‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 2 sur 259 · X NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

X NOTICE BIOGRAPHIQUE

le i3 juillet 1 554. L'aîné àe tous fut notre poëte, appelé François comme son père^

D'après ce que Malherbe a raconté lui-même, rien ne fut négligé pour son éducation, qui se fit en partie à Caen, en partie à Paris, et qui s'acheva à Tétranger, sous la direction du calviniste normand Richard Dinoth*. De retour dans sa patrie, il ne paraît pas y avoir fait un très-long séjour, car au mois d*aoùt 1 576, à vingt et un ans, et non à dix-sept comme le dit Racan, il quitta la maison paternelle pour n'y revenir qu'en i586.

Quelle fut la cause de ce départ? Les biographes ont tons, on peu s'en faut, adopté la version de Racan. « Son père, dit celui-ci, se fit de la religion, un peu a»ant que de mourir * Son fils eo reçut un si grand déplaisir qu'il se résolut de quitter son pays. > Le père de Malherbe étant mort en 1606, il serait assex difficile d'expliquer comment son abjuration vers 1604 ou i6o5 aurait pu motiver en 1 576 l'éloignemcnt de son fils. De plus, qnoique récemment encore on ait révoqué en doute son chan* gcment de croyance', il nous semble qu'il devait être déjà huguenot quand il confia l'éducation de son fils aîné à Dinodi,

I. Voyec plus bas, p. 333, V Instruction de Malherbe à ton fih.

9. Vovez V Instruction, Tf. 336. c Son père, ani hii dettiooit m ekiiige, cÛtHuet, le fitétuoier dans l'Uniirersité de Carn, où il eut le bonhear d'avoir Ronxel ponr maître dans l'étude de l'éloquence. Il TeuToya ensuite en Allemagne et en Suisse, où il prit à Heidelbcrget à Bile les leçons des plus habiles hommes de ces contrées. Étant de Ktour à Caen, il fit des discours dans les écoles publiques, ayant l'épée an e6té, ce qui n*étoit pas sans exemple. » {Origines de lu nUc de Caen, p. 3640

3. c On a écrit qu'il s'était fait huguenot vers la fin de sa vie, mais le docteur de Cabaignes, son contemporain, ne mentionne point ce fait grave dans l'article biographique sur ce magistrat.... Ainsi ce changement de religion, qui n'est attesté par aucun témoin du même temps, reste dans le domaine de l'inTraisemblance et de Terreur, s (Reeherekes sur la vie de Malherbe et critique de ses etueies^ par M. F. A. de Goumay, Mémoires de l'Académie de Caen, iSSa, p. aSa.) Le médecin Jacques de Cabaignes n'a point écrit une biographie du père de Malherbe. Il a fait son é/oge en une page dans la Première centurie des éloges des citoyens de Caen [Elogiorumeivium Cadomensha» centuria prima), Caen, 1609, in- 4* ; eteneore une partie de cette page est-elle consacrée à la louange dn poète. Le silence du panégyriste ne prouTe donc absolument rien.

SUR MALHERBE. xi

et même quelques années auparavant. Deux registres d'état cml de Vancienne église réformée de Caen, dernièrement découfeits, constatent que « François de Ma1heTi)e, sienr de Digny, conseiller du Roi an siège présidial de Caen, * fut parrain de deux enfants baptisés au temple, Tnn le i** février i566, Fautre trente ans plus tard le i8 février iSgS*. Je ne pense donc pas qu*un dissentiment religieux ait motivé le départ de Malherbe. On pourrait plutôt l'attribuer à son refus de soc* céder à son père dans la charge de conseiller', car il professa dès sa jeunesse pour la carrière de la magistrature un dédain qu*H parvînt à grand*peine à surmonter, à la fin de sa vie, quand il destina son fils Marc-Antoine à devenir conseiller au parlement d'Aix*.

I. Voyez cm article de M. Ch. Read dans la Corretpondanee tUté" mh» éa %S )vm 1860, p. 371 et siiiv. Il 7 a poortuit one difflealté qae je im puis rétondte, furtoat n'avaot pat let docmaenti fons les

Cmx. Soi^ant M. de Goamay (p. aoa], qui ne cite point sa source, père de Malherbe serait inscrit avec sa femme et ses filles, dans les années i593 et 1596, an catalogue des communiants de Pâques en la paroiaae Saint-Étienne de Caen. Si d'un côté, suivant les preseriptioDS fonaelles des synodes, on catholique ne pouvait alors être uar* rain d'un enfant présenté an baptême dans un temple protestant, d'nn asire côté an protestant pou^-ait encore moins oommonier dans ime église catholique. Mais comment était dressée eette liste de communiants? Était-elle bien sincère et bien exacte? N'y a-lpll point qaelqoe crteor de noms ? car la famille et les homonymes de Malherbe éttôent fort nombreux en Normandie. Si c'est bien du père de Ifalhcriw qu'il s'agit et dans le registre et dans le catalogue, le seul moyen de concilier ce double témoignage serait d'admettre que dans les dernières années de sa vie, il était rerenn au catholicisme. Quant an £ût même de sa profession de calrinisme, je crois qu'il est hors de doote.

s. Ce fut le frère puîné de Malherbe , Éléazar, U grand tUaxar^ comme il l'a appelé dans l'épitaphe de M. d'Ifs, qui succéda à son père vers i583. Voyez V Itutruetion, p. 334*

3. Le 14 octobre 1636 (et non 16 16, comme le porte à tort l'imprimé), il écrirait à M. de Mentin : « Vous vous émerveillerez qu'ayant anlrefois si peu estimé la longue robe, je sois à cette heure si afrectienne à la rechercher. Il est vrai qu*en mes premières années, j'y ai eu une très-grande lépuananoe. Mais soit qu'avec plus de temps j'aie éu plus de loisir de considérer les choses du monde, soit que la vieillesse ait de meilletiros pensées que la jeunesse, il s'en faut de beaueoop que je n'en parle comme je faisois en ce temps-là. Je sois bien d'aTÎs que i'épée est la vraie profesôon dn gentilhomme; mais que la

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