‹ Œuvres de Malherbe (volume 3)Chapitre 9 sur 298 · ŒUVRES · texte numérisé non relu

ŒUVRES

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J'ai bien de la peine à vous écrire cette lettre, mon cher coeur, et je m'assure que vous n'en aurez pas moins à la lire. Imaginez-vous, mon âme, la plus triste et la plus pitoyable nouvelle que je saurois vous mander : vous l'entendrez par cette lettre. Ma chère fille et la vôtre,

Lutbx i . — i . Joardaine, la fille dont Malherbe pleure ici la mort, était née le a a septembre i5gi et mourut de la peste en Normandie le a 3 juin 1599, date qui, à un ou deux jours près, doit être celle de la lettre. Mme de Malherbe était alors en Provence. Nous croyons devoir réimprimer ici à sa place cette lettre touchante , que nous ayons déjà donné* au tome I (voyez la Notice f p. xyi). Elle a été publiée pour la j. ornière fois par M. Hauréau, dans le Bulletin des Comités historiques, i85o, tome II, p. i45 et 146, d'après une copie du temps, conservée à la Bibliothèque impériale, dans un manuscrit que nous avons cité plusieurs fois (Papiers Baiuze, n° i33, f°* 3g et 40). L'autographe, qui appartenait probablement au même ma- Duscrit, a figuré le 16 avril 1846 (n° 292 du catalogue) dans tme vente faîte par M. Laverdet. — On peut voir à l'Appendice du tome I, p. 36 1 et 36a, l'épitaphe composée par Malherbe pour sa fille.

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a LETTRES A DIVERS.

notre belle Jordaine, n'est plus au monde. Je fonds en larmes en vous écrivant ces paroles; mais il faut que je les écrive, et faut, mon cœur, que vous ayez l'amertume de les lire. Je possédois cette fille avec une perpétuelle crainte, et m'étoit avis, si j'étois une heure sans la voir, qu'il y avoit un siècle que je ne l'avois vue. Je suis, mon cœur, hors de cette appréhension; mais j'en suis sorti d'une façon cruelle et digne de regrets, s'il en fut jamais une bien cruelle et bien reportable. Je m'étois proposé de vous consoler; mais comme le ferois-je, étant désolé comme je suis? Recevez cet office d'un autre, mon cœur; car de moi1, je ne puis si peu me représenter cet objet et me ressouvenir que je n'ai plus ma très-chère fille, que fc ne perde toutes les^onsidérations qui me devroient donner quelque patie^p^ft ne haïsse tout ce qui me peut diminuer ma douleur. J'ai aimé uniquement ma fille ; j'en veux aimer le regret uniquement. Le mal qui me l'a ôtée ne m'ôtera point le contentement que j'ai de m'en affliger. Mais que fais-je , ma chère âme? je me devrois contenter de ne vous consoler point, sans vous donner, par ces discours si tristes et si mélancoliques, sujet de vous attrister davantage. A la nouveauté de cet accident, un de mes plus profonds ennuis, et qui donnoit à mon âme des atteintes plus vives et plus sensibles, c'étoit que vous n'étiez avec moi pour m'aider à pleurer à mon aise, sachant bien que vous seule, qui m'égaliez en intérêt, me pouviez égaler en affliction. Plût à Dieu, mon cher cœur, que cela eût été! je serois relevé de cette peine de vous écrire de si déplorables nouvelles, et vous hors de ce premier étonnement qui faut1 que les

*. De moi, pour moi. Nous avons remarqué plusieurs fois, dans les tomes précédents, cet emploi de la préposition de. 3. C'est-à-dire: qu'il faut.

Ames les plus roides et les plus dures sentent au premier assaut que leur donne cette douleur. Mais puisqu'il en faut sortir, et que vous différer davantage cette lamentable histoire, c'est différer votre résolution, je vous dirai que le dimanche 4 . . . .

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