair lé ?

Bref, il semble à le voir d'un pré bien é maillé. c Un homme ressemble à un pré : » cette comparaison est extravagante.

Amour n'est point si beau, Angélique n'eût sceu Se garder d'enflammer aux rais d'un si beau feu.

Feu et sceu : mauvaise rime d'une voyelle sur une diphthongue; car on dit feu par diphthongue, et on dit scu par une voyelle simple. — Se garder a enflammer; on ne dit pas :/ enflamme, mais : je m'enflamme, car enflamme est actif; il devoit donc dire : se garde de s'enflammer, et cela est sans réplique a.

Ou soit quand il descend de ses chevaux lassés. Un homme descend de son cheval, et non de ses chevaux. U pou voit dire : c Ou qu'il donne repos à ses chevaux lassés, i ou quelque chose de semblable.

Ores dans son giron Angélique est couchée , Ores dedans sa main tient la tète penchée. Quest, cou, — Elle oublié.

Et se mire en ses yeux et or' en se haussant. En se haussant est une cheville. Puisqu'elle avoit la tète dans sa main, il falloit qu'ils fussent assis ou couchés. Quelle posture eût-ce

I. La copie B contient de plus cette remarque : « On ne dit pas : j'enflamme aux rais d'un si beau feu, mais '.je m * enflamme , car de dire qu'il * »e rapporte à enflammer ; il n'y a point d'apparence, car il est à garder comme k en- Jlammer**. »

* Qu'il, c'est-à-dire le pronom réfléchi se, qui est en tète du vert.

'* Il faut sans doute lire : « car il est nécessaire à garder, comme à enflammer, » on quelque chose de semblable. Le copiste a laisse du blanc entre e»f et à.

été que Médor eût été debout et qu'Angélique eût eu la tète dans ta main1?

Or il advînt un jour qu'Angélique eut envie, etc. Avoir envie de s*en retourner en son pays pour y faire couronner ton amant, n'est pas un accident, ni une aventure, mais un dessein, ou autre telle chose.

Tandis la Renommée, hâtive messagère.

Faute en la césure, car hâtive s'aspire, et par conséquent est tenu comme consonnante.

Si jamais amoureux ont été travaillés.

Tété tra. — c On a vu des amants travaillés, s

L'œil jamais ne leur sèche, et de propos cuisants Blasphèment la fortune et les astres nuisants. Cuisants est trop foible en ce lieu; nuisants avec astres est ridicule.

L'égara dans un pré tout fleuri de verdure. Fleuri de verdure ne me plaît pas.

Là fut-il assailli

Il a dit : là fut-il, pour éviter la rudesse de là il fut; mais fut- il n'est pas bien en ce lieu-là.

Ses cris furent de rage et de fureur guidés. Guidés de fureur et de rage , mal ; il devoit dire : transportés, ou quelque autre mot de même signification .

Et de ses tristes yeux la source étant tarie. Tant ta ri.

Pieds nuds, estomach nudt ignorant qu'il étoit. Il faut dire nu; et disant nu, il y a de la cacophonie, sinon que vous prononciez en gascon nut ignorant, comme quand ils disent : mettre pié ta terre.

Il se plaignit pourtant, mais ce fut tellement, Qu'on n'apercevoit point son ennui véhément.... Soupirant sans mouvoir, comme tout éperdu, Et parlant dans le cœur sans qu'il fût entendu, c 11 soupiroit comme tout éperdu, et cependant on ne s'apercevoit

point de son ennui. • Il devoit décrire ici une longue passion, et

il décrit un mouvement d'une minute d'heure.

Pour suivre un étranger inconnu par le monde.

Par le monde est en un lieu où vous ne savez s'il veut dire inconnu par le monde ou suivre par le monde.

Il juge, etc.

