L'édition de i63o a venu, sans accord
n8 LETTRES A DIVERS.
à celles qui ^Briment mieux la franchise de mon naturel, et par conséquent vous feront voir plus clairement la sincérité de mon affection. Pour les autres, je les réserve à m'en servir en quelque occasion où il y aura plus à travailler. Mon premier autel est celui du Roi ; vous le voulez bien comme cela, Monseigneur. Le vôtre est le second. Je ne vous dis rien que je ne die en toutes les compagnies où je me trouve, et que je n'écrive à tous ceux à qui j'écris dans les provinces. Je vous envoie des vers que j'ai faits pour Sa Majesté, où j'ai fait quelque mention de vous, petite à la vérité, autant pour votre mérite comme pour mon désir. Mais par cet ouvrage, Monseigneur, vous jugerez de quoi je suis capable. J'ai deux grands ennemis : l'extrémité de ma vieillesse, et le malheur de ma constellation. Pour le premier, il est sans remède ; pour le second, toute mon espérance est eu votre protection. Je la vous demande, Monseigneur, et me la promets, sur la seule assurance qu'il vous a plu de m'en donner. Je vous mets en tête un grand monstre, quand je vous propose ma mauvaise fortune, mais aussi êtes-vous un grand Hercule1. Vous avez vaincu celle de la France, vous viendrez bien à bout de la mienne. Contre celle-là il vous a fallu employer des soins et des veilles, qui ont mis votre santé en danger; contre celle-ci, vous n'avez qu'à lui faire paroître que les traverses qu'elle me donne ne vous plaisent pas. Le moindre signe que vous lui montrerez de votre courroux la mettra en désordre, et lui fera désirer de se réconcilier avec moi. Je vous en supplie très-humblement, Monseigneur, et de croire que si jusques à cette heure je n'ai rien fait qui vous y oblige, ce n'a été qu'à faute d'être en état de ne pouvoir penser qu'à vous. Votre gloire n'est pas un objet où il ne faille que la moitié d'un