‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 154 sur 259 · POUR UNE FONTAINE · texte numérisé non relu

POUR UNE FONTAINE

c Pai onl dire à M. du Casse, lieutenant général de Laitoore (Leetoure), rapporte Ménage, qu'il y a auprès de Laitoure une maison de campagne où ces vers sont gravés au pied d'une fontaine, d'un caractère qui paroît ancien, et que la commune créance du pays est qu'ils sont de du Bartas, et que du Bartas les fit en faveur de sa sœur, à qui cette maison appartenoit. Mais j'ai ou! dire aussi à Mme la marquise de Rambouillet, que Malherbe les avoit faits i sa prière pour la fontaine de l'hôtel de Rambouillet , où ils furent gravés lorsque cette fontaine fut revêtue de pierres la première fois. Malherbe étoit l'homme du monde le moins plagiaire : et d'un autre côté ces vers sont plus élégants que ni le siècle ni le style de du Bartas ne le comportent, n ne faut donc point douter que ces vers ne soient de Malherbe. Et puisqu'ils se trouvent gravés au pied de la fontaine de cette maison de campagne dont nous venons de parler, il faut croire que quelqu'un lés y a fait graver depuis que Malherbe les fit, il y a plus de soixante ans (c. à d. vers 1606), pour la fontaine de l'hôtel de Rambouillet, comme on les a fait graver depuis peu au pied d'une fontaine du couvent des capucins de la ville d'Angers, s

Cette inscription parut pour la première fois, non pas en 1627, comme le dit Saint-Marc, mais en 161 5, dans les DêUees de la poésie

'ramcoue.

Vois- tu, passant, couler cette onde, Et s écouler incontinent?

Ainsi fuit la gloire du monde; Et rien que Dieu n^est permanent.

Malhbubb. x 5

aa6 POÉSIES, LXXI.

CHARSOir.

Cette chanson y imprimée en i6i5 dans le tome II des DéÛces Je la poésie francoise, et en i63o dans \e Recueil des plut beaux vers, a été pour la première fois jointe par Saint-Marc aux œuvres de Malherbe.

Sus debout la merveille des belles ,

Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail , dont la vive peinture Défend à Tart d'imiter la nature.

L'air est plein d une haleine de roses , 5

Tous les vents tiennent leurs bouches closes ,

Et le soleil semble sortir de Tonde

Pour quelque amour , plus que pour luire au monde.

On diroit, à lui voir sur la tête

Ses rayons comme un chapeau de fête , i o

Qu'il s'en va suivre en si belle journée Encore un coup la fille de Pénée.

Toute chose aux délices conspire ,

Mettez-vous en votre humeur de rire; Les soins profonds d'où les rides nous viennent, 1 5 A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.

Il fait chaud , mais un feuillage sombre

la. Daphné, fille du Pénée, fleuve de la Tliessalie.

POÉSIES, LXXI. a27

Loiu du bruit nous fournira quelque ombre , Où nous ferons parmi les violettes Mépris de lambre et de ses cassolettes. a o

Près de nous sur les branches voisines

Des genêts , des houx et des épines , Le rossignol déployant ses merveilles , Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être à travers des fougères a 5

Verrons-nous de bergers à bergères Sein contre sein, et bouche contre bouche, Naître et finir quelque douce escarmouche.

C*est chez eux qu*Amour est à son aise ,

Il y saute, il y danse, il y baise, 3o

Et foule aux pieds les contraintes serviles

De tant de lois qui le gênent aux villes.

O qu^un jour mon ftme auroit de gloire

D'obtenir cette heureuse victoire, Si la pitié de mes peines passées 3 r>

Vous disposoit à semblables pensées !

Votre honneur, le plus vain des idoles.

Vous remplit de mensonges irivoles.

Mais quel esprit que la raison conseille , S'il est aimé, ne rend point de pareille? 4 «

aa8 POÉSIES, LXXII.

RiciT d'un berger au ballet de madame y

PRiircESSE d'espaghe.

On dansa oe ballet le 19 mars 161 5, dans la grande saUe de Bourbon, lorsque Louia XIQ se disposait i partir pour Bordeaux, avec sa sœur Elisabeth et sa mère, i Toccasion des mariages dont il a été déjà parié (yoyez la notice de la pièce lviu). Les yen de Malherbe parurent d'abord en feuille volante. J'en ai trouvé à la Bibliothèque impériale un exemplaire formé de 4 p^^ in-4** <^ intitulé : Récit d'un Berger sur les aUianees de France ei d'Espagne. Cet exemplaire diffère notablement de celui que Saint-Marc a eu entre les mains et où il n*a signalé qu'une seule variante (vers 7-9).