Et ne sauroit souffrir que personne la loue ;

I. On lit de plus ici dans la copie B ces mots, qui dans l'original ont été biffés par Malherbe : « Mais je crois que dans sa main veut dure la main d'elle. *

Mais en Rappelant sot U nomme malheureux, etc. // superflu.

L'an , le mois et le jour qu'il devint amoureux. En devint.

Chétif qui meurt d'amour et qui n'est point aimé!

Toutefois il le pense

Pour bien, faire, il falloit dire : toutefois il le pense être.

Un bois que la nature avoit fait pour complaire. Complaire est une action qui ne convient qu'aux personnes; il devoit user de plaire.

D'arbrisseaux et de fleurs ombragée à l'entour. Ombragée de fleurs, mal; car quel ombrage peuvent faire des fleurs?

Que l'herbe y soit fleurie,

Le feuillage agréable, et le vent adouci.

Mal.

Si ne dois-tu pourtant y demeurer ainsi. Cheville, chevillissime.

Pleure et plaint de pitié ta prochaine aventure. Quel langage est-ce : je plains de pitié son aventure? C'est bien la

Sitié qui nous fait plaindre, mais cette excuse ne sert de rien. On ne it point : je plains de pitié ce pauvre homme , ni : je plains de pitié votre malheur.

L'Archer malicieux

L'a privé de l'ouïe aussi bien que des yeux. J'eusse dit : de rouie aussi bien que de la vue.

Mais comme il est ainsi songeant et ravassant, De Cun de ses pensers un autre renaissant. Survient un messager, etc.

Cette ligne est sans construction. Au lieu de renaissant, il falloit un verbe actif.

Las ! on ne peut fuir ce qui doit advenir. Rime à demi-vers.

Une que le ciel même admire, honore et prise. Cheville.

Et dont l'œil gracieux,

Recèle tous les traits qui surmontent les Dieux,

C'est elle qui m'envoie en divers lieux étranges. Divers étranges est étrange.

Et pour faire savoir qu'un Cupidon nouveau, etc. Cun y eu.

Malherbe, iv 27

Un petit dieu d'amour tout céleste et tout beau* 11 devoit dire le plus après le moins.

Mai* voyez, ce dit-il, ton portrait figuré. Ce figuré est une cheville excellente.

Ainsi, dit le courrier, dépliant de la main Un parchemin couvert, etc.

Superflu.

L'esprit tout étonné.

Tau , té9 ton.

Son coeur enflé de rage au dedans se mutine. Superflu.

Sa joue est toute teinte en mortelle couleur. Tau, te, te in , t'en.

Son âme est languissante en extrême douleur , D'amertume et de fiel sa bouche est toute pleine, Et tombe dessus l'herbe , ayant perdu l'haleine. Quelle marque d'un homme touché d'extrême douleur, d'avoir

la bouche pleine d'amertume ! et puis, à qui se rapporte tombe? car le

dernier nominatif le plus proche, c'est la bouche?

Qui a tu quelquefois un qui n'y pense pas Par un prompt accident conduit près du trépas, Qui perd les mouvements, la parole et l'ouïe Et ne montre d'une heure aucun signe de vie. 11 eût mieux dit perdre, etc., et ne montrer, etc.

Lors il ouvre la bonde à ses larmes brûlantes, Il fait de ses deux yeux deux rivières coulantes. Tout cela est mal.

De grands flots de soupirs coup sur coup vont sortant. Va sortant, mal, pour sort.

Tient l'œil fiché dessus, qui coule sans repos. Il le vient de dire.

Et demeure longtemps sans dire un seul propos; Mais voyant le courrier, il lâche â se contraindre, Et retient au dedans l'ennui qui le fait plaindre. Il n'avoit que faire de dire : mais voyant le courrier; car il semble qu'il commence seulement alors à l'apercevoir, ce qui est ridicule. — Je n'entends point comme il se plaint et retient son ennui au dedans ; d'ailleurs, puisqu'il a dit qu'il demeure longtemps sans dire un seul propos , pourquoi dit-il : Mais voyant le courrier, il tâcha a se contraindre ? car mais implique contrariété, et il n'y en a point.

