‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 30 sur 298 · Jacques le Coigneux, président au mortier · texte numérisé non relu

Jacques le Coigneux, président au mortier

Lkttrx 11. — 1. Cette lettre, la 3o* du livre I dans l'édition de i63o (p. 55o), a été publiée pour la première fois dans le recueil de Faret (1627), p. 87. Elle y est intitulée : A un gentilhomme de ses amis. Il le dissuade de sa recherche. On sait par Racan lui-même qu'elle lui était adressée. Voyez tome I, p. lxxxvtt. [ a. Racan, comme nous Tarons dit (p. 6), recherchait en mariage

Mme de Termes, qui se remaria en i635 au président Claude Vîgnier.

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empereur des Petites-Maisons1 . Il est malaisé que je n'aie dit devant vous ce que j'ai dit en toutes les bonnes compagnies de la cour, que je ne trouvois que deux belles choses au monde , les femmes et- les roses , et deux bons morceaux, les femmes et les melons. C'est un sentiment que j'ai eu dès ma naissance, et qui jusques à cette heure est encore si puissant en mon âme , que je n'y pense jamais que je ne remercie la nature de les avoir faites, et mon ascendant4 de m'avoir donné la forte inclination que j'ai à les adorer. Vous pouvez bien penser qu'un homme qui tient ce langage ne trouve pas mauvais que vous soyez amoureux. Il le faut être , ou renoncer à tout ce qu'il y a de doux en la vie ; mais il le faut être en lieu où le temps et la peine soient bien employés. On se noie en amour aussi bien qu'en une rivière. Il faut donc sonder le gué de l'un aussi bien que de l'autre, et n'éviter pas moins que le naufrage la domination de je ne sais quelles suffisantes, qui veulent faire les rieuses à nos dépens. Celle à qui vous en voulez est très-belle , très-sage, de très-bonne grâce, et de très-bonne maison. Elle a tout cela, je l'avoue ; mais le meilleur y manque : elle ne vous aime point; et sans cette qualité, tout et rien ne valent pas mieux l'un que l'autre. Vous avez ouï dire qu'avec le temps et la paille les nèfles se mûrissent. C'est ce qui vous fait espérer que si vous n'êtes aimé à cette heure, vous le pourrez être quelque jour. Je vous ac-

3. On connaît sons le nom de de Vaux (pseudonyme qui cache, à ce qn*on croit, Adrien de Montluc, comte de Cramail) les Jeux de t inconnu, i63o, in -8°. On attribue au même auteur : PHerti ou ÎUniftrsel. L'Herti ou le Herty était un fou célèbre que Colletet dans une épigramme appelle fou sérieux des Petites-Maisons.

4. c Ascendant, en termes d'astrologie, est l'horoscope, ou le degré de l'équateur qui monte sur l'horizon au point de la naissance de quelqu'un, et qu'on croit avoir grand pouvoir sur sa vie et sur sa fortune. 9 (Dictionnaire de Furetière.)

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corde que ce n'est pas une difficulté que vous ne puissiez vaincre; mais accordez-moi qussi que vous aurez bien de la peine à la combattre. En matière de choses futures, Foui et le non trouvent des amis , qui parient les uns d'un côté et les autres de l'autre. En celle-ci, je m'assure que la pluralité sera pour la négative; et que vous-même, tout malmené que vous êtes de votre passion, si vous aviez gagé pour l'affirmative, vous tiendriez votre argent, sinon pour perdu, au moins pour bien égaré. La persévérance fait des miracles, il est vrai; mais ce n'est pas toujours ni partout. S'il y a des exemples de son pouvoir, il y en a de sa foiblesse. Et puis quand un homme auroit de la patience pour toute autre chose , seroit-il pas aussi lâche que la lâcheté même s'il en pouvoit avoir pour le mépris? L'indignation, à mon gré, n'est juste en occasion du monde comme en celle-ci. Quand une femme refuse ce qu'on lui demande , ce n'est pas qu'elle condamne la chose qui lui est demandée, c'est que le demandeur ne lui plaft pas. Je voudrois que vous eussiez entretenu l'homme qui vient du lieu où est votre prétendue maîtresse. Vous auriez appris qu'en un mois qu'il y a été , il ne s'est presque passé jour qu'il ne l'ait vue aux compagnies, parée et ajustée d'une façon qui ne montrait pas qu'elle eût envie de revenir au logis sans avoir fait un prisonnier. Vous prendrez peut-être la chose à votre avantage , et direz qu'elle ne le faisoit que pour se divertir des pensées mélancoliques où la plongeoit votre éloignement. Je vous en sais bon gré. Quand on se veut tromper, il ne se faut point tromper à demi. Vous êtes en possession de souffrir des rebuts, vous en avez fait l'apprentissage en plusieurs bonnes écoles ; il est temps de faire votre chef-d'œuvre , et prendre vos lettres de maîtrise. Or sus, prenez-les, soyez dupe, et archidupe si bon vous semble ; ce ne sera jamais avec mon approba-

