‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 112 sur 259 · Voyez dans Brantôme U vie du maréchal de Ternies et · texte numérisé non relu

Voyez dans Brantôme U vie du maréchal de Ternies et

Mais de chercher aux sépultures

Des témoignages de valeur ,

C'est à ceux qui n Wt rien du leur

Estimable aux races futures ;

Non pas à toi, qui revêtu 8 5

De tous les dons que la vertu

Peut recevoir de la Fortune,

Connois que c*est que du vrai bien ,

Et ne veux pas, comme la lune,

Luire d'autre feu que du tien. 90

Quand le monstre inftme d'envie,

A qui rien de Tautrui ne platt,

Tout lâche et perfide qu'il est,

Jette les yeux dessus ta vie.

Et te voit emporter le prix 9 $

Des grands cœurs et des beaux esprits

Dont aujourd'hui la France est pleine.

Est-il pas contraint d'aypuer

Qu'il a lui-même de ta peine

A s'empêcher de te louer ? 100

Soit que l'honneur de la carrière

T'appelle à monter à cheval ,

Soit qu'il se présente un rival

Pour la lice ou pour la barrière ,

Soit que tu donnes ton loisir 1 o5

celle du marchai de Bellegarde. Le premier contribua puntamment an gain de la bataille de Cérisoles, où il fut fait prisonnier

85-90. Voyez, comme contre-partie de ce panégyrique, l'historiette que Tallemant des Réanx a consacrée i Bellegarde.

loi. Carrière, Ce mot se dit, suivant Nicot, c de la course et tirée d*un homme à cheral , soit qu'il joute , soit qu'il coure pour plaisir tant que la longueur d'une haleine ou lice se peut étendre. »

lia POÉSIES, XXVII.

A prendre quelque autre plaisir, Éloigné des molles délices; Qui ne sait que toute la cour , A regarder tes exercices , Comme à des théâtres accourt?

Quand tu passas en Italie,

Où tu fus quérir pour mon roi

Ce joyau d'honneur et de foi,

Dont TAme à la Seine s'allie ;

Téthys ne suivit-elle pas 1 1 5

Ta bonne grâce et tes appas,

Comme un objet émerveillable,

Et jura qu'avecque Jason

Jamais argonaute semblable

N alla conquérir la toison ?

I ao

Tu menois le blond Hyménée,

Qui devoit solennellement

De ce fatal accouplement

Célébrer Theureuse journée.

Jamais il ne hit si paré ; i s 5

Jamais en son habit doré

Tant de richesses n'éclatèrent;

Toutefois les Nymphes du lieu.

Non sans apparence, doutèrent

Qui de vous deux étoit le Dieu. i 3o

De combien de pareilles marques, Dont on ne me peut démentir, Ai-je de quoi te garantir

114. VArne^ l*Amo. Bellegarde avait été envoyé à Florence pour y chercher Marie de Médicit.

Contre les menaces des Parques ?

Si ce n^est qu'un si long discours 135

A de trop pénibles détours ;

Et qu*à bien dispenser les choses ,

Il faut mêler pour un guerrier

A peu de myrte et peu de roses

Force palme et force laurier ? 140

Achille étoit haut de corsage ;

L'or éclatoit en ses cheveux ;

Et les dames avecque vœux

Soupiroient après son visage ;

Sa gloire à danser et chanter , 145

Tirer de Tare, sauter, lutter,

A nulle autre n'étoit seconde ;

Mais s'il n'eût rien eu de plus beau ,

Son nom , qui vole par le monde,

Seroit-il pas dans le tombeau ? 1 5 o

S'il n'eût par un bras homicide,

Dont rien ne repoussoit l'effort,

Sur Ilion vengé le tort

Qu'avoit reçu le jeune Atride ;

De quelque adresse qu'au giron 1 5 5

Ou de Phénix, ou de Chiron,

n eût fait son apprentissage ,

Notre âge auroit-il aujourd'hui

Le mémorable témoignage

Que la Grèce a donné de lui ? 160

C'est aux magnanimes exemples Qui sous la bannière de Mars Sont faits au milieu des hasards.

Qu'il appartient d'avoir des temples :

Malhbbbr. I 8 -

ii4 POÉSIES, XXVII.

Et c^est avecque ces couleurs 1 65

Que riiistoire de nos malheurs

Marquera si bien ta mémoire,

Que tous les siècles à venir

N'auront point de nuit assez noire,

Pour en cacher le souvenir. x 7 o

En ce long temps où les manies

D'un nombre infini de mutins,

Pousses de nos mauvais destins ,

Ont assouvi leurs félonies ,

Par quels faits d'armes valeureux , 175

Plus que nul autre aventureux ,

N'as-tu mis ta gloire en estime?

Et déclaré ta passion ,

Contre l'espoir illégitime

De la rebelle ambition ? i So

Tel que d'un effort difficile

Un fleuve au travers de la mer.

Sans que son goût devienne amer,

Passe d'Elide en la Sicile ;

Ses flots par moyens inconnus 1 8 5

En leur douceur entretenus

Aucun mélange ne reçoivent ;

Et dans Syracuse arrivant

Sont trouvés de ceux qui les boivent

Aussi peu salés que devant : 190

Tel entre ces esprits tragiques ,

1 81-190. Voltaire a imité cette comparaison dans les vers ù connus de la Henriade :

Belle Aréthnse, ainsi ton onde fortunée....

POÉSIES, XXVII. ii5

Ou plutôt démons insensés,

Qui de nos dommages passés

Tramoient les funestes pratiques.

Tu ne t*e8 jamais diverti 1 9 5

De suivre le juste parti ;

Mais blâmant Timpure licence

De leurs déloyales humeurs.

As toujours aimé Tinnocence ,

Et pris plaisir aux bonnes mœurs. a o o

Depuis que pour sauver sa terre,

Mon roi, le plus grand des humains ,

Eut laissé partir de ses mains

Le premier trait de son tonnerre ,

Jusqu'à la fin de ses exploits, a o 5

Que tout eut reconnu ses lois,

A-t-il jamais défait armée,

Pris ville, ni forcé rempart,

Où ta valeur accoutumée

N'ait eu la principale part?

Soit que prés de Seine et de Loire

Il pavât les plaines de morts.

Soit que le Rhône outre ses bords

Lui vit faire éclater sa gloire.

Ne Tas-tu pas toujours suivi ? a 1 5

Ne Tas-tu pas toujours servi?

Et toujours par dignes ouvrages

Témoigné le mépris du sort

Que sait imprimer aux courages

Le soin de vivre après la mort? a a o

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