‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 26 sur 298 · A MONSIEUR DE RACAN · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE RACAN

Monsieur ,

Vous êtes honnête homme de ne me demander qu'une lettre en quinze jours. Vous mesurez ma paresse à la vôtre, et faites bien. Elles sont toutes deux si excellentes, que s'il en falloit faire jugement je serois bien empêché à qui donner la pomme. Je ne vous remercie point de vos nouvelles. La quantité en est petite, et la qualité chétive. Si vous ne me voulez écrire rien de meilleur, ne m'écrivez point: je veux dire de nouvelles; car je serai toujours bien aise d'avoir de vos lettres. Mais je ne veux pas que vous y mettiez autre prix que celui de vous souvenir de moi. C'est assez pour me les faire recevoir, non pas d'aussi bon cœur que vous recevez celles d'Artenice (car cela n'étant pas possible, il n'est pas aussi à désirer), mais avec un contentement à qui nul autre que cettui-là ne peut faire comparaison. Je ne sais si vous lirez bien ma lettre; mais outre ma nonchalance ordinaire, j'y ajoute encore quelque chose d'extraordinaire, pour ne vous donner pas moins de peine à lire mes lettres que

Ltrrim 9. — 1. Cette lettre a paru pour la première fois dans l'édition de i63o, lrrre II, lettre i5, p. 595.

j'en ai à lire les vôtres1. Pour les ducs et pairs, j'humilie ma vanité , pour les autres, je demeure aussi grave qu'un Espagnol. Si nous continuons, vous et moi, je vois bien que nous arriverons à un point que vous ne pourrez non plus lire les miennes que moi les vôtres. Au demeurant, si je n'eusse connu votre écriture, je vous déclare que jamais je n'eusse cru, à voir votre lettre si bien formée, qu'elle fût venue de vous. Vous m'obligez de me désirer chez vous, et je vous jure que je m'y désire aus9Î. Mais ce n'est point pour vos pois ni pour vos fèves, c'est pour être avec vous. Je ne vous en mentirai point : je vous irois voir de bon cœur, mais je ne serois pas sitôt chez vous qu'il m'en faudroit revenir, et vous savez que je suis en un âge qui n'aime pas le travail s , ou plutôt qui n'en a pas besoin. M. Royer est en un lieu où il fera vos affaires. Dieu veuille que M. Bardin se trouve aussi disposé à faire les miennes ! Je me réjouis furieusement d'avoir affaire à M. de Fiat4. Sous sa protection en second lieu (car pour le premier je le donne à Monseigneur le Cardinal), j'espère que si je n'ai tout ce que je désire, j'aurai tout ce que j'espère. Adieu, Monsieur. Je vous écris à bâtons rompus; lisez-le de même. Je ne m'en soucie pas, pourvu que vous m'aimiez, et me teniez toujours pour votre très-humble serviteur.

A Paris, ce iia de juillet 1626.

a. Voyez la lettre 4, p. 8.

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