A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE
Monsieur mon cousin,
J'ai reçu votre lettre du 24e du passé, et avec elle celle de M. de Cagny . Ce n'a pas été sans m'étonner de ce que vous m'écrivez que par une de mes lettres je vous avois assuré que je tenois de lui-même ce que je vous mandois, qu'il avoit un livre de la noblesse de Normandie qui avoit passé avec le duc Guillaume. Je vous supplie, mon cousin , de revoir ma lettre1, et vous trouverez que c'est chose dont je ne vous parlai jamais. M. de Cagny a grande raison de dire qu'il ne me connoissoit point, pource que c'est un homme que je n'ai point l'honneur d'avoir jamais vu. Un nommé
8. Les sept mots qui précèdent manquent dans l'édition de i63o qui, deux lignes plus haut, donne : « Mons. de Camdenus, s et quatre lignes plus loin : c se trouve, ■ pour : c se trouvera. »
Lettre 19. — 1. Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 26, p. 63 1.
a. Voyez la lettre précédente.
M. de Montchrestien * est celui de qui je le tenois, et qui le m'a dit, non une fois ou deux, mais une douzaine. Depuis ma dernière lettre, nous avons recouvert4 deux rôles d'Angleterre , où nous sommes en l'un et en l'autre. Il y en a un qui est en rime, l'autre est en prose ; l'un imprimé et tiré d'un plus gros livre, et l'autre écrit à la main. C'a été M. Camdenus qui les a envoyés par deçà, sur ce que j'avois désiré savoir de lui d'où il avoit tiré ce qu'il avoit écrit de l'antiquité de notre maison. Il a signé le mémoire que je lui en avois fait envoyer Guilelmus Camdenus rex armorum^ et y a encore ajouté quelques particularités sur le même sujet. Cela ne doit pas empêcher que nous ne gardions toujours curieusement notre arrêt; car ce n'est pas tout que de prouver que la maison des Malherbes de Saint-Agnan est ancienne, il faut montrer comme nous en sommes sortis. Et là-dessus je vous dirai qu'il me souvient qu'autrefois un de mes oncles, religieux de Saint-Étienne, fit renouveler nos armoiries, qui sont au nombre de plusieurs autres en la bordure d'une salle , où l'on dit que le duc Guillaume fit mettre toutes celles des grands de son État qui l'avoient accompagné à sa conquête ' . Je voudrois bien que cela se fût fait avec quelque forme de justice, et qu'il y eût assisté quelque officier qui en eût baillé acte, pource que de toutes les preuves que nous saurions avoir, cellelà est la plus claire et la plus illustre. Si cela ne se fit alors, il se pourroit faire à cette heure , en faisant rapporter par les anciens religieux comme ils ont de tout
3. Antoine Montchrestien, poète, né à Falaise. Malherbe a raconté sa fin tragique, en i6ai, dans une lettre À Peiresc. Voyez tome III, p. 556.