LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C
BOVl^STARD SAIHT-6SRMAIK, H* 77
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AVERTISSEMENT
Les œuvres de Malherbe n^ont point été réunies de son imrsnt. La première édition, publiée seulement près de deux ans après sa mort, est de Tannée i63o. Elle contient en un volume in-4^9 ®t sans la moindre note, les traductions du Traiié des Bienfaits j de Sénéque, et du XXXIIP livre de Tite Idve , quatre-vingt-dixsept lettres , et six livres de poésies. De ces écrits les uns avaient été imprimés séparément ou disséminés dans des recueils du temps; les autres étaient inédits. Sept ans plus tard, en 1637, parut la traduction des Epures de Sénéque, qui n'a jamais été jointe aux autres
Le texte de l'édition de i63o fut reproduit fidèlement dans les vingt-huit réimpressions complètes ou partielles que Ton en fit jusqu'en 1723. A partir de cette dernière époque, les traductions furent entièrement laissées de côté et Ton ne réimprima plus que les vers et un choix des lettres.
En 1666, Ménage donna des poésies une édition qu'il
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accompagna de commentaires carieux, mais d^une prolixité pédante, où Ton retrouve les qualités et les défauts du maître de Hme de Sévigné. Il conserva le texte et la division en six livres de l'édition de i63o, et ajouta quelques vers qui n'avaient point encore été recueillis. Son travail fîit réimprimé, pour la sixième et dernière fois, en 1723.
Quatre-vingt-onze ans après Ménage, en 1757, Lefebvre de Saint-Marc publia la seconde édition annotée, et, on peut le dire , la seule édition véritablement critique que Ton possède des poésies de Malherbe. Il ne se borna pas à reproduire le texte de i63o et à le commenter longuement; il le compara soigneusement à celui des recueils de vers et des ouvrages où la plupart des poésies avaient paru antérieurement, et put ainsi relever de nombreuses variantes. Il rejeta avec raison le classement arbitraire suivi jusqu'à lui, rangea autant qu'il put les pièces chronologiquement et en ajouta de nouvelles. Son texte a été depuis adopté dans toutes ou presque toutes les éditions; dans quelquesHines on a préfièré à l'ordre chronologique la division par genres : odes, sonnets, chansons, épigrammes, etc.
Quelque précieux qu'il soit, le résultat des reoherdies de Saint-Marc, qui nous ont été très-utfles, ne saurait aujourd'hui satisfaire les amateurs de notre littérature classique. D'abord une révision des textes était néoetsaire : car, ainsi qu'il Ta reconnu lui-même, il s'est gliasé dans son travail un certain nombre de fautes et d'incorrections; en outre les documents mis au jour depuis une quarantaine d*années permettent maintenant d'an-
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noter les pièces d'une manière plus précise et souvent de leur assigner des dates différentes de celles qu*il leur avait données.
Qu'on nous permette de citer deux exemples à Tappui de ce que nous avançons :
Ménage a le premier réuni aux œuvres de Malherbe on quatrain sur le portrait de Gassandre, maîtresse de Ronsard, et il Ta publié ainsi :
L'art, la nature exprimant, En ce portrait m'a fait telle; Si n'y suis^Jepas si belle Qu'aux écrits de mon amant.
Saint-Marc et tous ses successeurs sans exception ont reproduit Je texte de Ménage. S*ik avaient recouru à rédition de Ronsard, où il a été publié pour la première fois, ils se seraient aperçu que de ces quatre vers deux sont estropiés, et qu'il faut les rétablir ainsi :
L'art, la nature exprimant, En ce portrait me fait belle; Mais si ne suis^fe point telle Qa*aax écrits de mon amant.
Malherbe a adressé Sur un livre de fleurs^ à un peintre nonuné Rabel, un sonnet que Saint-Marc avait placé à Tannée i6o3, parce qu à cette date il avait rencontré dans \tJourwial de P. de TEstoile la mention de la mort d*un peintre nonuné Jean Rabel. Nous avons retrouvé au cabinet des Estampes le livre de fleurs en question. A côté de la signature Daniel Rabel, il porte l'indication de
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Tannée 1624* Nous avons donc pu reculer de vingt ans la date que Saint-Marc avait attribuée à la pièce.
