FOUR LE PREMIER JOUR DE L'AN
Car tout ce que l'amour peut allumer de flamme.... Tout autant j'en recèle et conserve en mon âme. Cette phrase ne me plaît pas : tout ce que r amour a de flamme, tout autant f en ai dans rame. Il devoit dire simplement '.je Cai dans Came.
J'ai fait mille desseins de plus ne vous aimer. De ne vous plus aimer étoit plus doux.
Être sage en aimant , Dieu ne le sauroit faire» Je doute si ce faire est bien , car il a dit être. S'il avoit usé d'un rerbe actif, il n'y auroit point de doute, comme : Aimer sans être aimé, Dieu ne le sauroit faire.
Rendons-la si parfaite, et si claire, et si belle. Ridicule de dire : rendons-la belle, après avoir dit : rendons-la par faite.
STANCB I.
C'est d'avoir quelque pomme et sa soif étancher. H devoit dire : ou quelque goutte d'eau.
Je n'ai sang ni poumon qui n'en soit consommé. Consumé. — Ce n'est pas bien dit : je n'ai poumon ; car on n'a pas deux poumons, encore qu'il y ait plusieurs lobes au poumon f . Aussi est-ce mal dit : je n'ai sang, car on n'a pas plusieurs sangs. On dit : je n'ai nerf, je n'ai peine, je n'ai désir, pensée, etc.
Non, jfti'aurai jamais en vos yeux de fiance. Fuis l'équivoque de fiance en deux mots, et défiance en un. Je sais bien qu'on dit : avoir fiance en quelqu'un, et : défiance de quelqu'un; mais n'importe.
Il faut faire autrement, puisque rien je n'avance. Transposition mauvaise.
Un chaos amoureux dans mon âme s'assemble : Joie et deuil, mal et bien ; j'ose et brûlant je tremble. A quel propos brûlant, puisque tremble est opposé à j'ose ? Ou bien disons que pose est une cheville.
Que dira-t-on de moi si l'on sait ma simplesse ?
Nota*4t'*t
Quand du doux fruit d'amour je me rends poursuivant, Le seul digne loyer, etc.
Mal, pour je poursuis. — Construisez : Quand je me rends poursuivant du doux fruit d'amour, le seul digne loyer, etc. Que veut-il dire?
i. Voyez ci-deuiis, p. 359.
Sente*-vous de l'honneur quelque perfection Qui pUise au goût, au cœur, à T esprit ou à Càmc.' Mal. — Chevilles.
Cest une vieille erreur qui aux femmes se treuve ; Car tout ce bel honneur gît en l'opinion. Nota, nota.
O soupirs bien-aimés
Dites-moi , s'il vous plaît, nouvelles de mon cœur.... Est-il vrai, cher» soupirs? — Rien n'est plus asseuré. — Mais sera-t-il longtemps en ce lieu bien-heure? Cependant que je parle, etc.
Pourquoi ne fait-il répondre ses soupirs sur cette question comme sur les autres ?
Il le faut dire, amour, tu n'es rien que misère, Travail^ perte de temps, fureur , trouble et souci.
Chevilles.
D'une dame cruelle, esclave et tributaire. Autre cheville.
Les grâces que tu fais
C'est sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume.
Nota.
Ah ! maudit soit le jour qui premier me vit naître Sous un si noir destin, qu'hélas! il me faut être D'un enfant sans pitié le triste ébattement 1 Frigidius glacie '.
Ils ont en mime temps même contentement. Moellon.
Même ennui d'un seul coup leurs poitrines entame. Quel langage : C ennui entame leurs poitrines l
Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement. Ce simple n'exprime pas ce qu'il veut dire ; et puis les simples corps n'ont-ils qu'un mouvement?
Quel cœur aux traits d* amour ne se lairroit ouvert ? A quel propos?
I. « Plus froid que glace. » — Au lieu de frigidius glacis, la copie B porte : « La glace n'est pas plus glace que cette conclusion. »
Quel Dieu du plus haut ciel sur moi n'auroit envie? Mais, ah! c'est trop, mon cœur, tu seras découvert. Cette conclusion est excellente à mon gré.
Cétoit un jour d'été
Quand le ciel nous lia
Cétoit un jour d'été quand le ciel nous Ha : cette façon de parler ne vaut rien. On dit : ce fut le jour de saint Jean que le Roi arriva, ce fut le lundi qu'il partit, etc.; et non : te fut le jour de saint Jean quand le Roi arrivai ou hien : il étoit lundi quand le Roi arriva.
Que la mort ne sauroit nous séparer d'ainsi. Bas.
Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte. J'aimerais mieux le simple que le composé , plainte que complainte.
Qu'Amour de la main droite y sut si bien planter. Je sais bien qu'il cherche de la finesse à dire : de sa main droite ; mais il y eût bien eu plus de grâce à dire : de sa main propre; et d'ailleurs il eût mieux dit voulut que sut.
