‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 201 sur 259 · Profits illicites, dans un emploi, dans nne charge · texte numérisé non relu

Profits illicites, dans un emploi, dans nne charge

LETTRE AU ROI LOUIS XIIL 35i

en tout le reste de cette maison. Si mes parties s*en veulent éclaircir, qu'ils aillent sur le lieu : leur propre vue leur apprendra ce qui en est. Mais peut-être s'imaginent*ils qu'ils donneront à ce crime une couleur qui en diminuera l'abomination. C'est chose qu'ils ont déjà tentée inutilement. S'ils y retournent, je ne crois pas que ce soit avec plus de succès. Cette maudite affaire ne fut pas sitôt arrivée que Cauvet, qui voudroit avoir des juges à sa fantaisie, ou plutôt qui n'en vou« droit point du tout, dépécha par deçà un des siens pour avoir une interdiction du parlement de Provence ; et en chemin faisant le chargea de conter la nouvelle de la façon qu'il lui étoit expédient qu'elle fût crue. Son homme s'acquitta de sa commission le mieux qu'il put ; mais ce furent des ténèbres qui ne durèrent guère. Il arriva dans cinq ou six jours une infinité de lettres de Provence qui , par des narrations véritables et non suspectes, démentirent ce que ridiculement ce messager avoit publié. Mons. de Guise même, qui avoit été prévenu de cette imposture, me fit l'honneur de me venir voir, et m'avoua que du premier abord il avoit cru ce que l'homme de Cauvet avoit dit, mais que depuis ceux qui font ses affaires en Provence lui avoient écrit au vrai comme la chose s'étoit passée; que l'action étoit très-vilaine, et que de bon cœur il m'assbteroit en ce qui dépendroit de lui. Voilà comme réussit à Cauvet le premier essai qu'en cette occasion il fit d'abuser le monde. A cette heure que la chose est décriée comme elle est, et que sur les informations faites par trois juges différents et les dépositions de plus de quarante témoins , les assassins ont été condamnés à mort, je ne vois pas avec quelle apparence il pourroit reprendre le même chemin. Aussi crois-je bien que ce n'est pas là que lui et les siens jettent le plus assuré fondement de leur espérance. Ils me voient en un âge où il est malaisé que ma vie soit plus guère longue, ils font ce qu'ils peuvent pour en attendre la fin. Il ne se passe guère semaine que sur des vétilles ils ne m'assignent au Conseil. Contre tons leurs artifices, Mons. le Garde des Sceaux ^ est mon refuge. Les bonnes causes sous lui ne doivent rien craindre, ni les mauvaises rien espérer. Son intégrité est une muraille d'airain :

i. Michel de Marillac.

35a APPENDICE.

il n'y a moyen d'y faire brèche. Tout le monde bénit Félection qne Votre Majesté en a faite : je crois qu'il ne sera pas marri que j'en fasse de même , et qu'avec les antres je publie sa vertu, pource que véritablement elle est une des plus fortes et plus nécessaires pièces dont V. M. puisse composer la félicité de l'État. L'ordonnance vent que toute audience soit déniée aux criminels, que premièrement ils ne se soient remis en prison. Je sais bien que c'est ce que mes parties ne feront pas ; et par conséquent je me dois rire d'eux, si, quoi qu'ils ÊLssent dire en leur absence, ils s'imaginent d'être écoutés dans le Conseil. Je suis trop long, Simx, j'abuse de votre loisir. Mais si les plus foibles passions sont rebelles à la rais<»i, il ne faut pas penser qu^ les fortes demeurent dans l'obéissance. Je m'en vais finir, après que j'aurai dit à Y. M. une chose que peut-être elle n'entendra pas sans étonnement. Mon pauvre fils ayant été tué à quatre lieues d'Aix, y fut apporté, pour, selon son désir, être inhumé en l'église des Minimes , qui est au bout de l'un des faubourgs. Le peuple ne sut pas sitôt que le corps étoit arrivé qu'il y courut en telle abondance, qu'il ne demeura au logis qne les malades. Comme il fut question de le mettre en terre , ils dirent tous que résolument ils le vouloient voir encore une fois. Les religieux en firent quelque difficulté, mais il fallut qu'ils cédassent. La bière fut ouverte, le drap décousu, et le peuple satisfait de ce qu'il avoit désiré. Quelles bénédictions furent alors données au pauvre défunt, et quelles imprécations faites contre les meurtriers, c'est chose vue et attestée de trop de gens pour m'y arrêter. Il suffit. Siée, que je supplie trèshumblement Votre Majesté de considérer quelles étoient les mœurs d'un homme que toute une ville a regretté de cetle façon. Ce n'est rien de nouveau de plaire à cinq ou six personnes; mais de plaire à tout un peuple, et lui plaire jusqu'à si haut point, il est malaisé que ce soit que par le moyen d'une vertu bien reconnue, et dont les témoignages ayent une bien claire et bien générale approbation. Aussi ne doutai-je point, SiEB, que Votre Majesté, qui a uoe aversion de toute sorte de crimes, ne trouve en cette circonstance extraordinaire de quoi faire sentir à mes parties un extraordinaire courroux. Tuer qui que ce soit est toujours un mauvais acte;

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