‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 186 sur 259 · A MONSIEUR GOLLETET9 SUR LA MORT DE SA SOEUR · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GOLLETET9 SUR LA MORT DE SA SOEUR

ÉPIGBAMMK.

Publiée, pour la première fois, par Ménage. — Guillaume G>lletet, membre de 1* Académie française, né en iSgS, mourut en 1659. — On trouve, dans le second volume des Délices tie la poésie françoue (i6ao), des vers adressés à Malherbe par Colletet, qui en a mis aussi quelques-uns en tète de la traduction des Épures de Sénèque»

En vain, mon Colletet, tu conjures la Parque

De repasser ta sœur dans la fatale barque :

Elle ne rend jamais un trésor qu'elle a pris.

Ce que Ton dit d'Orphée est bien peu véritable.

Son chant n'a point forcé l'empire des Esprits, 5

Puisqu'on sait que l'arrêt en est irrévocable.

Certes, si les beaux vers faisoient ce bel effet.

Tu ferois mieux que lui ce qu'on dit qu'il a fait.

3. Malherbe a dit ailleurs (voyez pièce xcym, vers 36), en parlant de Pluton :

Ce qtt*une fois il tient, jamais il ne le rend.

3oo POÉSIES, CXI.

GXI

POUR UKE MAiSGARADE.

Publiées pour la première fois dans l'édition de i63o.

Ceux-ci de qui vos yeux admirent la venue, Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir, Partis des bords lointains d une terre inconnue , S'en vont au gré d'amour tout le monde courii*.

Ce grand Démon qui se déplaît 5

D'être profane comme il est.

Par eux veut repurger son temple ;

Et croit qu'ils auront ce pouvoir,

Que ce qu'on ne fait par devoir.

On le fera par leur exemple. i o

Ce ne sont point esprits qu'une vague licence

Porte inconsidérés à leurs contentements;

L'or de cet âge vieil où régnoit l'innocence,

N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accoutrements;

La foi, l'honneur, et la raison 1 5

Gardent la clef de leur prison;

Penser an change leur est crime ;

17. Ce yen est ainsi dans une copi* conservée à la Bibliothèque impériale (Papiers de Baluze, n» i33), tandis qu'on lit dans les éditions de i63o et de 1 63 1 :

Penser au change leur est un crime,

ce qui donne une syllabe de trop au vers.

POÉSIES, CXI. 3oi

Leurs paroles n'ont point de fard ;

Et faire les choses sans art,

Est l'art dont ils font plus d'estime,

so

Composez-vous sur eux, âmes belles et hautes; Retirez votre humeur de l'infidélité; Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes, Et de vous prévaloir de leur crédulité;

N'ayez jamais impression s 5

Que d'une seule passion ,

A quoi que l'espoir vous convie;

Bien aimer soit votre vrai bien ;

Et, bien aimés, n'estimez rien

Si doux qu'une si douce vie. 3o

On tient que ce plaisir est fertile de peines, Et qu'un mauvais succès l'accompagne souvent ; Mais n'est-ce pas la loi des fortunes humaines , Qu'elles n'ont point de havre à l'abri de tout vent?

Puis cela n'advient qu'aux amours, 35

Où les désirs, comme vautours ,

Se paissent de sales rapines ;

Ce qui les forme les détruit ;

Celles que la vertu produit

Sont roses qui n'ont point d'épines. 40

3oa POÉSIES, CXII.

GXll

CHAKftOV.

Imprimée pour la première fois dans TéditioD de i63o.

Est-ee à jamaist folle espérance, Que tes infidèles appas M^empécheront la délivrance Que me propose le trépas?

La raison veut, et la nature, 6

Qu^après le mal vienne le bien ; Mais en ma funeste aventure, Leurs règles ne servent de rien.

C'est fait de moi, quoi que je fasse ;

J ai beau plaindre et beau soupirer, x o

Le seul remède en ma disgrftce.

C'est qu'il n'en faut point espérer.

Une résistance mortelle Ne m'empêche point son retour ; Quelque Dieu qui brûle pour elle Fait cette injure à mon amour.

Ainsi trompé de mon attente, Je me consume vainement , Et les remèdes que je tente, Demeurent sans événement.

POÉSIES, CXII. 3o3

Toute. nuit enfin se termine; La mienne seule a ce destin, Que d autant plus qu*elle chemine, Moins elle approche du matin.