L'édition de Malherbe que nous donnons aujourd'hui sera aussi complète qu'il est possible. Elle comprendra non-seulement tout ce qui se trouve dans l'édition de i63o, mais la traduction des Épîtres de Sénéque, qui n'en faisait point partie, sa correspondance avec Peiresc, Y Instruction à son fils^ un certain nombre de pièces en vers ou en prose et de lettres, inédites ou qui n'avaient point encore été recueillies, et ses commentaires sur Desportes, dont SaintrMarc avait le premier fait connaître des extraits.
Pour les poésies, nous avons adopté le système de Saint-Marc, et nous les avons rangées, autant que nous l'avons pu, par ordre de dates. Le texte en a été collationné soit sur quelques autographes et anciennes copies que nous sommes parvenu à nous procurer, soit sur les imprimés antérieurs à l'édition de i63o. On trouvera au bas des pages les variantes que nous y avons relevées.
Une notice placée en tête de chaque pièce explique où elle a paru pour la première fois, a quelle occasion et vers quelle époque elle a été composée. Enfin les notes sont assez nombreuses pour qu'aucun passage, aucune expression ne puisse arrêter le lecteur.
Quant aux traductions, qui ont une très-grande importance pour l'histoire de notre langue classique, car elles montrent quelle grande part a eue Malherbe à la création de la prose française, nous avons procédé de la même manière. Chacune d'elles est accompagnée d'une notice, et nous avons mis au bas des pages, outre l'indi-
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cation des variantes qni peuvent offrir quelque intérêt, des notes où, sans avoir Fintention de relever toutes les inezactitades et les licences de Finterprétation, nous avons cm devoir signaler quelques-unes de ces infidélités que se permettaient sans scrupule les traducteurs du dixseptième siècle.
La partie la plus curieuse de la correspondance de llalheibe est celle qu'il entretint depuis 1606 jusqu'à sa mort avec le savant Peiresc. Elle offre un véritable intérêt historique et fut publiée pour la première fois en iSaa, d après les originaux conservés à la Bibliothèque impériale. Malheureusement cette édition est bien défectueuse. L'éditeur a d'abord supprimé un certain nombre de lettres ; puis tantôt il a réuni en une seule deux lettres distinctes* tantôt il a retranché ou ajouté des mots et des phrases entières. Les noms propres ont été étrangement défigurés : on a lu Bagarrus pour Bagarris; f^alvez pour F'alavez; Biennes pour Brèues; le comte de la Ceppède pour le président de la Ceppède; Bression pour Bres^ sieu; Pujet pour Puget; Saint-Paul pour Sault; Canos pour Carcesj etc. Le reste du texte n'a pas été plus respecté. A chaque page on trouve des altérations comme celles-ci : Juger fOur penser; impatiente pour importune; pensé pour parlé; enthousiasmé pour embesogné; avec voire ami pour avec votre congé; prison pour preuve; aux Landris pour aux jardins; etc., etc., etc. Tout cela n*est tiré que des trente premières pages, et il 7 en a cinq cents dans le volume, qui contient à peine une quarantaine de notes.
Le texte que nous donnerons de ces lettres sera colla-
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tionné sur les autographes de la Bibliothèque impériale. Pour pouvoir les annoter convenablement, nous avons été à Carpentras consulter les minutes des lettres de Peiresc à Malherbe, et nous ne saurions trop remercier le savant bibliothécaire de cette ville, M. Lambert, de Tobligeance sans égale avec laquelle il nous a facilité notre travail. Ces minutes, dont on n'avait point encore tiré parti, nous ont fourni de précieux renseignements. Dans la même bibliothèque, où nous avons trouvé quelques pièces inédites, nous avons collationné sur le manuscrit original Y Instruction de Malherbe à son fils, éditée il y a dix-sept ans d'après une copie extrêmement fautive de la bibliothèque d'Aix. Enfin une visite aux bibliothèques d'Avignon et de Grenoble nous a procuré deux pièces, non publiées jusqu'à présent, dont nous avons (ait usage dans la Notice biographique.
