‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 46 sur 298 · A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU BOUILLON MALHERBE

Monsieur mon cousin,

L'Aubigné * que je vous envoyé* demeurera avec vous, s'il vous platt. C'est en cette intention que je le vous ai envoyé. Nous parlerons des secondes noces de notre bon ami quand il sera ici. Vous me dites que s'il y passe, ce sera par considération. C'est une besogne où qui a de l'amour pense tout faire avec la raison. Quoi que c'en soit, et quoi qu'en disent les mauvaises langues, c'est une douce chose que la compagnie d'une femme. Et sur ce sujet, je dis un jour à la Reine mère du Roi un mot qui la fit rire : "qu'il n'y avoit que deux belles choses au monde, les roses et les femmes; et deux bons morceaux, les femmes et les melons. Mais, mon cousin, après tous les soins que nous aurons apportés à en faire une bonne élection, nous y pourrons4 aussi tôt faire hasard que rencontre ; et quoi qui en arrive, il le faut attribuer à la fortune et non à notre jugement. Recommandez donc à Dieu notre ami, comme l'on* fait un homme qui se met sur la mer. Les succès de l'un et de l'autre ont mêmes espérances et mêmes craintes. Le mal que j'appréhende1 le plus pour lui, c'est, comme je vous ai dit, le nombre des

Lkttbb i3. — i. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre II, lettre 39, p. 639. Nous en avons comparé le texte à celui d'un autographe signé, conservé dans le manuscrit Baluze, f*> 10.

a. Il s'agit des deux premiers tomes de Y Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné, dont le premier, bien que portant sur le titre la date de 1616, ne fut c achevé d'imprimer » que le dernier jour de mars 1618.

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