En mille lieux divers

Mille lieux divers : comme seroit-ce en mille mêmes lieux ?

Le mit tant comme il peut de l'œil et de l'oreille. Qu'il peut étoit meilleur.

Ainsi comme un vieux chêne

Ainsi que est mieux dit; ou bien il devoit dire simplement : comme.

Sur l'herbe où sans parler demeure longuement. //.

M'abreuver de son sang, me nourrir de sa chair. Paître; car il faut ici représenter une action d'un moment , et non une longue ; car manger le cœur à un homme quand on l'a tué, ce n'est pas s'en nourrir.

Mais quoi? Le ciel crnel contre moi l'a forcée, Et lui a fait choisir ce nouvel amoureux.

Il se faisoit/à tard

Déjà.

Mais en se retirant peu à peu s'ahaissoit.

L'amant de plus en plus ses sanglots renouvelle , Il fait sortir du chef une source éternelle.

Mal, très- mal. Éternelle n'est pas propre en une chose d'une heure ou demi-heure.

Oyez à cette fois ce qui doit m'advenir. Il lui dit oyez y et puis ne dit rien.

Car je yeux en peu d'heure

Voir la fin de ma vie et du mal que \' endure. Rime de Chartres.

Comme un fier ennemi, sois au moins assouvi. Rime au milieu du vers.

Ce dit, en se levant de fureur transporté, Se saisit du poignard qu'il portoit au côté. Latin. — lise saisit.

Au creux de l'estomac jusqu'aux gardes le plante. Il faut dire : se le plante, car il n'a pas dit son estomac, mais de F estomac, sans dire de qui.

Le messager y court , qui voit comme il sanglote, Qu'il a les yeux mourants, et que son âme flotte Sur une mer de sang qui ne veut s'étancher ; Alors en haletant tâche à le dessécher. A quel propos haletant ici ? — // tâche . — Mais que veut-il dire? t un homme s'est donné un coup de poignard ; il en arrive un autre, qui tâche à le dessécher; s et encore pis : c une mer de sang qui ne veut

4ao# COMMENTAIRE SUR DES PORTES.

a'étancher, et alors il tâche à le dessécher; » et puis, qu'est-ce que •desséclter un homme?

Et Toulaot achever, un sanglot il tira.

Par quoi le messager qui seot son âme atteinte , Ne voulant demeurer toute la nuit en crainte. De quoi atteinte?

Auprès de ce corps mort en pleurant le laissa. Peu vraisemblable.

Son cœur est tout serré d'un fait si pitoyable. Son cœur est serré d'un fait: qu'est-ce qu'il veut dire? On dit : serré de douleur, de pitié, etc.

Pour , faisant ce récit , son esprit alléger. Transposition dure.

Pleurèrent Sacripant, et firent deuil sur lui. Honorants à l'envi son obsèque dernière. Obsèque est même chose que funérailles , et pour ce il est mal en oe lieu, car qui faisoit les funérailles de Sacripant?

L'une arrosoit sa plaie avec eau de rivière. A quel propos arroser la plaie d'un mort? le laver et ressuyer, bon. Et puis pourquoi de rivière, là où il y avoit tant de fontaines, et même n'ayant fait mention d'aucune rivière ?

L'autre en plaignant sa mort la rigueur maudissoit.

Et de qui la rigueur?

Père de toutes choses ,

Qui as fait, qui maintiens , qui conduis, qui disposes, Qui juges droitement

Qui as fait , qu'a-t-il fait? qu'est-ce qu'il maintient? qu'est-ce qu'il conduit ? etc.

Regardes les ingrats d'un œil tout dépité. Cheville.

Que tu n'as point de soin de ce monde où nous sommes. Cheville.

DIVERSES AMOURS, ETC. 4»i

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