Et que les Florentins cesseront de vanter La dédaigneuse nymphe en laurier transformée. U veut dire Laure, maiê'je n'ai point lu cette métamorphose. Il n'y
a point de doute que quand on parle de la nymphe transformée en
laurier, c'est de Daphné que l'on parle.
Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelacer, Et sur l'arbre étendu mon travail délasser! Il fait ici un souhait qu'il n'ose exprimer ; mais mal à propos ; car qui jamais a vu s'étendre sur un arbre pour se délasser?
Je ne veux plus penser que la fureur de Mars.... Ait pouvoir désormais de me faire nuisance. Ce plus précédent rend ce désormais inutile. — La fureur de Mars ne me sauroit faire nuisance : jolie conception.
Les balles que vos yeux ont tiré dans mon âme. Tirées.
Non, non, n'estimez point , pour m'étre ainsi rebelle. D'ébranler par ces flots le rocher de ma foi. Je serois bien d'avis d'user de ce mot de rebelle plus religieusement. Une personne est rebelle à une autre, quand elle oublie ce u'elle lui doit; mais quand elle ne lui doit rien, de quelle rébellion peut-on accuser? — Considérez cette façon de parler: n'estimez
pas d'ébranler. Je n'userais nullement de ce mot estimer en ce lien. J'eusse dit : ne pensez pas, n'espérez pas, ou : ne croyez pas. Et puis j'eusse dit : ne pensez pas ébranler, et non : & ébranler*
Car je demeurerai toujours ferme et fidèle. Mauvais vers.
CONTEE UNE NUIT TROP CLAIBB.
Pauvre moi, je pensois qu'à ta brune rencontre, etc. Phrase provençale, paure iou.
Et toi, sœur d* Apollon
Allumes-tu la nuit d'aussi grande lumière, Quand sans bruit tu descends pour baiser ton amant? Hélas! s'il t'en souvient, amoureuse déesse, Et si quelque douceur se cueille en le baisant, etc. Il devoit dire : si tu cueilles.
Si tu avois aimé, comme on nous fait entendre. Ten, ten.
Les beaux yeux d'an berger de long sommeil touché. Il prend ici sommeil pour somme, et mal. Comme j'ai dit ailleurs, sommeil est désir de dormir, et somme est le dormir même. Or Endymion , de qui il parle ici , n'avoit pas envie de dormir, mais dormoit à bon escient.
Tu as beau, découvrir, ta lumière empruntée Mes amoureux secrets ne pourra déceler.
Il devoit mettre ici un accusatif. On dit bien : aller découvrir, sans accusatif; mais non pas . foi découvert, ni : j'ai beau découvrir,
Otez-vous du serein; craignez-vous point le rheume? Plébée. — Rhume.
Tournant toujours mes yeux vers le lieu désiré. Je tourne les yeux, et non je tourne mes yeux.
Je voudrais être roi pour faire une ordonnance
Que chacun dût la nuit au logis se tenir :
Sans plus les amoureux auraient toute licence ;
Si quelque autre failloit, je le ferais punir. Puisque les amoureux auraient toute licence, ils ne failliraient pas de sortir du logis; cela étant, c'est mal dit : si quelque autre failloit, et faut dire : si quelqu'un sortoit du logis.
Le somme est assommé d'un dormir ocieux. A quel propos ocieux?
Et l'Aurore déjà veut dé fermer les cieux. Guère bien, pour ouvrir.
Heureux cil qui n'espère.
Ce mot ne vaut du tout rien.
4s6 COMMENTAIRE SUR DES PORTES.
DIALOGUE I
Ah, Dieu ! que c'est un étrange martyre. Mauvaise césure.
.... Que d'endurer un ennui sans le dire, Et quand il faut tellement se contraindre Qu'il n'est permis en mourant de se plaindre.
// se faut tellement contraindre qu'il n'est permis, etc. // est si malade qu'il n'a su venir : il est clair que la maladie est cause qu'il n'a SU Tenir. // est si beau qu'il est impossible de le voir sans î aimer : il est clair aussi que la beauté est cause de l'amour. Juge du reste.
Vous qui savez la fureur qui me dompte.
Qu'est-ce à dire : la fureur qui me dompte, au lieu de dire : le mal que je souffre? Une fureur qui me transporte est bien dit; mais ce n'est pas sa coutume de dompter; tant s'en faut, elle a besoin d'être domptée.
Cette rigueur nous peut bien interdire
Les doux propos que nous nous soûlions dire,
Et de nos sens déguiser l'apparence.
