‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 113 sur 259 · Diverti^ détourné · texte numérisé non relu

Diverti^ détourné

it6 POÉSIES, XXVII.

Mais quoi? ma barque vagaboncle

Est dans les Syrtes bien avant ;

Et le plaisir la décevant

Toujours l'emporte au gré de Tonde.

Bellegarde , les matelots a a 5

Jamais ne méprisent les flots,

Quelque phare qui leur éclaire ;

Je ferai mieux de relâcher,

Et borner le soin de te plaire ,

Par la crainte de te fâcher. « So

L'unique but où mon attente

Croit avoir raison d'aspirer,

C'est que tu veuilles m'assurer

Que mon offirande te contente;

Donne-m'en d'un clin de tes yeux 9 15

Un témoignage gracieux ;

Et si tu la trouves petite,

Ressouviens-toi qu'une action

Ne peut avoir peu de mérite,

Ayant beaucoup d'afTection. 940

Ainsi de tant d'or et de soie

Ton âge dévide son cours ,

Que tu reçoives tous les jours

Nouvelles matières de joie ;

Ainsi tes honneurs florissants, 945

De jour en jour aillent croissants ,

Malgré la fortune contraire ;

Et ce qui les fait trébucher ,

De toi ni de Termes ton frère

349. César- Auguste de Saiiit-I^ri, baron de Termes, tué au siège de Clérac le aa juillet 163 1.

Ne puisse jamais approcher.

Quand la faveur à pleines voiles ,

Toujours compagne de vos pas ,

Vous feroit devant le trépas

Avoir le front dans les étoiles ,

Et remplir de votre grandeur a 5 5

Ce que la terre a de roudeur ,

Sans être menteur, je puis dire

Que jamais vos prospérités

N'iront jusques où je désire ,

Ni jusques où vous méritez. a 6 o

A U fin c*e8t trop de silence

En tî beau sujet de parler;

Le mérite qu*on yent celer

Souffre une injuste riolence.

Bellegarde, unique support 5

Oà mes vœux ont trouvé leur port,

Que tarde ma paresse ingrate,

Que déjà ton bruit nonpareil

An bord du Tage et de TEuphrate

N*a TU Tnn et Tautre soleil? i o

Les Muses hautaines et braves

Tiennent le flatter odieux ;

Et comme parentes des Dieux

Ne parlent jamais en esclaves :

Mais aussi ne sont-elles pas i 5

De ces beautés dont les appas

Ne sont que rigueur et que glace,

Et de qui le cerveau léger,

Quelque service qu'on leur fasse ,

Ne se peut jamais obliger. a o

ii8 POÉSIES, XXVII.

La Tertu, qui de leur étude

EUt le fruit le plus précieux,

Sur tous les actes -vicieux

Leur fait haîr l'ingratitude;

Et les agréables chansons ^ 5

Par qui leurs doctes nourrissons

Savent charmer les destinées,

Récompensent un bon accueil

De louanges que les années

Ne mettent point dans le cercueil. 3o

Les tiennes yiyront, je le jure

Touchant de la main à Tautel,

Sans que jamais rien de mortel

Ait pouvoir de leur faire injure;

Et l'éternité que promet 3 5

La montagne au double sommet

N'est que mensonge et que fumée,

Ou je rendrai cet univers

Amoureux de ta renommée

Autant que tu l'es de mes vers. 4 o

Comme en cueillant une guirlande

On est d'autant plus travaillé

Que le parterre est émaillé

D'une diversité plus grande,

Tant de fleurs de tant de côtés 4 5

Faisant paroître en leurs beautés

L'artifice de la nature.

Que les yeux troublés de plaisir

Ne savent en cette peinture

Ni que laisser ni que choisir : 5 o

Ainsi quand pressé de la honte

Dont me fait rougir mon devoir,

Je veux une œuvre concevoir

Qui pour toi les âges surmonte.

Tu me tiens les sens enchantés 5 s

De tant de rares qualités

Où brille un excès de lumière.

Que plus je m'arrête à penser

Laquelle sera la première.

