Voyez dans Brantôme U vie du maréchal de Ternies et
Mais de chercher aux sépultures
Des témoignages de valeur ,
C'est à ceux qui n Wt rien du leur
Estimable aux races futures ;
Non pas à toi, qui revêtu 8 5
De tous les dons que la vertu
Peut recevoir de la Fortune,
Connois que c*est que du vrai bien ,
Et ne veux pas, comme la lune,
Luire d'autre feu que du tien. 90
Quand le monstre inftme d'envie,
A qui rien de Tautrui ne platt,
Tout lâche et perfide qu'il est,
Jette les yeux dessus ta vie.
Et te voit emporter le prix 9 $
Des grands cœurs et des beaux esprits
Dont aujourd'hui la France est pleine.
Est-il pas contraint d'aypuer
Qu'il a lui-même de ta peine
A s'empêcher de te louer ? 100
Soit que l'honneur de la carrière
T'appelle à monter à cheval ,
Soit qu'il se présente un rival
Pour la lice ou pour la barrière ,
Soit que tu donnes ton loisir 1 o5
celle du marchai de Bellegarde. Le premier contribua puntamment an gain de la bataille de Cérisoles, où il fut fait prisonnier
85-90. Voyez, comme contre-partie de ce panégyrique, l'historiette que Tallemant des Réanx a consacrée i Bellegarde.
loi. Carrière, Ce mot se dit, suivant Nicot, c de la course et tirée d*un homme à cheral , soit qu'il joute , soit qu'il coure pour plaisir tant que la longueur d'une haleine ou lice se peut étendre. »
lia POÉSIES, XXVII.
A prendre quelque autre plaisir, Éloigné des molles délices; Qui ne sait que toute la cour , A regarder tes exercices , Comme à des théâtres accourt?
Quand tu passas en Italie,
Où tu fus quérir pour mon roi
Ce joyau d'honneur et de foi,
Dont TAme à la Seine s'allie ;
Téthys ne suivit-elle pas 1 1 5
Ta bonne grâce et tes appas,
Comme un objet émerveillable,
Et jura qu'avecque Jason
Jamais argonaute semblable
N alla conquérir la toison ?
I ao
Tu menois le blond Hyménée,
Qui devoit solennellement
De ce fatal accouplement
Célébrer Theureuse journée.
Jamais il ne hit si paré ; i s 5
Jamais en son habit doré
Tant de richesses n'éclatèrent;
Toutefois les Nymphes du lieu.
Non sans apparence, doutèrent
Qui de vous deux étoit le Dieu. i 3o
De combien de pareilles marques, Dont on ne me peut démentir, Ai-je de quoi te garantir
114. VArne^ l*Amo. Bellegarde avait été envoyé à Florence pour y chercher Marie de Médicit.
Contre les menaces des Parques ?
Si ce n^est qu'un si long discours 135
A de trop pénibles détours ;
Et qu*à bien dispenser les choses ,
Il faut mêler pour un guerrier
A peu de myrte et peu de roses
Force palme et force laurier ? 140
Achille étoit haut de corsage ;
L'or éclatoit en ses cheveux ;
Et les dames avecque vœux
Soupiroient après son visage ;
Sa gloire à danser et chanter , 145
Tirer de Tare, sauter, lutter,
A nulle autre n'étoit seconde ;
Mais s'il n'eût rien eu de plus beau ,
Son nom , qui vole par le monde,
Seroit-il pas dans le tombeau ? 1 5 o
S'il n'eût par un bras homicide,
Dont rien ne repoussoit l'effort,
Sur Ilion vengé le tort
Qu'avoit reçu le jeune Atride ;
De quelque adresse qu'au giron 1 5 5
Ou de Phénix, ou de Chiron,
n eût fait son apprentissage ,
Notre âge auroit-il aujourd'hui
Le mémorable témoignage
Que la Grèce a donné de lui ? 160
C'est aux magnanimes exemples Qui sous la bannière de Mars Sont faits au milieu des hasards.
Qu'il appartient d'avoir des temples :
Malhbbbr. I 8 -
ii4 POÉSIES, XXVII.
Et c^est avecque ces couleurs 1 65
Que riiistoire de nos malheurs
Marquera si bien ta mémoire,
Que tous les siècles à venir
N'auront point de nuit assez noire,
Pour en cacher le souvenir. x 7 o
En ce long temps où les manies
D'un nombre infini de mutins,
Pousses de nos mauvais destins ,
Ont assouvi leurs félonies ,
Par quels faits d'armes valeureux , 175
Plus que nul autre aventureux ,
N'as-tu mis ta gloire en estime?
Et déclaré ta passion ,
Contre l'espoir illégitime
De la rebelle ambition ? i So
Tel que d'un effort difficile
Un fleuve au travers de la mer.
Sans que son goût devienne amer,
Passe d'Elide en la Sicile ;
Ses flots par moyens inconnus 1 8 5
En leur douceur entretenus
Aucun mélange ne reçoivent ;
Et dans Syracuse arrivant
Sont trouvés de ceux qui les boivent
Aussi peu salés que devant : 190
Tel entre ces esprits tragiques ,
1 81-190. Voltaire a imité cette comparaison dans les vers ù connus de la Henriade :
Belle Aréthnse, ainsi ton onde fortunée....
POÉSIES, XXVII. ii5
Ou plutôt démons insensés,
Qui de nos dommages passés
Tramoient les funestes pratiques.
Tu ne t*e8 jamais diverti 1 9 5
De suivre le juste parti ;
Mais blâmant Timpure licence
De leurs déloyales humeurs.
As toujours aimé Tinnocence ,
Et pris plaisir aux bonnes mœurs. a o o
Depuis que pour sauver sa terre,
Mon roi, le plus grand des humains ,
Eut laissé partir de ses mains
Le premier trait de son tonnerre ,
Jusqu'à la fin de ses exploits, a o 5
Que tout eut reconnu ses lois,
A-t-il jamais défait armée,
Pris ville, ni forcé rempart,
Où ta valeur accoutumée
N'ait eu la principale part?
Soit que prés de Seine et de Loire
Il pavât les plaines de morts.
Soit que le Rhône outre ses bords
Lui vit faire éclater sa gloire.
Ne Tas-tu pas toujours suivi ? a 1 5
Ne Tas-tu pas toujours servi?
Et toujours par dignes ouvrages
Témoigné le mépris du sort
Que sait imprimer aux courages
Le soin de vivre après la mort? a a o