Bien mal exprimé , au lieu de dire : on nous peut bien défendre de parler ensemble; car qu'est-ce à dire : on nous interdit les propos que nous nous soûlions dire? Ou ne leur défend pas ce propos ici, ni cettuy-là, mais toute sorte de propos. Mais ce qui suit n'est pas moins plaisant : on nous peut bien interaire les propos, etc., et déguiser Pop-' parence de nos sens. Interdire déguiser : voilà une construction étrange ! Que si l'on prend et pour une copulative de interdire et déguiser, qu'est-ce à dire : on peut bien déguiser T apparence de nos sens? et qu'estce encore que l'apparence de nos sens?
CHANSON I
Doncques ce tyran sans merci Qui pour moi n'eut jamais des ailes, A'a jamais eu d'ailes,
Doncques ceux qui plus vivement
Ont de son feu l'âme saisie ,
U laisse outrager rudement.
Ceux semble nominatif ; cette transposition est insupportable. Cest bien un idiotisme du langage françois de dire * ceux qui sont plus amoureux d'elle, elle les estime le moins ; mais il y faut mettre oe latif Us.
Ma main tremble et n'ose tracer
L'image qu'au ciel j'ai choisie,
Et vois tous mes vers effacer
Par l'envie et la jalousie.
Mal expliqué.
Ma bouche on mot n*oie tirer.
Je ne dirois point : ma bouche n'ose tirer un moi. Les mots te tirent de la bouche; la bouche ne les tire pas. On dira que la bouche les tire du cœur,: ridicule sophisme!
Craignant de nommer ma maistresse.
Mery ma, maist.
Et pour rendre moins découverts.
Découvrir,
Les feux qui saccagent ma vie.
Impropre : saccager la vie. Je dirois : saccager une place, ou quelque chose qui peut être pris pour une place, comme cœur, âme, etc.
Car si votre chaste froideur.
A quel propos ce car?
Et vos rigueurs pleines de glace N'ont rien pu contre mon ardeur....
Plus d'ennuis s'iront élevants, Mieux de moi tous serez servie.
Plus d'ennuis s'iront élevants , n'est pas bien dit simplement; il devoit dire : contre moi1.
DIALOGUE II1
Donc pour loyer d'amitié.
Il falloit dire : de mon amitié.
Tu te plais quand tu m'abuses?
Et couvrant ta fausseté.
Tu penses que ma bonté, etc.
Froid. — Superflu.
Contre un qui ne veut rien que vous 1 endre servie. Mal, pour servir.
A bon droit les siècles vieux Nous ont peint Amour sans yeux, Montrants comme il se doit croire.
Mal exprimé.
Trop d'ardeur le plus souvent
1. Malherbe avait d'abord terminé sa critique par ces mots, qu'il a entoile effacés : « .... If 'est pas bien dit. On ne dit pan : il s'élève des ennuis 9 sans dire [contre qoij. • Nous complétons la phrase par conjecture.
a. Au sujet du septième vers de ce dialogue :
Dieux, que la femme est prompte à changer de courage I
Malherbe avait écrit au bas de la page une remarque de près de trois lignes, qu'il a rendue entièrement indéchiffrable en la surchargeant et l'entremêlant de fausses lettres. Il parait que cette remarque a été illisible pour les deux copistes, comme pour nous : ni l'un ni l'autre ne l'a reproduite.
Nos sentiments décevant En rapporte la victoire»
Encore mal exprimé.
Je trouve chaude la flamme,
Le jour me semble luisant* Foîble.
Ah ! trompeur, tu vas pensant.
Mal parlé.
Qui peut donc apaiser votre Juste courroux? Injuste*.
Comment croirai -je, hélas! que votre ire est passée? Rude.
sonnet xni.
Adieu donc, Liberté, tu m'as assez suivie. Pensez comme un homme diroit à propos : je n'aime point cette femme, car elle m'a offensée. Cette ignorance est des grosses.
Je ne redoute plus le travail enduré.
Pourquoi redouter le travail enduré? On ne redoute pas le passé, mais l'avenir.
CHANSON II1
Qui sûrement ma douleur receloit.
Composé pour le simple, pas trop bien.
Et quand l'amour plus ardanl me brùloit. Il eût mieux dit : plus ardemment*.
Que m'a servi la peine que j'ai prise A gouverner un mari mal plaisant, Et tant de jours avec lui m'amusant
z. On lit de plus dans la copie B :
« Cra/uf amour en grand' haine est souvent convertie. Grande, grande haine. L'A est aspirée. » — Dans l'original, les mots grand1 haine sont simplement soulignés.
a. La copie B contient cette remarque sur le deuxième vers de la chanson : Que m'a servi de tous avoir servie Sept ans entiers à mon mal conjuré ?
Conjuré est mis en un lieu où il semble être l'adjectif de mal ; il eût mieux dit : conjuré a mon mal, que : à mon mal conjuré, et sa pensée en eût été plus claire.