Moins je sais par où commencer. 60

Par combien de semblables marques

Dont on ne peut me démentir,

Ai-je de quoi te garantir

Contre les outrages des Parques?

Mais des sujets beaucoup meilleurs 6 5

Me font tourner ma route ailleurs.

Et la bienséance des choses

M*aTertit qu*il faut qu*un g[uerrier

En sa couronne ait peu de roses

ATccque beaucoup de laurier. 7 o

Achille étoit haut de corsage,

L*or éclatoit en ses cheveux,

Et les femmes avec des yœux

Soupiroient après son visage;

Sa gloire à danser et chanter, 7 s

Tirer de Tare, sauter, lutter,

A nulle autre n'étoit seconde ;

Mais s*il n'eût rien eu de plus beau.

Son nom qui vole par le monde

FÂt-il pas clos dans le tombeau? g o

Cest aux magnanimes exemples

Qui dessus la scène de Mars

Sont faits an milieu des hasards,

Qu*il appartient d*ayoir des temples ;

Et c'est là que je veux trouver 8 5

De quoi si dignement graver

Les monuments de ta mémoire.

Que tous les siècles à venir

N'auront point de nuit assez noire

Pour en cacher le souvenir. 9 o

En ce long temps où les manies

D'un nombre infini de mutins

Poussés de nos mauvais destins

Ont assouvi leurs tyrannies.

Qui se peut vanter comme toi 9 5

D'avoir toujours gardé sa foi

Hors de soupçon comme de crime?

Et d'une forte passion

Hai l'espoir illégitime

De la rebelle ambition ? i o o

lao POÉSIES, XXVII.

Tel que d*iiii effort difficile

Un fleoTe par-deisons la mer,

Sans que son flot derienne amer,

Pa«se de Grèce en h Sicile;

n ne lait loi-mème comment 1^5

n peut couler si nettement ,

Et sa fngitiTe Aréthnae,

Coutomière à le mépriser,

De ce miracle est si conliise

Qu'elle s'accorde à le baiser: j j ^

Tel entre ces esprits tragiques,

On plutôt démons insensés ,

Qui de nos dommages passés

Tramoient les funestes pratiques ,

Tu ne t'es jamais direrti 1,5

De suivre le juste parti,

Mais blâmant l'impure licence

De nos déloyales bumeurs,

As toujours aimé l'innocence

Et pris plaisir aux bonnes mœurs. i , «

Si nommer en son parentage

Une longue suite d'aïeux

Que la gloire a mis dans les eieux.

Est réputé grand avantage ,

A qui peut-il être inconnu ,25

Que toujoun les tiens ont tenu

Les charges les plus bonorables

Qu'espèrent ayecque raison

Sons des monarques favorables

Ceux qui sont ^l'illustre maison? i 3 o

Qui ne sait de quelles tempêtes Leur fatale main autrefois.

Portant la foudre de nos rois , Des Alpes a battu les têtes?

Qui n'a vu dessous les combats i^%

Le Pô mettre ses cornes bas?

Et les peuples de ses deux rives ^ Dans la frayeur ensevdis.

Laisser leurs dépouilles captives

A la merci des fleurs de lis? 140

POÉSIES, XXVII. lai

Mais de chereher aux lépultiires

Des témoignages de Taleur,

C*est 4 ceux qui n'ont rien du leur

Estimable aux races (utores,

Non pas à toi qoi rerétu 145

De tons les dons que la yertu

Peut reoeroir de la Fortune,

Gonnois ce qui Traiment est bien.

Et ne yeux pas, comme la lune.

Luire d'autre feu que du tien. 1 5o

Quand le monstre inOlme d'envie,

A qui rien de l'autrui ne plah,

Tout lAcbe et peifide qu'il est,

Jette les yeux dessus ta vie,

Et voit qu'on te donne le prix 155

Des beaux cœurs et des beaux esprits

Dont aujourd'hui la France est pleine, ^

N'est-il pas contraint d'avouer

Qu'il a lui-même de la peine

A s'empêcher de te louer? 160

De quelle adresse incomparable

Ce que tu fkb n'est-il réglé?

Qui ne voit s'il n'est aveuglé

Que ton discours est admirable?

