A MADAME DE GUISE
[9e juillet 1619*.] Madame ,
Je vous connois , comme fait tout le monde , .pour la meilleure et la plus obligeante princesse qui fut jamais , et c'est de là que me vient la hardiesse que je prends de vous importuner pour le sieur du Chesne', présent porteur. Il s'est proposé de faire les histoires de toutes les provinces de France, et a déjà si bien réussi en celle qu'il a faite de la Normandie, qu'il a eu commandement du Roi de continuer son dessein. C'est, Madame, pourquoi, sur l'assurance qu'on lui a donnée qu'au lieu où vous êtes' il y a force Chartres et vieux documents d'où il pourra tirer des mémoires, il s'est résolu d'y aller, et m'a prié de lui donner cette lettre pour avoir sujet de s'adresser à vous , et vous supplier très-humblement de vouloir, en cette occasion , l'assister de votre pouvoir. Je ferois tort à votre bonté , Madame , de ne vous croire pas capable de lui faire cette faveur, et refuser de joindre ma prière à la sienne. Je le fais donc avec toute la très-humble affection que je puis , et me promets que si pour être juste elle est bien reçue de vous, elle le sera encore de quelque
Lirais 39. — 1 . Cette lettre a été publiée pour la première fois dans le tome I de la Galerie française (i8ai-i8a3» in-4°), d'après une copie, écrite de la main de Peiresc, qui se trouve au tome II, f° ag, de la correspondance de celui-ci, à la Bibliothèque impériale, copie que les éditeurs ont prise pour un autographe de Malherbe.
a. Peiresc a écrit au dos de la lettre cette date, et les mots suivants : t A Joire (Jouarre). A Madame de Guise, pour M. du Chesne. » Voyez tome III, p. 599, note 1.
3. André du Cbesne. Voyez plus haut, lettre 18, p. 4*> note a.
4* U y avait à Jouarre (voyez la note a), village situé non loin de la Ferté-sous-Jouarre, une célèbre abbaye de bénédictines, dont était abbesse en ce moment Jeanne de Bombon, qui avait pour coadjutrice Jeanne de Lorraiue, fille de Mme de Guise.
chose davantage pour la considération que vous ferez , s'il vous plaît, Madanie, qu'elle vient de votre trèshumble et très-obéissant serviteur,
Malherbe.
4o. — A MONSIEUR LE MARÉCHAL DE BASSOMPIERRE1.
Monsieur,
Il est vrai que la fortune a trop longtemps délibéré sur la récompense d'un mérite si grand et si manifeste comme le vôtre; mais quoi que c'en soit, à la fin elle s'y est résolue; et sans mentir, vos actions lui ayant de tout temps fait connottre qu'elle vous devoit des gratifications extraordinaires, les services qu'avec tant de périls1 vous avez rendus au Roi en ce dernier trouble l'en ont si vivement sollicitée, qu'il falloit que sans plus de remise elle s'acquittât de cette dette, ou qu'ouvertement elle se déclarât ennemie de votre vertu. Je ne sais avec quelles paroles une joie qui est commune à toute la cour, voire à toute la France, vous aura été représentée par ceux qui vous auront fait ce compliment. Pour moi, je ne vois rien qui vous puisse mieux exprimer la mienne, que de vous dire que j'ai été aussi aise que vous soyez parvenu à un honneur que je vous avois toujours désiré, comme je le fus de
Lettre 40. — 1. Cette lettre, la 6e du livre I de l'édition de i63o (p. 508), a été imprimée pour la première fois dans le recueil de Faret, édition de 1627, p. 18. On lit en tète: f lise réjouit arec lui de sa promotion à la charge de maréchal de France. » Bassompierre avait été élevé à cette dignité le ia octobre 163 a, le surlendemain de la paix de Montpellier.
a. Vab. (recueil de Faret) : qu'avec tant de soins, tant de travaux et tant de périls.
voir tomber nos idoles1 d'un lieu où je ne les a vois jamais regardés4 qu'avec abomination. Je ne suis pas de si mauvaise humeur, que je permette aux sujets de se bander contre les volontés du Prince; mais aussi quand ceux qui sont aimés de lui mettent ses affaires en désordre , je suis trop peu fait à la complaisance, pour avouer qu'il soit ni raisonnable ni possible d'en recevoir du mal et de ne leur en souhaiter point. Une des principales marques de la bénédiction de Dieu sur le Roi et sur le royaume, c'est que la faveur se rencontre en des personnes qui de même soin que le pilote travaillent au salut du navire, et n'aient point de plus grand intérêt que celui de sa prospérité. Je vous ai toujours reconnu d'une inclination tellement portée à toutes choses grandes, que si cela doit jamais être, c'est de vous de qui nous en devons espérer le premier exemple. Dieu veuille que cela soit, et que le point où les autres terminent leur grandeur ne soit que le premier degré de la vôtre ! à la charge toutefois, Monsieur, que vous me conserverez en vos bonnes grâces, et que toujours vous me ferez l'honneur de me tenir pour votre très-humble et très-obéissant serviteur.
4l. A MONSIEUR COEFFETEAU,