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a Malherbe, dit Ménage, fit cette chanson et la saiTante pour M. de Bellegarde, qui étoit amoureux d*une dame de la plus haute condition qui fût en France, et même dans l'Europe, » c'est-à-dire d'Anne d'Autriche, c Ce fut son dernier amour, raconte Tallemant (Historiette de M, de Bellegarde). Il disoit quasi toujours : c Ahl je suis mort! » On dit qu'un jour, comme il lui demandoit ce qu'elle feroit à un homme qui lui parleroit d'amour : c Je le tuerois, dit-elle. — Ah ! je a suis mort! > s'écria-t-il. » — Cest le refrain de la chanson de Malherbe.
Les deux pièces ont été sans aucun doute composées à la même époque. On pourrait donc les dater de 16^3, si la seconde était la chanson de 4^ 'v^n dont parle assez mystérieusement Malherbe dans une lettre à Racan du 4 novembre de cette année. Elles ont été imprimées pour la première fois en i63o.
Mes yeux, vous m'êtes superflus ; Cette beauté qui m'est ravie Fut seule ma vue et ma vie, Je ne vois plus, ni ne vis plus.
Qui me croit absent, il a tort, S
Je ne le suis point, je suis mort.
O qu'en ce triste éloignement, Où la nécessité me traîne ,
ayA POÉSIES, CVII. .
Les Dieux me témoignent de haine, Et m^affligent indignement !
Qui me croit absent, il a tort,
Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleur
Dont mon âme ne soit percée ?
Et quelle tragique pensée 1 3
N'est point en ma pftle couleur?
Qui me croit absent, il a tort.
Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où Ton peut m* écouter,
J'ai des respects qui me font taire; lo
Mais en un réduit solitaire
Quels regrets ne fais-je éclater ?
Qui me croit absent, il a tort,
Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste liberté a 5
Ne prennent mes pleurs et mes plaintes. Quand je puis trouver à mes craintes Un séjour assez écarté?
Qui me croit absent, il a tort.
Je ne le suis point, je suis mort. Zu
Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable aventure, Qu'ils pensent à ma sépulture :
C'est tout ce de quoi j'ai besoin.
Qui me croit absent, il a tort, 3 s
Je ne le suis point, je suis mort.
POÉSIES, CVIII. agS
CHAKSOir.
Voyez la notice de la pièce précédente.
C'est assez, mes désirs, qu'un aveugle penser Trop peu discrètement vous ait fait adresser
Au plus haut objet de la terre ; Quittez cette poursuite, et vous ressouvenez
Qu^on ne voit jamais le tonnerre $
Pardonner au dessein que vous entreprenez..
Quelque flatteur espoir qui vous tienne enchantés , Ne connoissez-vous pas qu'en ce que vous tentez ,
Toute raison vous désavoue?
Et que vous allez faire un second Ixion , i o
Cloué là-bas sur une roue , Pour avoir trop peimis à son affection ?
Bornez- vous, croyez-moi, dans un juste compas , Et fuyez une mer, qui ne s'irrite pas
Que le succès n'en soit funeste ; 1 3
Le calme jusqu'ici vous a trop assurés;
Si quelque sagesse vous reste , Connoissez le péril , et vous en retirez.
Mais, 6 conseil infâme, ô profanes discours,
II. L'édition de i63o et toutes celles qui sont antérieures à Ménage portent le has^ ce qui est éyidemment une faute d'impression.
%gfi • POÉSIES, CVIIL
Tenus indignement des plus dignes amours s'i
Dont jamais âme fut blessée; Quel excès de frayeur m'a su faire goûter
Cette abominable pensée, Que ce que je poursuis me peut assez coûter?
D^où s'est coulée en moi cette Iftche poison, a 5
D'oser impudenmient faire comparaison
De mes épines à mes roses?
Moi de qui la fortune est si proche des cieux.
Que je vois sous moi toutes choses , Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux. 3o
Non, non, servons Ghrysanthe, et sans penser à moi. Pensons à l'adorer d'une aussi ferme foi
Que son empire est légitime ; Exposons-nous pour elle aux injures du sort ;
Et s'il faut être sa victime 3 >
En un si beau danger, moquons-nous de la mort.
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités, Font dessus leurs tombeaux graver des qualités ,
D'où à peine un Dieu seroit digne; Moiy pour un monument et plus grand et plus beau, 4»
Je ne veux rien que cette ligne :
« L'exemple des amants est clos dans ce tombeau. »
36. Suivant Ménage, Malherbe avait mis d^abord : En si »of»i^ danger^ et ce fut M. de Bellegarde qui lui fit faire le changement.
39. Encore on hiadif . Il se trouTe dans les éditions antérieures * Ménage^ qui a corrigé et mis doni.
POUR LA GUÉRISON DE GHRTSAlfTHE.
8TASCB0.
Chrysanthe, c'est-à-dire Anne d'Autriche , est le nom de Théroîne des deux pièces précédentes. Le même nom désigne-t-il ici la même personne? cela est possible, mais c'est tout ce cpie j'en puis dire. — Ces stances ont été imprimées pour la première fois dans l'édition de i63o.
Les destins sont vaincus, et le flux de mes larmes De leur main insolente a fait tomber les armes; Amour en ce combat a reconnu ma foi; Lauriers, couronnez-moi.
Quel penser agréable a soulagé mes plaintes, 5
Quelle heure de repos a diverti mes craintes. Tant que du cher objet en mon âme adoré Le péril a duré?
J'ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques De n'être point sujette à Toutrage des Parques; i o
Mais quel espoir de bien en Texcès de ma peur N'estimois-je trompeur?
Aujourd'hui c'en est fait, elle est toute guérie, Et les soleils d'avril peignant une prairie,
4* Ite triumphales circum mea tempora, lauri, a dit Oride (Am., II, xa, i).
En leurs tapis de fleurs n'ont jamais égalé 1 5
Son teint renouvelé.
Je ne la vis jamais si fraîche, ni si belle; Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle; Et ne pense jamais avoir tant de raison
De bénir ma prison. a o
Dieux, dont la providence et les mains souveraines. Terminant sa langueur, ont mis fin à mes peines , Vous saurois-je payer avec assez d'encens L'aise que je ressens?
Après une faveur si visible et si grande , a s
Je n'ai plus à vous fiedre aucune autre demande; Vous m'avez tout donné, redonnant à mes yeux Ce chef-d'œuvre des cieux.
Certes vous êtes bons, et combien que nos crimes Vous donnent quelquefois des courroux légitimes , 3o Quand des cœurs bien touchés vous demandent secours, Us l'obtiennent toujours.
Continuez, grands Dieux, et ne faites pas dire, Ou que rien ici-bas ne connott votre empire. Ou qu'aux occasions les plus dignes de soins, 3 5
Vous en avez le moins.
Donnez-nous tous les ans des moissons redoublées. Soient toujours de nectar nos rivières comblées; Si Chrysanthe ne vit, et ne se porte bien,
Nous ne vous devons rien. 4»
POÉSIES, ex. 299
ex