‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 45 sur 298 · A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE

Monsieur mon cousin,

Je ne pensois pas, quand je vous écrivis ma dernière lettre, que la réponse que vous m'y feriez dût être accompagnée d'une si pitoyable nouvelle comme celle que vous

4. Antoine de Roquelaure, maréchal de France, mort le 9 juin i6*5.

5. Henri de Lorraine, duc de Mayenne et d'Aiguillon, tué au tiége de Montauban en i6ai.

6. A Bordeaux; le duo de Mayenne était gouverneur de la Guienne.

Lettre a a. — 1. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 37, p. 66 1.

LETTRES A DIVERS. 5i

me mandez1. Ce n'est pas que la fortune ne me soit toujours suspecte; mais étant notre vie exposée à autant de ses injures que nous avons de choses qui nous sont chères, il n'est pas possible de prévoir qui sera le premier endroit où nous en serons assaillis. Je dois bien croire, Monsieur mon cher cousin, et votre lettre me le fait paroftre assez clairement, que vous êtes encore en un état où les consolations vous seroient des offenses. C'est pourquoi vous n'en recevrez point de moi. Vous avez perdu une des meilleures et des plus aimables femmes du monde. J'aurais mauvaise grâce de vous parler ou d'être insensible en cette infortune, ou de ne la sentir que légèrement. Non, non, mon cher cousin, satisfaites à votre devoir, satisfaites à votre bon naturel, et satisfaites encore à la pauvre défunte, qui sans doute ne peut être mieux assurée du plaisir que vous avez eu en sa compagnie que par les témoignages que vous rendrez du regret d'en être privé. Je vous donne certes un conseil bien extraordinaire ; mais je le fais d'autant plus hardiment que je sais qu'il est selon votre humeur, et que vous savez qu'il est selon la mienne. J'en ai fait de même quand j'en ai eu les mêmes occasions. Dieu qui vous a envoyé cette affliction vous la récompensera, s'il lui plaît, par la conservation de ce qui vous reste. Je la vous souhaite, Monsieur mon cher cousin, et avec elle toutes sortes de nouvelles prospérités, comme celui qui est toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

[Mars ou avril 1619.]

a. M. dn Bouillon venait de perdre sa femme, Judith le Vallois, morte en couches à la fin de mars 1619. U te remaria quelques années après.

5a LETTRES A DIVERS.

Page 1