De plus, le ballet fut imprimé deux fois en 161 5. Je n'ai pu me procurer que la seconde édition intitulée : Description du ballet de Madame^ sœur aînée du Roi. A Lyon, pour François Yvrad , pris sur la copie imprimée à Paris, avec Privilège du Roy. MDCXV , 3a p. in-8<*. On y raconte que le Roi et sa mère choisirent, entre tous les projets de ballet qui leur furent présentés , celui du sieur Durand , contrôleur provincial des guerres, c comme .^. se rapportant le plus à la condition et qualité de Madame, qu'il faisoit être une Minerve, et tout le ballet un triomphe qu'elle £ûsoit d'avoir captivé le Prince d'Espagne à qui elle étoit promise.... Puis Sa Majesté envoya quérir le s' Malherbe, comme celui à qui les plus beaux esprits de la France défirent, pour le faire communiquer avec ledit Durand , prendre l'ordre du ballet de lui et travailler ensemble aux vers qu'il y faudroit réciter. » — Des huit pièces de vers intercalées dans le ballet cinq sont de Durand, deux de Bordier. Une seule (celle que nous donnons ici) est de Malherbe. Elle fut récitée dans les circonstances suivantes : A la suite d'un ballet dansé par deux jeunes filles parut sur la scène « un bei^er qui étoit le sieur Marais, homme d'armes de la compagnie de Monsieur le Grand, lequel comme remenant ses troupeaux en l'étable an couchant du soleil, sortit des bois en chantant et alla jusque devant Leurs Majestés, toujours récitant les vers faits par le sieur Malherbe. •

Racan a raconté à Ménage que le poëte, sur la fin de ses jours, c préféroit cette pièce à toutes ses autres. »

Houlette de Louis» houlette de Marie, Dont le fatal appui met notre bei^erie

Hors du pouvoir des loups, Vous placer dans les cieux en la même contrée

Des balances d'Astrée , 5

Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous-?

Vos pénibles travaux, sans qui nos pâturages, Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages,

S en aUoient désolés, Sont-ce pas des effets que même eu Arcadie, i o

Quoi que la Grèce die, Les plus fameux pasteurs n'ont jamais égalés?

Voyez des bords de Loir^, et des bords de Garonne, Jusques à ce rivage où Téthys se couronne

De bouquets d'orangers , 1 5

A qui ne donnez- vous une heureuse bonace.

Loin de toute menace Et de maux intestins , et de maux étrangers?

5. Asirée^ la Vierge du zodiaque, représentée ordinairement aveo des épis dans une main, et une palme ou une balance dans l'autre. 7-9. Vaa. (exemplaire de Saint-Marc) :

.... par qui nos pâturages Sont encore en leur gloire, en dépit des orages Qui les ont désolés.

Cette strophe manque dans la feuille Tolante. i3-i5. Vab. (Description du baiiet) :

Voyons du bord de Loire et du bord de Garonne Jusqu'à ce beau rivage....

Et dans la feuiUe volante :

Voyons depuis où Loire entre an sein de Nérée Jusqu'où les flots du Var ont leur rive parée De forêts d'orangers.

i8. Vab. (feuille volante) : Et de feux intestins....

a3o POÉSIES, LXXII.

Où ne voit-on la paix comme un roc affermie ,

Faire à nos Géryons détester Tinfamie a u

De leurs actes sanglants?

Et la belle Gérés en javelles féconde

Oter à tout le monde La peur de retourner à Tusage des glands?

Aussi dans nos maisons , en nos places publiques , 1 5 Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques

De peuples réjouis; Et que lastre du jour ou se lève ou se couche ,

Nous n avons en la bouche Que le nom de Marie, et le nom de Louis. 3o

Certes une douleur quelques âmes afflige, Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige

Soit prêt à nous quitter; Mais quoi qu'on nous augure et qu'on nous fasse craindi^e,

Elize est-elle à plaindre 3 5

D un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?

Le jeune demi-dieu qui pour elle soupire.

3 1-36. CeUe strophe est ainsi dans la feuille volante :

Certes un déplaisir quelques âmes étonne De voir qu*à nos voisins notre Élize se donne

Et nous veuille quitter; Mais quoi qu*on se figure et qu'on nous fasse craindre,

Quelqu'un la peut-il plaindre De ce que tous nos vœux lui doivent souhaiter?

33, 34<> Var. {Description du Mlet) :

S'apprête à nous quitter; Mais quoi qu'on nous figure....

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