Et les charmes de tes bontés 1 65

N'ont-ils pas sur les volontés

Une si parfidte puissance,

Qu'une Ame ne peut éviter

D'être sous ton obéissance.

Quand tu l'en veux solliciter? 170

Soit que l'honneur de la cairière

T'appelle à monter à cheval.

Soit qu'il se présente un rival

Pour la lice ou pour la barrière,

Soit que tu donnes ton loisir 175

A faire en quelque autre plaisir

Luire tes grâces nonpareilles ,

Voit-on pas que tonte la cour

Aux spectaelrâ de tes merveilles

Gomme à des théâtres aocourt? 180

laa POÉSIES, XXYII.

Quand il a fidlu par les armes

Venir à l'essai glorieux

De réduire ces furieux

ÀTengl^ d*appas et de charmes,

Qui plus heureusement a mis 1 8 5

La honte an front des ennemis?

Et par de plus dignes ouTiages

Témoigné le mépris du sort.

Dont sollicite les courages

Le soin de TÎ^re après la mort? 190

Dreux sait bien avec qudk audace

n yit au haut de ses remparts

Ton glaire craint de toutes paris

Se fiûre abandonner la place.

Et sait bien que les assiégés 195

En péril extrême rangés

Tenoient dëjà leur perte sàre.

Quand demi-mort, par le défiint

Du sang yersé d'une blessure.

Tu fus remporté de l'assaut. a 00

La défense TÎctoriease

D'un petit nombre de maisons.

Qu'à peine aroit clos de gaions

Une hite peu curieuse;

Un camp Tenant pour te forcer, « o 5

Abattu sans se redresser.

Et le repos d'une proyinoe

Par un même effet rétabli,

Au gré des sujets et du Prince,

Sont-ce choses dignes d'oubli? a i o

Sous la canicule enflammée

Les blés ne sont point aux sillons

Si nombreux que les bataillons

Qui fourmilloient en cette aimée,

Et si la fureur des Titans a i S

Par de semblables combattants

Eût présenté son escalade.

Le ciel avoit de quoi douter

Qu'il n'eût yu régner Encelade

En la place de Jupiter. a a o

POÉSIES, XXVII. ia3

Qui ren Tépaisseur d*aii bocage

A TU se retirer des lotips

Qa*im berger de cris et de conps

A repousses de son herbage ,

n a TU ces désespérés a a 5

Par ta gloire déshonorés

S*en rerenir en leur tranchée,

Et ne rester de leurs efforts

Que toute la terre jonchée

De leurs blessés et de leurs morts. a 3 o

La paix qui neuf ans retirée,

Faisoit la sourde à nous ouïr,

A la fin nous laissa jouir

De sa présence desii^te.

Au lieu du soin et des ennuis 9 35

Par qui nos jours sembloient des nuits,

L*Age d'or revint sur la terre,

Les délices eurent leur tour.

Et mon roi lassé de la guerre

Mit son temps à faire Tamour. 940

Le nom de sa chaste Ifane

Le traraiUoit d'une langueur

Qu'il pensoit que pour sa longueur

Jamais il ne verroit guérie,

Et bien que des succès heureux 9 45

De ses combats aventureux

Toute l'Europe sût l'histoire,

n croyoit en sa royauté

N'avoir rien, s'il n'avoit la gloire

De posséder cette beauté. > 5 o

Elle auparavant invincible

Et plus dure qu'un diamant,

S'apercevoit que cet amant

La faisoit devenir sensible.

Les doutes que les femmes font 9 5 5

Et la conduite qu'elles ont

Plus discrète et plus retenue,

Contre sa flamme combattant,

Faisoit qu'elle étoit moins connue,

Mais elle étoit grande pourtant. 960

En l*heui«uz sein de la Toicaiie,

Diane aux pmbres de ses bois

La nouimioit desaous ses lois,

Qui n*enseignent rien de profane.

