‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 48 sur 298 · Vab. (manuscrit Baluze) : il y rencontre · texte numérisé non relu

Vab. (manuscrit Baluze) : il y rencontre

9. Voyez an tome I la Fie de Malherbe par Racan, p. lxix. Lettu a 4» — *• Cette lettre a été publiée pour la première fois

dans l'édition de x63o, lirre 11, lettre 3i, p. 643. Sa date nous est donnée par les laits qui y sont mentionnés.

goutte1. Il n'y avoit pas d'apparence qu'une montagne ti grosse enfantât une si petite souris. Sept ou huit princes, et autant de ducs ou maréchaux de France, avec tant d'autres seigneurs couverts et découverts, avoir fait Une partie, et l'avoir si mal jouée, cela nous apprend bien qu'il y a d'autres mains que celles des hommes qui font mouvoir les ressorts du monde. La force et la prudence sont de puissantes machines ; mais si le destin n'est avec elles, une chènevotte et cela c'est tout un. Vos philosophes d'Etat ont bon temps de vous donner les appréhensions qu'ils vous donnent. Dormez, mon cher cousin, sûrement, et sur ma parole. S'il est question du présent, j'en sais, non pas autant qu'eux, mais autant que de bien plus huppés qu'ils ne sont. Si je ne suis du conseil, je vois des gens qui en sont, et qui, s'ils ne sont au lever et au coucher du Roi, ne laissent pas d'en savoir jusques aux moindres particularités. Et s'il faut méditer sur l'avenir, je crois que j'y vois aussi avant qu'ils sauroient faire, qui qu'ils soient; mais tous ces orages qu'ils se figurent sont pures visions. L'envie qu'ils ont de faire croire à ceux qui sont hors de la cour qu'ils ont grande part aux affaires, leur fait faire tous ces discorifc à perte de vue. Monsieur mon cousin, le texte est clair et net, tout le monde le voit et l'entend ; pour les gloses, chacun les fait à sa fantaisie. Les affaires du Roi vont bien ; et souvenez- vous qu'elles iront toujours bien, et que de plus de cinq ou six ans vous n'entendrez parler que d'obéissance, et de paix par conséquent. M. le cardinal de Guise a désarmé. M. du

Maine, M. d'Epernon, et généralement tous en ont fait de même. Il n'y a plus personne armé, que le Roi seul. Si vous me demandez pourquoi, je crois que c'est pour

a. La guerre entre le Roi et la Reine mère, terminée le i3 août i6ao par le traité d'Angers.

Béarn*. C'est là, à mon avis, que le paquet s'adresse ; mais ils ne seront si malavisés d'attendre le coup. M. de la Force, à qui Ton imputoit ce refus d'obéir, est en cour, avec les submissions telles qu'on sauroit les désirer. Jusques à cette heure les pauvres huguenots ont fait les mauvais, sur une opinion qu'ils avoient qu'on n'oseroit les fâcher; mais je ne leur conseille pas à l'avenir d'avoir cette présomption. Le Roi les fera jouir sans doute de ce qui leur a été accordé par les édits des feus rois; mais aussi il faudra qu'ils se contiennent dans les bornes qui leur sont prescrites. Le Roi est parti pour aller en Guienne*, mais les Reines n'y vont point; tellement que je ne crois pas que son voyage soit long, et ne pense pas que de quelque côté qu'il aille, il trouve, non pas de la résistance, mais du murmure. Mauregard1, le curé de Millemont1, et tous les autres faiseurs de prophéties mentent. Vos astrologues ne sont pas plus clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus que des autres. En voilà trop. Adieu, Monsieur mon cousin. Ne m'épargnez pas vos lettres, quoi que dient les crocheteurs de Guerin. Quand je serois ménager, ce que je ne suis pas, ce ne seroit pas en choses qui me sont chères comme vos lettres. Surtout aimez-moi toujours et me tenez toujours pour votre serviteur très-humble.

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