‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 208 sur 259 · ÉPITAPHES · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES

m. — * ânTimS DB MÂDAMH OB BOUILUm MALHBBBB^

Eh bien, passant! qa'est-*ce qui te semble de la misérable oonditiQn de la vie humaine? J'étois entre les exemples de la félicité de ce monde et me^ voici entre ceux de sa vanité. Mon niNxi fut Judith le Vallois, fille et héritière unique de Jean le Valloisy 5ieur d'Ifs, et de Jeanne de Mainbeville de la maison de Cornières ; je fus femme du sieur de Bouillon de l'ancienne race des Malherbes de Saint-Agnan : ainsi en ma naissance et en mon mariage, comme en toute autre chose, j'avois de quoi ne porter envie à personne. Ma stérilité seule me tenoit en peine; et de tous mes souhaits celui que j'avois le plus ordinairement en la bouche , et le plus véritablement au cœur, étoit de pouvoir donner à mon mari un héritier pour gage de mon amour, et ne vivre pas une heure après. Je l'obtins au bout de 1 4 années, et l'obtins à la condition que je Tavois demandé. J'accouchai d'un fils le sam. a3 mars 1618 et décédai le mercr. ensuivant. Si tu sais que c'est que d'aimer, juge ce qu'il sentit, quand ayant bien à peine acquis le nom de père, il lui fallut perdre celui de mari. C'est assez, passant : je ne tourne pas volontiers mon imagination vers un objet si pitoyable; va<-t'en en paix et Dieu te donne les joies que tu desires, mais à meilleur marché que la n6tre. Je vécus a8 ans, 5 mois, 8 jours; mon entrée au monde fut le a 5 d'octobre; ma sortie je te l'ai dite.

Qui fies y talia ne fleas^ viator,

I. Cousine germaine de Malherbe. Voyez plus haut, p. 19, la notice de la pièce iv, et V Instruction de Malherbe^ p. 333. L'épitaphe, qui ae trouvait jadis dans Téglise Saint-Sauvear de Caen, a été publiée pour la première fois d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Caen par M. Manoel (Lettres ine'dUes, p. 42)* <V^ hi croit de Malherbe. M. Eugène Cfaâtel, archiviste du département du Calvados, a bien voulu en coUationner le texte sur le manuscrit.

36^1 ÀPPEnDICE.

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