Tandis le temps faisoit mûrir 9 6 5

Le dessein de l'aller qnerir,

Et ne restoit plus que d*élire

Celui qui seroit le Jason

Digne de faire à cet empire

Voir une si belle toison. a 7 u

Tu vainquis en cette dispute ,

Aussi plein d*aise dans le cœur

Qn*à Pise jadis un vainqueur

On de la course ou de la lutte;

Et parus sur les poursuivants 3^5

Dont les vœux trop baut s^élevants

Te donnoient de la jalousie.

Comme dessus des arbrisseaux

Un de ces pins de Silésie

Qui font les mâts de nos vaisseaux. a 8 «

Quelle prudence inestimable

Ne fis-tu remarquer alors?

Quels ornements d*âme et de corps

Ne te firent trouver aimable?

Téthys, que ta grâce ravit, a g 5

Pleine de flamme te suivit

Autant que dura ton passage ,

Et l*Amo cessa de couler.

Plein de bonté qu'en son rivage

n n'avoit de quoi l'égaler. 390

Tu menois le blond Hyménée,

Qui devoit solennellement

De ce fatal accouplement

Célébrer l'beureuse journée.

Jamais il ne fut si paré, a 9 5

Jamais en son babil doré

Tant de richesses n'éclatèrent;

Toutefois les Nymphes du lieu

Non sans apparence doutèrent

Qui de vous deux étoit le Dieu. 3 o o

POÉSIES, XXVÏI. laS

Mais quoi? ma barque yagabonde

Eat dans les Syites bien avant ;

Et le plaisir la décerant

Toujours la pousse au gré de Tonde.

Bellegarde, les matelots 3 o 5

Jamais ne méprisent les flots^

Quelque pbare qui leur éclaire ;

Je ferai mieux de relâcher.

Et borner le soin de te plaire

Par la crainte de te f&cber. Sic

Tonte la gloire où mon attente

Croit avoir raison d'aspirer,

Cest qu'il te plaise m'assurer

Que mon ofFrande te contente.

Donne-m'en d'un clin de tes yeux 3 i 5

Un témoignage gracieux ,

Et si tu la trouves petite.

Considère qu'une action

Ne peut avoir peu de mérite

Ayant beaucoup d'alTection. 3 3 o

Ainsi toujours d'or et de soie

Ton âge dévide son cours ;

Ainsi te naissent tous les jours

Nouvelles matières de joie,

Et les foudres accoutumés 3 a 5

De tous les traits envenimés

Que par la fortune contraire

L'ire du ciel fait décocher.

De toi, ni de Termes ton frère,

Ne puissent jamais approcher. 3 3 o

/ Quand la faveur à pleines voiles. Toujours compagne de vos pas.

Vous feroit devant le trépas Avoir le firont dans les étoiles.

Et remplir de votre grandeur 33 5

Ce que la terre a de rondeur.

Sans être menteur je puis dire Que jamais vos prospérités N'iront jusques où je désire, Ni jusques où vous méritez. 340

fkS POÉSIES, XXVIIl.

a monsieur de fleuralfce, sur son art

d'embellir.

sonner.

Cette pièce te tronTe en tAte du lÎTre intxtnlé : T^rt tTemèeWr^ tiré du sens de ce sacré Paradoxe : La sagesse de la personne embellit sa fiioe , étendu en toute sorte de Beauté et es moyens de faire que le corps retire en effet son embellissement des belles qualités de l'Ame, Par le sieur de Flnranoe Rivault. A Paris, chez Julien Bertaaty 1608. — David de Rivault , sieur de Fluranoe, né à Laval ou dans les environs, vers 1571, mort à Tours au mois de janvier ifiiB, fut successivement sous-précepteur, lecteur aux mathématiques, puis précepteur de Louis Alii, et conseiller d'État. Le plus connu de ses ouvrages a pour titre : les Élémens d'artillerie, 9* édition, 1608, in-8.

Caliste est la vicomtesse d*Auchy, dont nous allons parler à la page ia8.

Le sonnet est irrégulier (voyez la notice de la pièce xxv).

Voyant ma Caliste si belle , Que ron n'y peut rien désirer , Je ne me pouvoîs figurer Que ce îtx chose naturelle.

J'ignorois que ce pouvoit être 5

Qui lui coloroit ce beau teint, Où l'Aurore même n'atteint Quand elle commence de naître.

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