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lion. Je vous regarderai faire, comme on regarde nn ami se perdre , après qu'on a fait tout ce qu'on a pu pour le sauver. Je ne saurois nier que lorsque j'étois jeune, je n'aie eu les chaleurs de foie qu'ont les jeunes gens ; mais ce n'a jamais été jusques à pouvoir aimer une femme qui ne me rendit la pareille. Quand quelqu'une m'avoit donné dans la vue, je m'en allois à elle. Si elle m'attendoit, à la bonne heure. Si elle se reculoit, je la suivois cinq ou six pas , et quelquefois dix ou douze , selon l'opinion que j'avois de son mérite. Si elle continuoit de fuir, quelque mérite qu'elle eût, je la laissois aller; et tout aussitôt le dépit prenant chez moi la place que l'amour y avoit tenue, ce que j'avois trouvé en elle de plus louable, c'étoit où je trouvois le plus à redire. Son teint, quelque naturel qu'il fut, me sembloit un masque de blanc et de rouge , ses discours une pure coquetterie , et généralement, avec une haine accommodée à mes sentiments, je démentois tout ce que l'affection s'étoit efforcée de me persuader en sa faveur. Voilà comme j'ai toujours vécu avec les femmes;

Et maintenant encore en cet âge penchant1, Ou mon peu de lumière est si près du couchant, Quand je verrois Hélène au monde revenue, En l'état glorieux où Paris Ta connue, Faire à toute la terre adorer ses appas, N'en étant point aimé, je ne l'aimerois pas. Cette belle bergère, à qui les destinées Sembloient avoir gardé mes dernières années, Eut en perfection tous les rares trésors Qui parent un esprit, et font aimer un corps. Ce ne furent qu'attraits, ce ne furent que charmes ; Sitôt que je la vis, je lui rendis les armes,

5. Cet vert, dont troif se trouvent déjà, avec une variante, dans la lettre 8 (ci-destus, p. i3), ont été faits pour Mme de Rambouillet Voyez tome I, p. 164, pièce xcv.

Un objet si puissant ébranla ma raison. Je voulus être sien, j'entrai dans sa prison, Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire, Tant que ma servitude espéra du salaire. Mais comme j'aperçus l'infaillible danger Où, si je poursuivois, je m'allois engager, Le soin de mon salut m'ôta cette pensée, J'eus honte de brûler pour une âme glacée ; Et sans me travailler à lui faire pitié, Restreignis mon amour aux termes d'amitié.

Vous savez trop bien que c'est que de vers pour ne connoître pas que ceux-là sont de ma façon. Si vous en goûtez la rime, goûtez-en encore mieux la raison. Il ne faut pas trouver étrange que les femmes, en une affaire où il leur va de l'honneur et de la vie , prennent du temps à se résoudre; et même que par quelque résistance elles piquent un désir, qui sans doute se relâcheroit si à notre première semonce elles se rendoient avec une trop prompte et trop complaisante facilité. Leur retenue fondée sur quelqu'une de ces considérations est supportable; mais quand elles nous fuient, ou par aversion qu'elles ont de nous, ou pource qu'un autre tient déjà ce que nous poursuivons , c'est là qu'un bon courage se doit roidir, et ne continuer pas un voyage où il est bien assuré qu'il ne feroit que se lasser. Heureux sont ceux qui voient clair en ces ténèbres ! Elles sont négligées de la plupart des hommes ; mais elles ne laissent pas de les faire choir dans de grands précipices. Je prétends en finesse moins qu'homme du monde ; mais sans vanité je puis dire que quand je me suis adressé à une femme , il ne m'est jamais arrivé de me tromper en la connoissance de son humeur. L'espérance seule m'a appelé. Quand elle m'a failli , on n'a point été en peine de me dire deux fois que je me sois retiré. Croyez-moi, faites-en de même, et après tant de mauvaises récoltes, soyez plus

diligent à choisir le terroir où vous sèmerez. Vous avez aussi bien que moi une certaine nonchalance qui n'est pas propre aux choses de longue haleine. C'est assez que vous ayez été malheureux en Bretagne ; ne le soyez point en Bourgogne. Je vous crie merci de vous persécuter comme je fais; mais je prends trop de part à vos intérêts pour en user d'autre façon. Ceux qui donnent des conseils indulgents à leurs amis , leur veulent plaire ; ceux qui en donnent de libres, ont envie de leur profiter. Dieu veuille que vous avertissant de ne perdre point votre temps , je ne perde point le mien !

Je vous manderois volontiers des nouvelles pour vous ôter le goût de cette aigreur, mais je meurs de sommeil. Le Roi se porte bien, et use toujours des conseils de M. le cardinal de Richelieu. Cela se voit assez au bon état où «ont les affaires. Si quelqu'un y trouve à redire, qu'il prenne de l'ellébore. Adieu, Monsieur. Quoi que je vous tye dit, je ne laisserai pas de faire tenir votre lettre. Ce sera produire un nouveau témoignage de votre honte; mais votre volonté soit faite. En récompense vous ferez, s'il vous plaît, la mienne, c'est-à-dire que vous me conserverez en vos bonnes grâces, et me tiendrez toujours pour votre très-humble serviteur.

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