‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 31 sur 298 · A MONSIEUR DE RACànV · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE RACànV

Monsieur,

Je vois bien que si les Muses vous ont fait passer pour un rêveur, Mars ne vous donnera pas meilleur bruit.

Lrthx is. — i. Cette lettre a été imprimée pour la première fois dut l'édition de i63o, litre II, lettre if>, p. 597. — Racan venait de * auner avec une demoiselle d'Anjou, nommée Catherine Dubois. Malheur, it 3

Vous n'en êtes encore qu'au collet de buffle % et déjà vous ne vous souvenez plus de vos amis. Vous pouvez penser ce que ce sera quand vous en serez à la cuirasse. Peut-être chercherez-vous une excuse en la nouveauté de votre mariage ; et certes je sais bien que la cage d'hyménée n'est pas plus gracieuse que les autres, et que les oiseaux n'y entrent pas sans quelque étonnement pour les premiers jours. Mais de quelque cause que vienne votre silence, je ne suis pas assez complaisant pour ne vous en dire pas mon sentiment. Si ce sont W* pensées de Mars qui vous occupent, la guerre1 ne sera pas si longue, Dieu aidant, que pour elle vous deviez tout à fait quitter les exercices de la paix. Si ce sont les soins d'hyménée, les rossignols ne sont muets que quand ils ont des petits, et je sais bien que vous n'en êtes pas encore là. Je vous jure que si jamais vous revenez sur Parllfesse, je n'y aurai point de crédit, ou je vous y ferai fermer la porte; et si vous y entrez par surprise, ou autrement, vous n'y aurez que des feuilles de chou pour des feuilles de laurier. Pensez-y, et vous amendez. C'est assez raillé: parlons à cette heure à bon escient. Je veux, Monsieur, et vous en prie, que vous m'aimiez toujours, comme je vous assure que je suis toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris, ce i3* de mai i6a8.

3. c Collet ou colUtin de buffle est une peau de buffle préparée qui fait une espèce de justaucorps sans manches. C'est un Tétement pour les cavaliers qui leur sert d'ornement et de défense. » [Dictionnaire de Furetière.)

3. Le Roi était retourné dès le ag mars au siège de la Rochelle. La ville capitula le a 8 octobre.

l3. A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE1.

Monsieur mon cousin,

Vous me confirmez toujours l'opinion que j'ai il y a longtemps, que vous m'aimez plus que je ne vaux. Si le (ils ne paye ce que doit le père, vous courez fortune d'en être très-mal assigné. Je suis en un âge où il ne me faut plus prêter qu'en intention de perdre. Si vous voulez assurer votre dette, faites un héritier et la lui donnez. J'espère que quand vous le verrez2, vous le trouverez digne d une bonne fortune. Quant aux nouvelles, je ne vous en dirai qu'une, qui en vaudra une douzaine. C'est que le succès des affaires sera tel que je l'ai toujours prédit; c'est-àdire que nous aurons la paix. M. de Thou* en a donné cette espérance par la dépêche que l'on vient de recevoir de lui. Le Roi est obéi partout, et ne se trouve personne qui prête l'oreille à ce que l'on propose contre ton service. C'est tout ce que je vous puis dire ; et aussi crois-je que c'est tout ce que vous voulez outr. Ainsi Dieu confonde toujours les desseins de ceux qui nous voudront troubler! N'ayant plus guère de jours à vivre, je serai bien aise que le repos n'en soit point interrompu.

Lnrrmx i3. — i . Cousin par alliance de Malherbe. Voyez tome III, p. 589. Il mourut le 18 janvier i65o, k soixante-quatre ans. Son épttapbe, dans l'église Saint-Pierre à Caen, portait qu'il était chevalier, conseiller du Roi en ses conseils et premier président au bureau des finances en la généralité de Caen. — Cette lettre a paru pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 20, p. 6 a a.

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