‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 3 sur 298 · ADDITIONS ET CORRECTIONS · texte numérisé non relu

ADDITIONS ET CORRECTIONS

Malherbe, comme on a pu le yoir dans notre premier volume, a écrit un certain nombre de pièces de "vers destinées à figurer en tète d'ouvrages composés par ses amis. Dans ces dernières années on en a retrouvé plusieurs qui avaient échappé jusqu'alors aux éditeurs de Malherbe, et il est probable que Ton en retrouvera encore d'autres. En voici une qui a été donnée par M. P. Lacroix dans le Bulletin du Bouquiniste du i5 août i863, et qui est placée en tète d'un volume in-8° intitulé : Le Flor'ute français, traittant de l 'origine des Tulipes, de tordre qu*on doit observer pour les cultiver et planter, etc., par le sieur de la Chesnée Monstereul, Caen, Éléazar Mangeant, i654,in-8°.

A M. DE LÀ CHESNEE,

Sot son livre intitulé le Floriste francois.

Tout est si beau dans ce recueil, Qu'Adam relevant dtt .cercueil, Voyant ces merveilles paroître, Douterait s'il parle du lieu Où la voix puissante de Dieu Lui donna premièrement l'être.

Ces -vers, signés de Malherbe, peuvent fort bien être de notre poète. Toutefois il y a une petite difficulté que je ne sais comment ré-

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tondre. Malherbe cessa de vivre le 16 octobre 1628 , et il serait ■sjrr singulier qu'il eût composé des vers pour un ouvrage qui ne parut que seize ans après sa mort.

M. Lambert y le savant conservateur de la bibliothèque de Carpentras, que nous avons eu déjà occasion de remercier de son obligeance, a bien voulu, sur notre demande, nous envoyer la copie de la pièce suivante, qui se trouve dans cette bibliothèque et fait partie des Additions aux manuscrits de Peiresc, n° 10 , f05 47 et 48.

Artalucio d'Alagonia ayant tenu le parti des Angevins aux guerres de Naples, fat contraint de quitter le pays et s'en venir en Provence, quand les Aragonois demeurèrent maîtres du royaume. Depuis qu'il fut en Provence, il fit plusieurs voyages à Rome et autres lieux voisins de Naples pour traiter avec ceux que le victorieux avoit mis en possession de son bien et voir d'en retirer quelque chose. En l'un de ces voyages , il arriva que voulant loger en une hôtellerie où il avoit accoutumé de loger, il lui fut dit que toutes les chambres étoient prises, hormis une où personne ne logeoit à cause d'un mauvais esprit duquel de puis quelque temps en ça elle étoit infestée. Il méprisa cette difficulté d'y loger. Comme il y fut entré, une ombre se présenta à lui et le suivit par toute la maison. Il ne dit mot de cette vision à ses gens. En soupant, elle se tenoit à table auprès de lui. Sur l'heure du coucher, étant au privé, elle le suit encore, et lors l'un des siens qui lui éclairoit l'ayant laissé seul, il dit à cette ombre : « Si tu as quelque chose à me dire, dis ce que tu voudras; sinon, va-t'en et me laisse. » L'ombre lui répondit qu'il étoit son hôte qui proditoirement et malheureusement avoit été tué et jeté dans le puits de la maison ; qu'il le prioitd'en faire tirer ses os et leur donner sépulture, afin q u'il pût aller à Die u, n'y ayant plus que cela qui l'en empêchât. Artalucio le lui promit, et l'ombre disparut. Le lendemain Artalucio fait curer le puits , avec étonnement des voisins, qui pensoient qu'il y cherchât quelque trésor, et ayant treuvé les os d'un homme ,

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il les fit inhumer solennellement en l'église et dire du bien pour le défont, ayant séjourné là exprès tout le jour. Le soir -venu, cette même ombre le vient retrouver. Il lui demande : « Que veux-tu plus de moi ? N'ai-je pas fait pour toi ce que tu desirois? — Oui, répondit l'ombre, je vous en viens remercier et vous demander si je vous puis rendre quelque service. » Artalucio ayant un peu pensé, lui dit qu'il le prioit de l'avertir de sa mort trois jours auparavant; ce que l'ombre lui promit. A quelques années de là, lors Artalucio étant au lit seul et un sien jeune fils, nommé Jehan, en un pavillon dans la même chambre, on vient sur la minuit frapper à la. porte du château. Artalucio, qui avoit commandé à quelques-uns de ses sujets de se tenir prêts de grand matin pour venir à la chasse avec lui, pensa que ce fussent eux qui fussent si diligents. Il commanda donc à son fils de se lever et regarder par la fenêtre qui c'étoit qui frappoit à la porte. Son fils y regarde, et après avoir regardé de tous côtés sans voi£ personne, il se remet au lit. Il n'y eut pas été longtemps que l'on frappa derechef à la porte. Son père le fait lever la seconde fins; mais il ne vit ni n'ouït personne non plus que la première. Il se recouche, et bientôt après on frappe à la porte pour la troisième fois, qui fut cause que le père se leva lui-même et sortit à la fenêtre. Or comme il demanda qui frappoit, il lui fut répondu : c Je suis votre hôte de N..., qui vous ai promis de vous avertir trois jours devant votre mort. L'heure en est venue ; je me viens acquitter de ma promesse. » Artalucio se remet au lit, appelle son fils, et commande qu'on lui apporte de la chandelle. Il passa le reste de la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il envoya quérir un ami qu'il avoit à la Tour-d'Aigutl, pour lui communiquer ses affaires. A quoi et à prier Dieu ayant employé les trois jours qui lui restoient, il décéda, comme l'ombre lui avoit prédit.

Cette histoire m'a été récitée par le sieur de Merargues, qui étoit son fils et héritier au sixième degré.

c Cette pièce, nous écrit M. Lambert, occupe dans l'original trois piges d'une feuille qui paraît avoir été pliée et enfermée dans un paquet. Elle était probablement adressée à Peiresc et accompagnée

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d'une lettre qu'il ne m'a pat été possible de trouver. Au verso du feuillet 48 on lit cette note du baron de Rians : c Cette histoire est c écrite de la main de Monsieur de Malherbe. »

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