‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 67 sur 298 · A UNE COUSINE · texte numérisé non relu

A UNE COUSINE

Belle et chère cousine,

J'endure de vos belles paroles , parce qu'elles viennent de vous, que j'aime et que j'honore comme je dois ; mais je ne les approuve pas , pource qu'elles s'adressent à moi , qui suis trop à vous pour être traité avec cette superfluité. Trêves de tout cela, s'il vous plaît, chère cousine : réservez votre bien-dire à quelque occasion où il vous sera plus nécessaire. Ce qui s'écrit avec vérité se doit écrire sans artifice. Je m'en vas vous en montrer l'exemple ; s'il vous est agréable , vous le suivrez.

J'ai reçu votre lettre du 2e de ce mois ; ce ne m'a été rien de nouveau que votre homme fasse ce qu'il

Lettre 35. — i. Cette lettre , publiée pour la première fois par M. Hauréau {Bulletin des Comités historiques, i85o, tome II, p. 148), d'après un brouillon conservé dans le manuscrit Baluze, (*>• 5 a et 53, a été collai ionnée par nous sur cet autographe. — Nous ignorons k quelle cousine elle est adressée.

fait; il ne me trompera point. Vous savez ce que je vous en ai toujours dit : j'y persiste. Nous verrons M. d'Estricy et moi de tirer de Mme de Longueville la lettre que vous desirez ; peut-être la voudra-t-elle bien faire, mais c'est à savoir si ce sera avec fruit. Je suis d'avis que pour nous donner sujet de lui faire celte requête , vous m'envoyiez une lettre pour elle, où vous ferez bien la piteuse. Ce sera là que votre éloquence ne sera point mal à propos ; car il faudra que pour donner du poids à ce qu'elle écrira , elle écrive de sa main ; et je sais bien que ce n'est pas chose à quoi cette sorte de gens se dispose trop facilement. Quand vous ferez des recommandations ou à M. de Beaumont ou à M. d'Estricv, faites vos compliments un peu plus cérémonieux, afin que je leur puisse montrer vos lettres , et que par votre honnêteté ils connoissent qu'ils n'ont point mal employé la volonté qu'ils ont témoignée1. Et quand même vous leur voudriez écrire un petit mot , je ne crois pas qu'il fût mal à propos pour vous. Hier, aussitôt que j'eus reçu votre lettre, je m'en allai moi-même porter celle de Mme de la Houssaye. Elle me doit demain bailler sa réponse; mais vous ne l'aurez que par la première commodité, parce que j'aurois peur que le messager ne fût parti. C'est une bonne femme, et qui vous aime bien. Au demeurant, ma chère cousine, vous ne ine faites mention d'avoir reçu que deux de mes lettres. 11 y en a une troisième; mais je crois que lorsque vous m'écrivîtes, vous ne 1 aviez point encore reçue. Je suis résolu, pour n'y être point trompé, de tenir registre tant de la dépense que de la recette.

M. de Montbazon est en Bretagne, aux états, et d'où il ne reviendra pour le plus tôt qu'à la fin du mois prochain. M. de Mercœur y est avec lui. Je lui garderai votre

i. Il y avait d'abord leur courtoisie, qui a été biffé. Malherbe, rv 6

8a LETTRES A DIVERS.

lettre pour son retour. Je vous baillerai encore un autre avis , que vous avez mis en votre lettre Mme de Longueville après M. de Montbazon ; mais cela m'a empêché de montrer votre lettre à M. d'Estricy. Il y a des personnes qui se piquent légèrement. Voilà pourquoi il est bon d'aviser à tout. Tassin, le messager, étant celui qui m'a rendu votre lettre, je vous prie que je sache si vous la lui avez fait bailler à Caen , ou s'il est passé par le lieu où vous êtes. Je vous ferai toujours tenir mes lettres par la même voie que jusqu'à cette heure , si vous ne le commandez autrement. La semaine qui entrera lundi ne se passera point que l'affaire de M. le Marié ne soit faite, si elle se doit faire. J'y ferai comme en chose qui me touche , ou pour mieux dire , comme en chose qui m'est recommandée de la personne du monde qui a le plus de pouvoir sur moi.

Adieu , belle et chère cousine : je vous prie de baiser bien humblement les mains à Monsieur mon cousin, votre oncle*, et à M. de Ranville * . Ils verront ici tous deux que je suis leur très-humble serviteur.

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