k MONSIEUR DE GRILLON
Monsieur ,
Vous vivez en la mémoire de tous ceux qui ont l'honneur de vous connoître ; il n'est pas raisonnable que vous soyez moins en la mienne , ayant des occasions si justes, et si pertinentes comme j'ai de vous y conserer. Ces paroles vous témoigneront comme je l'ai fait ^Kqu'à cette heure, et comme je le veux continuer à l'avenir. Elles viennent de la cour, et par conséquent sont suspectes; mais ayant à se présenter devant le plus grand et plus glorieux courage qui soit au monde, elles ont quitté l'artifice et l'hypocrisie, pour lui être d'autant plus agréables, qu'elles seront selon son humeur. Je ne vous entretiens point de ce que nous avons ici sur le tapis , pource que ce porteur a de quoi vous satisfaire de ce côté-là. Bien vous dirai-je que Ton va ici entamer des affaires1 où sans doute l'on regrettera votre épée, comme la plus brave dont la France ait jamais fait peur à ses ennemis. Mais vous avez assez vécu pour autrui , il est temps de vivre pour vous. Faites-le, Monsieur, et Dieu veuille que ce soit aussi longtemps comme le désirent ceux qui savent votre mérite, et entre eux avec plus de passion que nul autre votre très-humble et très- affectionné serviteur.
Lettre 38. — i . L. de Balbe de Berton de Grillon ou Crillon, le célèbre compagnon d'armes de Henri IV, mort en i6i5. — Cette lettre a été publiée pour la première fois dans l'édition de i63o, livre I, lettre i5, p. 53o.
a. La lettre n'étant point datée, nous ne savons a quelles affaires Malherbe fait allusion;