Adieu donc, importune peste, a 5

A qui j*ai trop donné de foi ; Le meilleur avis qui me reste , C*e8t de me séparer de toi.

Sors de mon ftme, et t*en va suivre

Ceux qui désirent de guérir; 3o

Plus tu me conseilles de vivre,

Plus je me résous de mourir.

3o4 POÉSIES, CXIII.

8TAVGB8.

Imprimées pour la première fois dans Tédition de i63o.

Quoi donc, ma lÀcheté sera si criminelle? Et les vœux que j'ai faits pourront si peu sur moi. Que je quitte ma dame, et démente la foi Dont je lui promettois une amour étemelle?

Que ferons-nous, mon cœur , avec quelle science 5

Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés? Courronfr-nous le hasard comme désespérés ? Ou nous résoudrons-nous à prendre patience?

Non, non, quelques assauts que me donne lenvie. Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir, i o Je ne céderai point, que de même pouvoir Dont on m'ôte ma dame, on ne m'ôte la vie.

Mais où va ma fureur? quelle erreur me transporte.

De vouloir en géant aux astres commander?

Ai-je perdu Tesprit, de me persuader 1 5

Que la nécessité ne soit pas la plus forte?

Achille, à qui la Grèce a donné cette marque. D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux , Fut en la même peine, et ne put faire mieux

POÉSIES, CXIII. 3o5

Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barque. a o

Je veux du même esprit que ce miracle d'armes,

Chercher en quelque part un séjour écarté

Où ma douleur et moi soyons en liberté,

Sans que rien qui m'approche interrompe mes larmes.

Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie, 9 5

D être sans la beauté dont l'objet m'est si doux ; Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux , Avecque le penser mon âme ne la voie ?

Le temps qui toujours vole, et sous qui tout succombe, Fléchira cependant l'injustice du sort; 3o

Ou d'un pas insensible avancera la mort. Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux à Thomme est dangereuse ; Quelque chemin qu'il tienne il trouve des combats ; Mais des conditions où l'on vit ici-bas , 3 5

Certes celle d'aimer est la plus malheureuse.

30. Neuf ans! Lisez neuf mois, et c'est encore beaucoup plus que ne permet l'Iliade.

Samsin 8*était sans doute inspiré de Malherbe dans ces Ter s adressés au duc d*Enghien :

Achille beau comme le jour, Et vaillant comme son épée , Pleura neuf ans pour son amour, Comme un enfant pour sa poupée.

Ménage, en publiant les poésies de Sarrasin , remplaça neuf ans par neuf mois,

35. Je ne sais où Saint-Marc a pris pour ce vers le texte suivant qu*il a adopté :

Mais des conditions que l*on voit ici-bas.

M\i.iisaBK. I

uo

3o6 POÉSIES, GXIV.

CHAV80V.

Publiée pour la première fois dans Téditioii de i63o.

C'est faussement qu'on estime . Qu'il ne soit point de beautés Où ne se trouve le crime De se plaire aux nouveautés.

Si ma dame avoit envie 5

D'aimer des objets divers,

Seroit-elle pas suivie

Des eux de tout l'univers ?

Est-il courage si brave.

Qui pût avecque raison i ••

Fuir d'être son esclave,

Et de vivre en sa prison ?

Toutefois cette belle ftme ,

A qui l'honneur sert de loi,

Ne hait rien tant que le blâme . t s

D'aimer un autre que moi.

Tous ces charmes de langage

Dont on s'offre à la servir,

Me l'assurent davantage,

Au lieu de me la ravir. 90

POÉSIES, GXIV. 3o7

Aussi ma gloire est si grande D*im trésor si précieux, Que je ne sais quelle offirande M Va peut acquitter aux cieux.

Tout le soin qui me demeure, > 5

N^est que d'obtenir du sort, Que ce qu'elle est à cette heure , Elle soit jusqu'à la mort.

De moi , c'est chose sans doute.

Que l'astre qui fait les jours .1.»

Luira dans une autre voûte,

Quand j'aurai d'autres amours.

ioH ' POÉSIES, GXV.

ex?

KPIGBAMMV.

c U n'y a rien aa monde de plos béte que cette ^pigramme, > a dit André Chénier, et je mit complètement de ton aria.

Tu dis, Colin, de tous côtés, Que mes vers, à les ouïr lire, Te font venir des crudités, Et penses qu'on en doive rire ; Cocu de long et de travers, Sot au delà de toutes bornes, Conune te plains- tu de mes vers, Toi qui souffres si bien les cornes ?

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