Le nombre des autres lettres, adressées à Racan, Colomby, Balzac, de Bouillon Malherbe, etc., qui est de quatre-vingt-dix-sept dans l'édition de i63o, sera fort augmenté dans la nôtre, où nous mettrons à profit les publications qui ont été faites depuis une quarantaine d'années par MM. Roux-Alpheran, Miller, Hauréau et Mancel.
Les souscripteurs recevront avec le dernier volume un beau portrait de Malherbe (voyez p. cxxiv), un foc simile de son écriture, ses armoiries, la musique composée pour une de ses pièces par un dé ses contemporains, et une vue de la maison qu'il a habitée à Caen. Nous pouvons dire que rien n'a été ni ne sera négligé pour rendre cette édition digne de la collection dans laquelle elle doit figu-
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rer, et de la place éminente que Blalherbe occupe dans notre littérature.
Sur le titre, au-dessus du nom du signataire de cet aTertisaement, on trouvera celui d'un savant académicien, M. Ad. Régnier : ce ne sera que justice. Il s'est diai^é de diriger la publication de la Collection des grands icrwains de la France^ et je puis affirmer, en ce qui concerne Blalherbe et son éditeur, que ses fonctions n*ont point été une sinécure. Depuis tantôt vingt mois que rimpression a été commencée, sa vigilance ne s'est pas ralentie un instant. Dans cette tâche d'amicale direction et d'attentive révision, il n'a épai^é ni ses soins ni ses conseils, et c'est en grande partie à lui que notre édition sera redevable de l'exactitude et de la correction qui en feront et en doivent faire le principal mérite : aussi je ne &is que payer une dette en consignant ici l'expression de ma bien vive et bien sincère gratitude.
LUD. LALANIfB.
Juin iS6a.
NOTICE BICXÎRAPHIQUE
SUR MALHERBE
François de Malherbe naquit à Caen, en i555, d*nne famille qui posséclait depuis longtemps les premières magistratures de la ville ^ Dès i5i8 on trouve un M* Jean Malherbe, sieur d^Ârry, pourvu de la lieutenance générale du bailli de Gaen, dutfge qu'occupait en 1 533 un autre Jean Malherbe, sieur de Mondreville. Suivant le poète, sa famille se rattachait à la maison de Malherbe Saint«-Aignan ; mais les preuves qu'il en donne en divers endroits de ses écrits ont si peu de valeur qu'il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Le a janvier 1644» une sentence de la Potherie, intendant à Caen, confirmée le 19 sep* tembre 164 5 par arrêt des requêtes de l'Hôtel du Roi, maintint les sieurs de Malherbe en leur noblesse comme sortis de cette antique maison; cependant, en 1666, lors de la recherche de la noblesse faite par Chamillart, ils ne furent point placés dans la classe des anciens nobles, mais seulement dans celle des nobles ayant justifié quatre degrés.
Troisième fils de Guillaume , sieur de Missy , et de Marie d'Elbeuf, François de Malherbe, sieur de Digny, conseiller du Roi au siège présidial de Caen, eut neuf enfants de sa femme Louise le Vallois, fille de Henri, sieur d'Ifs, qu'il avait épousée
I. Hoet, Origines de la pUU de Caen, édition de 1706, p. 364> Voyez k maoïucrit oonterré à la Bibliothèque de Caen, intitolé : Catalogue •Ipka^ique des personnes de Hormandie qui ont été annohUes tant par la Ckartre, des francs^fiefs que depuis iceile, et des anciens nobles qui^ ayant été inquiettez sur leur qualité^ ont été maintenus par arrêt de la Cemr du aides à Rouen (par Ch. de Quens, avocat à Caen et disciple do P. André). — Dana ce manuacrit, la généalogie de la famille de tfalberbe ne oommence qu*en i5i8 aTec Jean Malherbe.
Les armes de la famille étaient d*kermines à sis roses de gueules.